‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 48 sur 327 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

AMÉLIE

Mes yeux s'ouvrent enfin , la raison m'est rendue , Pour mesurer l'abîme où je suis descendue. Accablez-moi, seigneur, je l'ai trop mérité. Mes coupables transports , mes feux ont éclaté. Montfort... y

LORÉDAN

Perfide amante , épouse criminelle, Quel nom laisse échapper votre bouche infidèle? j Lui seul il vous accuse ! Ah ! cette trahison Est horrible, inouïe, indigne de pardon. Pâle, vous attendez l'arrêt qui va la suivre.... Ne craignez point... vivez... je vous condamne à vivre, A traîner dans les pleurs des jours empoisonnés Par tous les noirs chagrins que vous m'avez donnés. Puisse le digne objet d'une flamme si pure, Volage comme vous et comme vous parjure. Éveiller dans vos sens, de terreur dévorés, Les jalouses fureurs dont vous me déchirez! Puisse- t-il, méprisant vos larmes vengeresses , Repousser d'un sourire et glacer vos tendresses ! Vous gémirez trop tard sur le sort d'un époux , Si lâchement trompé, proscrit, chassé par vous.... O fatale beauté que j'aimai sans partage, Qui t'honora jamais d'un plus constant hommage?

9o LES VÊPRES SICILIENNES.

Mon dévoûment pour toi te fat-il bien connu ? Quel ordre, quel désir n'ai-je pas prévenu? Que ne me dois-tu pas, trop ingrate Amélie? Et tu m'as tout ravi : biens , honneur et patrie f

AMELIE.

\ Non , vous ne mourrez pas sur quelque bord lointain ; Montfort va révoquer ce décret inhumain; Mont fort contre mes pleurs ne pourra se défendre....

Non, je cours à ses pieds...

LORÉDAJT.

Eh! qu'oses-tu prétendre?

Tu peux en m'exilant payer tous mes bienfaits, Me perdre, m'immoler , mais m'avilir, jamais. Mes maux sont ton oitvrage, ils seront ma vengeance ; Toi, qui fus sans pitié , souffre sans espérance. Je puis t'abandonner; oui, je mourrai content, J'ai corrompu ta joie, et te laisse en partant Ces remords assidus, cruels , inexorables , Que l'Éternel attache au bonheur des coupables. A mes yeux plus long-temps tremble de te montrer; J'ignore où la fureur me pourrait égarer!

Réservée aux douleurs dont ma faute est suivie, Je ne méritais pas qu'il m'arrachât la vie.

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