ACTE II, SCÈNE IL 3g
GASTON
Montfort , d'un vieux guerrier pardonnez la franchise,
L'intérêt de l'état peut-être l'autorise
Pour marcher sans escorte, on doit se faire aimer.
MONTFORT
Eh bien, suis- je un tyran? m'oserait-on blâmer? Où tendent ces discours ?
GASTON
Votre longue indulgence \ A de nos chevaliers enhardi la licence. [/"
Sous l'abri d'un grand nom sûr de l'impunité, A d'horribles excès leur orgueil s'est porté. __J C'est trop fermer l'oreille aux plaintes des victimes. On blâme la faveur dont vous couvrez leurs crimes.
MONTFORT
Des crimes ! sous quel jour montrez- vous des erreurs ? Ne pardonnez- vous rien à déjeunes vainqueurs? Tant de gloire à mes yeux rend l'orgueil excusable, Je vois trop de héros pour chercher un coupable !
GASTON
Des exemples pieux, des leçons de Louis, Les souvenirs pour vous sont-ils évanouis? Ou parmi ses vertus votre âme ardente et fière Ne sut-elle admirer que la valeur guerrière? Ah ! si vous l'avez vu de ses royales mains
4o LES VÊPRES SICILIENNES.
Forcer devant Tunis les rangs des Africains \ Combien plus redoutable à sa jeune noblesse De ses sujets contre elle il soutint la faiblesse! Les plaintes des hameaux s'élevaient jusqu'à lui. Pour écouter les pleurs du pauvre sans appui , D'un chêne encor fameux l'ombrage tutélaire Semblait à sa justice un digne sanctuaire, Et l'amour de son peuple, heureux de l'entourer, Le plus sublime encens qu'un roi pût respirer.
/Tels étaient ses plaisirs ; cependant la naissance D'un droit presque divin consacrait sa puissance; Et nous , que la fortune a seule couronnés , Sur un trône conquis , d'écueils environnés,
l Nous croyons la justice une vertu vulgaire; Il nous semble plus grand , surtout plus téméraire , Quand un empire entier cherche en nous son recours, / De braver ses douleurs que d'en tarir le cours.
MONTFORT
Gaston !
GASTON
Tous ces rivaux dont l'imprudente ivresse , En partageant vos goûts , les flatte et les caresse , Aux frivoles amours sans frein abandonnés , Essayant sur le luth des chants efféminés....