ACTE IV, SCENE V
Je ne finirai pas...
VICTOR
Mais encore...
FLORIDORE.
Il est faux.
Je prête au ridicule enfin dans votre ouvrage.
VICTOR , se laissant emporter par degrés.
Ce n'est pas vous , monsieur, mais votre personnage.
FLORIDORE.
Tenez , d'un bout à l'autre il le faudra changer.
VICTOR
Y songez- vous? oh ciel !
FLORIDORE.
C'est à vous d'y songer.
En tout cas , il ne peut qu'y gagner, ce me semble.
VICTOR
Valût-il cent fois mieux, que deviendra l'ensemble ?..
Ce n'est pas mon affaire.
VICTOR , hors de lui.
Eh ! c'est la mienne à moi.
A quel titre, après tout, par quelle étrange loi, Usurpant sur mon sort un pouvoir despotique , M'osez-vous en tyran dicter votre critique?
n8 LES COMÉDIENS.
Quand je vous lus ma pièce, elle obtint votre voix;
Il fallait exercer la rigueur de vos droits.
Ài-je demandé grâce? Un éloge unanime
Sur vos scrutins flatteurs consigna votre estime.
Les démentirez- vous , et votre jugement
Balancera- t-il seul le commun sentiment?
Ce qui vous parut bon vous semble pitoyable :
Votre humeur peut changer , mais Fart reste immuable:
Mais des torts de l'auteur l'ouvrage est innocent.
Vous redoutez pour vous le revers qui m'attend?
Ne peut-on siffler l'un sans déshonorer l'autre?
C'est mon ouvrage enfin qu'on donne, et non le vôtre.
Et savez- vous , monsieur , par quels soins , quels ennuis.
Quel sacrifice entier de mes jours, de mes nuits,
Par quels travaux sans fin , qu'ici je vous abrège,
J'ai payé d'être auteur le fâcheux privilège?
Ce rôle que proscrit votre légèreté ,
Je l'ai conçu long-temps, et long-temps médité.
Ces vers , dont votre goût s'irrite et s'effarouche,
Ne sont pas sans dessein placés dans votre bouche.
Mais non , de juger tout le droit vous est acquis ,
Et c'est à tout blâmer que brille un goût exquis.
Jugez donc, sans appel prononcez au théâtre,
Et recueillez l'encens d'une foule idolâtre.
Quand poussé par l'humeur , ou par votre intérêt ,