ACTE II, SCÈNE II. i
Quel bonheur, Empsaël , quelle volupté pure D'abandonner ses sens au vœu de la nature ! Par ces chemins de fleurs, dont j'ai fui les appas, Qu'il est doux d'égarer ses désirs et ses pas ! Ce bonheur est le tien , 6 fougueux Idamore !
ekpsael.
Son triomphe importun vous poursuit-il encore ?
ÀKSBAl , aTôC violence.
Il osa me braver: sans fléchir les genoux, De mon œil menaçant il soutint le courroux ! On l'admire pourtant, on l'exalte , on l'encense ; L'amour qui l'environne impose à ma puissance. H règne, et qu'a-t-il fait? le devoir d'un soldat. Un misérable sang, qu'il verse pour l'état, L'emporte sur celui dont mon pieux courage De Brama sur l'autel vient arroser l'image. Quel effort douloureux s'est-il donc imposé ? Par quels jeûnes cruels son corps s'est-il usé ? Sa langue, docile ciel tolère l'insolence, N'a pas langui dix ans dans un morne silence. Il est libre, et son cœur, fier de ses sentiirças, N'en contraignit jamais les heureux mouveuœns. Il se livre au penchant dont l'erreur le caresse , De la gloire à longs traits il savoure l'ivresse;
196 LE PAMA.
Tandis qu'enseveli dans ma noble prison , J'arme contre mes sens une froide raison ; Tandis que , m'exerçant par d'obscurs sacrifices , Je suis mort à la joie, au monde, à ses délices, Aux douceurs de l'espoir, aux flammes des désirs. Pour moi sont les tourmens et pour lui les plaisirs ; Et le bien, le seul bien, où mon amour s'attache, Comblé de tous les dons , c'est lui qui me l'arrache : Ma puissance, il l'outrage, il Pose mépriser; Sous mes foudres sacrés j'hésite à l'écraser ! Dieux! ma tête a blanchi dans mon saint ministère, Et vous donnez sa honte en spectacle à la terre ! Vengez-moi : triste objet d'envie et de pitié , Grands dieux, dans mon exil m'avez-vous oublié?
EMPSAEL.
Ah ! qu'ils ne privent pas de ce chef intrépide La tribu des guerriers , qui l'a choisi pour guide. Qu'importe à vos dégoûts qu'il se soit révolté Contre les droits divins de votre autorité ? Elle n'est, dites-vous, qu'un illustre esclavage
AKÉBAR.
Je n'en puis sans mourir endurer le partage. Triste effet des grandeurs! leur amour malheureux Egare nos esprits en de contraires vœux. S'il échappe à nos mains ce pouvoir qui nous pèse ,