‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 52 sur 327 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Demain il périra s'il échappe aujourd'hui.

Oui, vous périrez tous. Vous demandez la vie.... ^~\

Ah! souhaitez plutôt qu'elle vous soit ravie.

De leur bonté superbe il faudrait l'acheter

Au prix de tous les biens qui la font regretter.

Descendez de ce rang que la gloire environne ;

Les vainqueurs sont jaloux du pouvoir qu'il vous donne,

Us ne pardonneront qu'en vous affaiblissant :

Tant qu'on est redoutable on n'est point innocent.

Vous espérez en paix jouir de vos richesses:

Ne vous en flattez pas, ils craindraient vos largesses.

Ces noms que huit cents ans Palerme a révérés,

Ils vous resteront seuls, vous les déshonorez.

Insensés! vous payez de votre ignominie

Les tourmens mérités d'une lente agonie.

Est-ce donc vivre, ô ciel ! que trembler de mourir,

Que d'obéir toujours, que de toujours souffrir,

Ou, nourris des bienfaits d'une cour étrangère ,

D'y cacher de son sort l'opprobre et la misère ?

Hélas! si vous fuyez, par vous abandonné,

A quel sceptre pesant ce peuple est enchaîné !

Dans ses maux à venir contemplez votre ouvrage:

De ses persécuteurs vous irritez la rage.

Tout deviendra suspect à leur autorité :

L'effroi chez les tyrans se tourne en cruauté.

lis vont, sous les couleurs d'une feinte prudence, Par des pleurs et du sang cimenter leur puissance, Sur des débris nouveaux l'affermir, l'élever. J'ai perdu la Sicile en voulant la sauver.

LORiOA.IT.

Qu'ai-je fait, misérable?

saxviàti.

O trop funeste image!

Philippe d'aquila.

De nos tristes enfans voilà donc l'héritage !

procida.

Grand Dieu ! si la fortune eût servi nos efforts , L'équité renaissait pour consoler ces bords : Les lois de nos aïeux, auprès du trône assises, Resserraient du pouvoir les bornes indécises. Don Pèdre commandait; par vos mains couronné, Amis, c'est par vos mains qu'il aurait gouverné. Vous marchiez après lui les premiers de l'empire. Instruit du noble but où votre espoir aspire, Je n'entreprendrai point de surprendre vos cœurs A tous ces vains appâts des trésors, des faveurs, Des hautes dignités dont sa prompte justice Voulait récompenser un si rare service.

Ces honneurs séduisans ne vous ont point tentés; Je le sais, j'en suis fier, mais vous les méritez.

Page 1