ACTE II, SCÈNE VI
Quand sa^erte dépend d'un seul mot, d'un seul geste, Ferme dans ses desseins , foulant aux pieds le reste , Qu'il offre aux coups du sort un cœur exempt d'effroi ; Est-ce un lâche à tes yeux? prononce, et juge-moi. Dis-moi si le guerrier, que le glaive moissonne , Mérite mieux l'honneur dont sa mort le couronne? 11 s'immole à ses rois , j'expire pour le mien. Ah ! que mon sacrifice est plus grand que le sien ! La gloire prête un charme aux horreurs qu'il affronte ; Et jteut-êrre demain je meurs chargé de honte, Traîné sur l'échafaud , lentement déchiré; Et tout ce peuple ingrat pour qui je périrai, S'enivrant du plaisir de compter mes blessures , Viendra , la joie au front, sourire à mes tortures.
LORÉDAN
Ah! le même tombeau nous recevra tous deux. Notre sang confondu...
N Que dis-tu , malheureux ? \
Où m'emporte un courroux dont je ne suis plus maître ? A ton cœur généreux j'ai trop parlé peut-être. Pourquoi t'exposerais-je aux dangers que je cours l) Ne me condamne pas à trembler pour tes jours; v Garde- toi d'embrasser , dans l'ardeur de ton j&èle , Le dangereux projet que ma voix te révèle; . „\
Qu'il meure dans ton sein, j'en demande ta foi; Voilà l'unique effort que j'exige de toi. /Tu dois tout ignorer, tu n'es pas mon complice ; Tu vivras; que le sort me soit ou non propice, Tu vivras ; pour moi seul , à mes derniers momens , J'ai droit de réclamer l'opprobre et les tourmens , Seul, au fer des bourreaux j'irai porter ma tète...
v— LORÉDAN.
11 n'est plus ni pitié , ni respect qui m'arrête ; Vos timides conseils ne me retiendront pas. Faut-il frapper ? parlez , et dirigez mon bras.
PAOC1DA. .
/Non , tu ne démens pas les héros de ta race. Viens, mon fils, viens, mon sang, que ton père t'embrasse ; Espoir de mes vieux jours, viens recueillir des pleurs Que n'ont pu m'arracher dix-huit ans de malheurs...
( N'hésite plus... suis-moi...
LORÉDAN
Sans revoir la princesse, Sans l'instruire?
Suis-moi, te dis-je, le temps presse.
LORÉDAN
J>oin des murs du palais si l'effroi la conduit, Errante, sans secours, dans l'ombre de la nuit...