ACTE V, SCENE VII
BONNARD, iDanTille.
Bien obligé.
De tes réflexions j'ai la tète remplie. Epouser aussi tard femme jeune et jolie , Cela peut réussir, mais ce n'est pas commun. Tu fus heureux, d'accord; sur mille on en trouve un. Quand je touche, Danville, au terme du voyage, Dans un chemin douteux tu veux que je m'engage? Ou d'autres ont glissé, je puis faire un faux pas. Et ton ami Bonnard ne se marîra pas.
J'ai trouvé , dans la plupart des journaux qui ont rendu compte de ma comédie , une disposition favorable et un désir de me voir bien faire , dont je ne puis leur témoigner ma reconnaissance qu'en faisant mieux. D'après leurs avis, mon ouvrage a subi quelques modifications. Avant qu'il fut joué, les conseils de mes amis m'avaient déjà fait retrancher quelques passages; je n'en regrette qu'un seul , que je rétablis ici, parce qu'il me semble tenir essentiellement au sujet.
Ces vers faisaient partie du rôle de Danville au cinquième acte.
Écoute-moi , Paris a pour toi mille appas : Je n'en parlerai point en vieillard qui les fronde , En mari sermonneur , mais en homme du monde , En ami ; ce séjour , dont l'éclat t'aveuglait , A la coquetterie ouvre un champ qui lui plaft. C'est en voulant régner que l'on s'y donne un maître : On fait plus d'un esclave , et l'on finit par l'être. Ce nœud formé dans l'ombre échappe rarement Au scandale public , son dernier châtiment ; Et fût-il ignoré, va , le bonheur qu'il donne Cède au chagrin secret qui toujours l'empoisonne. Un amant sans espoir est tendre et séduisant :
Mais dès qu'il est vainqueur son joug devient pesant Il venge tôt ou tard l'époux qu'il déshonore. Celle qu'il a soumise en cédant lutte encore : Ces combats, ces terreurs, cet éternel besoin De cacher son penchant , d'écarter un témoin , L'arrache par degrés aux soins de sa famille ; Elle évite sa mère , elle éloigne sa fille. Son bonheur domestique est à jamais détruit ; Le remords l'accompagne et la honte la suit ; Elle rougit au nom de la femme infidèle
Qu'un cercle indifférent immole devant elle.
Ainsi trompant toujours sans pouvoir se tromper,
En vain à son mépris elle veut échapper ,
Dans le monde ou chez elle en vain cherche un refuge »
Et seule avec soi-même elle est avec son juge.. .
Tu crains peu ce malheur ; mais pourquoi l'affronter?
Hortense , épargne-toi le soin de résister.
Plus un cœur est honnête , et moins il prend d'alarme ;
S'il brave en se jouant un piège qui le charme ,
Il en voit les périls quand il vient d'y tomber :
Qui s'expose toujours doit enfin succomber.