‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 319 sur 327 · DAN VILLE, BONNARD · texte numérisé non relu

DAN VILLE, BONNARD

BONNARD

Tu sauras , mon ami , que ton bonheur m'enchante ! Je m'en fais une image agréable et touchante ; D'un désir tout nouveau je me sens embrasé, J'en rêve... Je t'ai dit qu'on m'avait proposé Une jeune personne aimable et fort jolie...

* DANVILLE

Et de te marier tu ferais la folie?

Du ton que lu prends là je suis émerveillé; N'est-ce pas toi, mon cher, qui me las conseillé?

DANVILLE

Te marier , Bonnard !

BONNARD

Vois , dans un ministère , Supprime-t-on quelqu'un , c'est un célibataire. Les pères de famille ont un titre éloquent, Qui plaide en leur faveur dès qu'un poste est vacant

!iao L'ECOLE DES VIEILLARDS.

Les défend dans leur place; eh bien! je me marie, Pour me trouver enfin dans leur catégorie.

DÀNVIIXE.

A ton âge !

BONNARD

De grâce, es-tu moins vieux que moi?

DANVIIXE.

Oh! moi, c'est autre chose, entends-tu bien; mais toi, Je te vois en victime aller au sacrifice , Tu cours tête baissée au fond du précipice. Quand tu vas t'y jeter, je dois te retenir. Hé! sais- tu, malheureux, sais-tu quel avenir Te punirait un jour d'une telle incartade ? Cette idée , à ton âge , est d'un cerveau malade : Mon Dieu ! qu'un vieux garçon connaît mal sonbonheui Fuis d'un nœud inégal le charme suborneur. C'est unir par contrat la raison au délire, Et l'amour qu'on éprouve au dégoût qu'on inspire. Prendre une jeune femme à soixante ans passés, Pour mourir de chagrin, vois-tu, c'en est assez. Il faut rester garçon, il fout que tu me croies, Ou l'abîme t'attend , tu te perds , tu te noies , Tu n'en reviendras pas.

BOfflSAHIX.

Ton effroi me confond :

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