‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 29 sur 327 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Ouvrent par cent chemins la tombe où tu descends ; Et quand tu vas périr, quand ton heure est prochaine, Quand je te vois tomber, expirant sous ta chaîne, Nos meilleurs citoyens ignorent tes malheurs, Et mon fils est l'ami de tes persécuteurs !

LORÉDAN

Votre fils veut combattre, et s'immoler pour elle. Déclarons aux tyrans une guerre éternelle.

Silence!... Tes projets sont nobles, ils sont grands : Faisons j usqu'au tombeau la guerre à nos tyrans; Ne la déclarons pas.

lor^dan.

Je n'ose vous comprendre.

Bientôt nos oppresseurs du trône vont descendre.

LORÉDAN. x

Hâtons-nous , loin de moi ces détours superflus : Que chassés de Palerme...

Ils n'en sortiront plus. Femmes , enfans , vieillards , tous ceux que l'alliance , L'amitié , l'intérêt asservit à la France , Confondus avec eux, frappés des mêmes coups, Suivront dans le cercueil leurs ombres en courroux.

LORÉDAN

Dois-je vous croire? ô ciel! quel horrible mystère! Vous conspirez leur perte ! ô forfait ! vous , mon père ?

Tu frémis... homme faible! eh! vaut-il mieux pour nous

Dans des fers éternels vieillir à leurs genoux?

Vaut-il mieux en rampant déshonorer sa vie

Que de la prodiguer pour sauver la patrie ,

Pour briser l'instrument de sa captivité ,

Lui rendre le bonheur, ses lois, sa dignité ,

La venger?

LOREDAN.

( Tout mon cœur s'émeut à ce langage!

Mais les assassiner sans pitié, sans courage!

De la pitié pour eux? quoi, pour ces inhumains ? ! Fatigués de nos cris, nous ont-ils jamais plaints? D'un pouvoir usurpé leur insolence abuse. La force est dans leurs mains, triomphons par la ruse. Ce combat comme à nous peut leur être fatal ; Egaux sont les périls, le courage est égal. Qu'un simple citoyen , sans appui que lui-même , Dispute à des vainqueurs l'autorité suprême; Trompant les ennemis dont il marche entouré, De chaque malheureux qu'il fasse un conjuré ,

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