ACTE V, SCÈNE IV. . 3a i
Et que fais- je , après tout? ce que bien d'autres font, Ce que tu fis toi-même.
DANVILLE
Oh! moi, c'est autre chose, Mais toi, songe à quel sort un fol hymen t'expose! Va, le grand mot lâché, ton bonheur t'aura fui, Tes rêves orgueilleux s'en iront avec lui. Que devient de tes goûts le flegme sédentaire i Si ta femme, à vingt ans, n'a pas ton caractère? Elle ne l'aura pas. Tu seras tourmenté, Tu seras le jouet de sa frivolité. ' \
Tu chéris au Marais ton pacifique asile, Et tu suivras ta femme au centre de la ville ; Un vieil ami te reste , et ta femme en rira;
Tu veux dormir, ta femme au bal te conduira;
Ta femme a ton argent, et sa dépense est folle;
Ta femme a ton*secret, et ton secret s'envole.
Alors l'humeur , les cris , les pleurs à tous propos ,
Et les nuits sans sommeil, et les jours sans repos.
Voilà , voilà ta femme !
bonnàrd.
Ah! çà, mais c'est étrange!
Pou r quoi voudrais-tu donc , quand la tienne est un ange
Que la mienne, mon cher, fût un démon? Pourquoi?
3a2 L'ÉCOLE DES VIEILLARDS.
DANVILLE
Oh ! moi , c es t autre chose , encore un coup ; mais toi ! . . .
Heureux si la traîtresse , à ton amour ravie ,
D'un chagrin plus amer n'empoisonne ta vie!
Tu verras malgré toi, du jour au lendemain ,
Ce volage trésor s'échapper de ta main.
Tu deviendras jaloux, Bonnard, et quel supplice
Si tu surprends chez elle un amant, un complice!
Enflammé d'un beau feu pour l'honneur de ton nom,
Tu te battras...
BONNARD
Du tout.
DANVILLE
Tu te battras.
BONNARD
Eh non !
Tu peux pour ton honneur prendre aûisi fait et cause ; Mais je dis, à mon tour, que, moi, c'est autre chose. Je ne me battrai pas. M'exposer! un moment! Un duel pour cela ne m 'irait nullement. Tu me parles d'un ton qui fait que je balance; Mais ailleurs notre affaire exige ma présence. Je me rends sans tarder chez notre protecteur , J'y cours. Peste! un duel! je suis ton serviteur.