‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 271 sur 327 · ACTE II, SCÈNE VI. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. a

HORTENSE

Non, je veux Que le Duc aujourd'hui soit juge entre nous deux.

DANVILLE, à part.

J'ai peine à me contraindre.

LE DUC, sérieusement.

Excusez-moi, madame :

Mais je ne puis trahir le penchant de mon ame. Encore un coup, pardon ; j'aime monsieur Bonnard ; C'est la probité même; oui, c'est un homme à part , Un esprit hors de ligne , et dès qu'un mot l'offense ,

On me voit des premiers voler à sa défense.

BANVILLE, enchanté, et regardant sa femme.

Très-bien , monsieur le Duc !

LE DUC

Mais si 1 on n'a lancé Qu'un trait dont son honneur ne puisse être blessé; Si l'on a dit... eh quoi? qu'il vit en patriarche, Qu'il dîne encore à l'heure où Ton dînait dans l'Arche , Ou quelqu'un de ces mots qui seuls sont des portraits, Que madame rencontre et que je chercherais , Quel mal cela fait-il? C'est s'amuser, c'est rire, C'est se jouer de rien ; mais ce n'est pas médire.

HORTENSE , en regardant son mari.

Oh! le Duc a raison.

a36 L'ÉCOLE DES VIEILLARDS.

LE DUC, /à Danrillc.

Monsieur, moins de rigueur; La conversation périrait de langueur Sans ce tour amusant qu'un esprit fin lui donne;

(Montrant Hortense.)

Tout le monde y perdrait, et vous plus que personne.

DANVILLE

Je n'en disconviens pas; mais brisons sur ce point.

LE DUC

Et pourquoi votre ami ne nous suivrait-il point?

HORTENSE

Sans doute !

DAN VILLE

Un patriarche a l'humeur sédentaire, Et s'arrange assez peu d'un bal au ministère. D'ailleurs, souper ensemble est pour nous un bonheur.

HORTENSE, en riant.

Souper ! il vient souper ?

DANVILLE, a sa femme avec dignité.

Il nous fait cet honneur.

(Au Duo. )

Bien que de refuser mon regret soit extrême, Trouvez bon qu'à mon tour j'en appelle à vous-même; Monsieur, vous m'approuvez, et, connaissant Bonnard, Vous me reprocheriez de traiter sans égard

Page 1