ACTE IV, SCÈNE m. *g
J'aimai... c'était la grâce unie à l'innocence : f
Naïve comme vous, elle charmait sans art. ^
Votre voix est la sienne ; elta*vait ce regard ;
Et sa beauté , la vôtre à mes yeux la rappelle ; -
Mais non , plus j eune alors , elle était bien moins belle.
Si sa grâce eût brillé de cet éclat vainqueur,
Aurais- je pu cacher le trouble de mon cœur? /
Mes traits , mes yeux , ma voix , tout , jusqu'à mon silence ,
Eût de ma passion trahi la violence ;
Mais jeune, mais tremblant, la fuyant à regret,
Peut-être moins épris , j'ai gardé mon secret.
Et depuis...
HORTENSE
Quel motif peut vous forcer encore A renfermer l'aveu d'un amour qui l'honore ?
LE DUC
La peur de l'offenser m'a toujours retenu.
HORTENSE
Comment?
LE DUC
Tout mon malheur ne vous est pas connu.
HORTENSE
Quel nom pour une épouse est plus beau que le vôtre ?
LE DUC
I^a femme qui m'est chère est l'épouse d'unfel autre !
HORTEWSE.
Ciel!
LE DUC, virement.
Et juste pourtant , j'estime , j'ai servi Cet heureux possesseur du bien qui m'est ravi. Mais celle que j'aimai, je l'aime, je l'adore. Le feu qui me brûlait aujourd'hui me dévore; Elle me voit, m'entend , j'ai bravé son courroux ; Oui, je tombe à ses pieds, je vous aime, c'est vous!
HORTENSE
Se peut-il? vous osez !... muette à ce langage, J'hésite, et doutePencor qu'à ce point l'on m'outrage.
•LE DUC
Pardonnez ; cet aveu n'eût pas dû m'échapper. Mais sur vos sentimens j'eus droit de me tromper. Vous vous plaisiez aux soins que j'aimais à vous rendre: Votre accueil fut si doux que j'ai pu m'y méprendre. Non, vous m'aviez compris; non, vous ne croyez pas Qu'on puisse impunément admirer tant d'appas , Vous vous faisiez un jeu de me voir misérable; Ah ! je le suis , mais vous, vous seule êtes coupable !
HORTENSE
Quoi! j'ai pu mériter!... levez-vous, laissez-moi, Vous remplissez mon cœur de remords et d'effroi .