ACTE V, SCÈNE V
HORTJB1TSE.
Lisez.
DAN VILLE
Il le faut bien ; mais non , mon œil se trouble, Ne lit rien, ne voit plus, et ma fureur redouble. Ah! perfide!
HORTENSE
Donnez.
( Elle lit la lettre.)
a Monsieur le Duc, a C'est une femme que vous avez offensée qui vous « adresse ses justes plaintes contre vous-même. J'ai « pu vous paraître légère , mais je ne pensais pas avoir « mérité l'outrage d'un aveu que j'ai rougi d'entendre « et que j'ai honte de rappeler. J'aime mon mari, je « l'aime de toute mon ame, et croyez-moi, monsieur « le Duc, je pourrais vous revoir sans danger; mais « je dois à mon honneur blessé, autant qu'à la tran- « quillité de monsieur Danville, de vous interdire « désormais sa maison. En cessant de m'accorder votre « attention dans le monde , vous me prouverez que « vous me croyez digne de votre estime et que vous « méritez encore la mienne. »
DA.BTVILLE , reprenant la lettre.
Est-il vrai? Qu'ai-je lu?
3a8 L'ÉCOLE DES VIEILLARDS.
HORTENSE
De grâce, écoutez-moi, Dan ville; j'ai voulu,
Craignant de vos transports la juste violence,
D'un rival à vos yeux dérober la présence.
J'amenai le péril en pensant l'éloigner,
Et j'exposai vos jours , que je crus épargner,
Vos jours qui sont les miens !... Mais , tremblante , éperdu*
La terreur m'égarait , et fut seule entendue.
Au moment de me vaincre et de tout déclarer ,
Je sentis mon aveu dans ma bouche expirer ;
Et même ce matin, décidée à me taire,
Sauvons, m'étais-je dit, sauvons par ce mystère
Un chagrin à Dan ville, et faisons mon devoir,
En ordonnant au Duc de ne plus me revoir.
Je n'ai rieri déguisé, je ne veux rien défendre;
Mais consultez ce cœur qui pour moi fut si tendre;
Qu'il me juge, il le peut, j'ai parlé sans détours.
Est-il vrai?... cette lettre... oui, le Duc... ses discours, Pour vous justifier, s'offrent à ma mémoire.
HORTENSE , arec tendresse.
Ou vous ne m'aimez plus, ou vous devez me croire.
DAN VILLE
Ah! je vous aime encore, et ma crédulité Prouve à quel fol excès cet amour est porté.