‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 304 sur 327 · ACTE IV, SCÈNE III. a9i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. a9i

Ardent, léger, frivole et quelquefois... coupable, Je trouverais en vous un guide, un confident Sage, mais sans rigueur, facile, mais prudent; Et vous n'auriez en moi qu'un disciple fidèle , Enchaîné pour la vie aux pieds de son modèle.

HORTENSE

C'est m'honorer beaucoup ; mais ce sublime emploi ,

Ce titre de mentor est bien grave pour moi;

Et ce serait , je pense , une folie extrême

De donner des avis dont j'ai besoin moi-même.

L» DUC

Pourquoi donc? àmon tour, dans nos doux entretiens, Il me serait permis de hasarder les miens. ' Je ne vous vante pas ma raison trop fragile ; Mais le conseil d'un fou parfois peut être utile.

Banville, comme nous, n'est pas sage à demi; \

Voilà mon vrai mentor, mon guide, mon'ami; En est-il un meilleur?

LE DUC

Comment? je le révère; Mais... dans son indulgence un vieillard est sévère. Ses conseils sont fort bons, d'accord; mais... absolus. On est moins tolérant pour des goûts qu'on n'a plus. Au même âge on s'entend , l'un l'autre on se pardonne ;

aga L'ÉCOLE DES VIEILLARDS.

Dans cet échange égal on reçoit ce qu'on donne.

Votre époux de sa femme est l'orgueil et l'appui ;

Mais que sa jeune épouse est encor plus pour lui ! (Quel charme elle répand sur sa triste vieillesse!

Il l'adore , il l'admire, il peut la voir sans cesse;

Il lui peint ses transports, il n'a pas le tourment

De feindre une froideur que son trouble dément ; i Ilpeut, sans l'offenser, lui dire : Je vous aime.

HORTEUSE, naïvement.

Pourquoi m'en offenser? je le lui dis moi-même.

le nue.

Vous!... Aussi j'admirais ce bonheur mutuel. Moi seul... étrange effet d'un souvenir cruel! Pardonnez au désordre où la douleur me plonge ; Autrefois j'espérai... Cet espoir fat un songe : Hélas! je me souviens , troublé par vos aveux, Qu'un bonheur aussi grand fut permis à mes vœux.

HORTEKSE.

A vous , monsieur le Duc.

LE DUC

Et Ton me porte envie !

Et le plaisir lui seul semble remplir ma vie ! Doux et triste voyage où je vins me livrer À l'attrait du poison qui devait m'enivrer ! Ah! qju'un premier amour a sur nous de puissance!

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