‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 322 sur 327 · ACTE V, SCÈNE V. 3a · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. 3a

BANVILLE

Je le suis , je dois l'être. j

D'étouffer sa fureur mon cœur n'est plus le maître. Il s'ouvre , il laisse enfin éclater ses transports , I"

Et leur trop juste excès les répand au dehors. Je vous aimais, ingrate, et jusqu'à la faiblesse. Que vous a refusé mon aveugle tendresse ? /

Ai- je forcé vos vœux? ai- je contraint vos goûts ? i Quel innocent plaisir ai-je éloigné de vous? j Suis- je un vieillard morose, un tyran qui vous gêne? Vous ai-je fait sentir le poids de votre chaîne? Et vous l'avez rompue ! et vous m'avez trahi ! Ah! je vous aimais trop pour n'être point haï; Mais me rendre à jamais malheureux, ridicule, Mais me déshonorer !

HORTENSE

Croyez...

DATî VILLE. *

Je fus crédule, Et je ne le suis plus; je sais tout, j'ai surpris t

Celui de qui l'affront me condamne au mépris. J'en ai voulu raison , et j'ai fait peu de compte D'un vain reste de sang dont je lavais ma honte.

Vous, Dan ville? Ah! d'effroi tout le mien s'est glacé!

3a6 L'ÉGOLE DES VIEILLARDS.

BANVILLE

Ne vous alarmez pas, le Duc n'est pas blessé.

HORTENSE

Ah ! monsieur.

DANVILLE

[ Il l'emporte , et ma honte me reste ;

Mais que le sort bientôt me soit ou non funeste ; Je ne vous dois plus rien, plus d'amour, de respect, Tout me devient permis , lorsque tout m'est suspect ; Le passé contre vous tient mon ame en défense. Je veux voir ce billet ; quel qu'il soit , il m'offense. Vous le rendez coupable en le cachant ainsi; Je veux , je veux le voir ; je le veux.

HORTENSE

Le voici.

DANV1LLE.

Il ne saurait m'apprendre un malheur que j'ignore, Et je tremble... Ah! je sens que je doutais encore....

( Lisant l'adresse.)

Ciel ! au Duc !

HORTENSE

A lui-même.

DANVILLE

Au Duc! j'avais raison. Mon cœur m'avertissait de cette trahison.

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