‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 286 sur 327 · ACTE III, SCENE IV. a · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. a

HORTENSE

Je le doi.

LE DLC

Mais ne devez- vous pas tenir votre promesse? Ne l'ai-je pas reçue ? et quand ma voix vous presse De remplir un devoir, que je crus un plaisir, N'est-elle plus d'accord avec votre désir?

HORTENSE

Que ne m'est-il permis de le prendre pour guide! Mais non , monsieur Danviile autrement en décide.

Ah! pouvez- vous m'apprendre avec cet air léger Un refus qui m'étonne et qui doit m'affliger? Madame, pour fixer votre choix en balance, Je vois qu'on vous a fait bien peu de violence. Pourquoi m'avoir déçu par un espoir si doux? / La perte, j'en conviens, est légère pour vous : U Un triomphe nouveau, des honneurs, des hommages Sont à peine à vos yeux de faibles avantages ; Pour vous , par l'habitude , ils ont perdu leur prix : Mais, quand il s'est flatté d'éblouir tout Paris, Un maître de maison, dans son jour de conquête/ Perd beaucoup en perdant l'ornement de sa fête, Et pour moi, le plaisir que je laisse en partant

a6o L'ECOLE DES VIEILLARDS.

Me rend presque insensible à celui qui m'attend.

HORTENSE

C'est trop vous alarmer, monsieur, et mon absence N'aura pas , croyez-moi , cette triste influence.

LE DUC

Vous vous trompez, madame, et vous seule ignorez À quels regrets mortels vous nous condamnerez. La modestie, au fpnd , a son côté blâmable. On ne sait pas souvent combien l'on est coupable ; Vous le serez beaucoup si vous me résistez. Qui nous rendra ce soir ce que vous nous ôtez ? Eh ! ne suffit-il pas d'une seule personne Pour embellir au bal tout ce qui l'environne ? Elle arrive, à sa vue on est moins exigeant, Et le cœur satisfait rend l'esprit indulgent. L'amusement succède au dégoût qui m'accable; L'homme qui m'ennuyait devient un homme aimable. Elle part, c'en est fait, tout le charme est détruit, Rien n'est plus à mon gré, je n'entends que du bruit. Vingt autres, direz-vous, sont aimables et belles... On l'ignorait , madame ; a-t-on des yeux pour elles ? On n'en avait vu qu'une, et, ce moment passé, Il semble, au vide affreux qu'elle seule a laissé, Que rassemblée entière en un instant s'écoule : On est dans le désert au milieu de la foule.

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