ACTE IV, SCENE V
Vous portez au hasard votre infaillible arrêt , Notre partage à nous, misérables esclaves, Est de bénir vos lois, d'adorer nos entraves, Et de prendre pour nous en toute humilité Les affronts d'un sifflet par vous seul mérité.
FLORIDORE.
C'est éloquent; d'honneur, le dépit vous inspire :
Ce ton pourrait blesser, s'il ne faisait pas rire.
Vous vous plaignez de nous ; d'où vient ? Le comité
Reçoit votre grand oeuvre à l'unanimité;
Après six ans au plus , par faveur singulière,
Le comité consent à le mettre en lumière.
On répète vos vers, et pendant cinq grand mois
On fatigue pour vous sa mémoire et sa voix.
Un passage déplaît ; je demande , j'exige ,
Dans son intérêt seul , que monsieur le corrige ;
Monsieur prend feu soudain , c'est un bruit, des éclats;
On juge toujours mal quand on n'approuve pas,
Je le sais; mais pourtant c'est fort mal reconnaître
Les bontés que pour vous on a laissé paraître.
VICTOR
Vos bontés! secourez ma mémoire en défaut : Où sont donc ces bontés que vous prônez si haut? Écouter les auteurs qui vous en semblent dignes ; Quel généreux effet de vos bontés insignes !
iao LES COMÉDIENS.
Un rôle qui vous plaît est par vous accepté;
Il doit vous faire honneur, n'importe, c'est bonté.
Dans l'espoir qu'un succès doublera vos richesses,
Vous poussez la bonté jusqu'à jouer nos pièces ;
J'eus tort de l'oublier, et vous avez raison;
Je suis ingrat, monsieur , comme vous êtes bon.
FLORIDORE.
Tout beau , monsieur l'auteur ! Gomment, du persiflage! Nous saurons vous forcer à changer de langage; Nous verrons qui de nous doit faire ici la loi. On ne vous joûra pas.
VICTOR
Qui l'empêchera?
Moi.
VICTOR
Vous !
FLORIDORE.
Moi-même, et je cours...
VICTOR , en fureur.
Restez , il faut m'entendre.
A chercher vos mépris m'aurait-on vu descendre, Sans cet espoir secret qu'enfin la vérité Devait en me vengeant consoler ma fierté? Certes , c'est une audace étrange et merveilleuse,