‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 88 sur 327 · ACTE II, SCÈNE IL ig · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL ig

Qu'avec emportement mon cœur t'a désiré , Et , pour livrer ma vie à tes pompeux spectacles , Combien j'ai surmonté de chagrins et d'obstacles ! Je te possède... Hélas !

EMPSAEL.

Quoi ! voulez-vous toujours De vos prospérités empoisonner le cours, Souffrir avec ennui que le peuple vous voie, Respirer sans plaisir l'encens qu'il vous envoie ? N'aimez-vous plus ce trône où de lointains climats Les rois viennent baiser la trace de vos pas ?

AKÉBAR.

Je l'aimais, quand un autre y siégeait à ma place ;

Entre nous à regret je mesurais l'espace ;

A ses débiles mains j'enviais l'encensoir.

Le voilà donc ce trône où j'ai voulu m'asseoir !

Composer ses regards , veiller sur son visage ,

Affecter la froideur d'une insensible image ,

0 tourment ! que mon front, lassé de ses splendeurs ,

Se courbe avec dégoût sous le poids des grandeurs !

Que le temple et sa pompe , et sa triste harmonie ,

Ont fatigué mes sens de leur monotonie !

(Il tombe assis sur un banc de gazon. ) EMPSAEL.

Contre l'ennui secret qui consume vos jours

'âj

194 LE PAMA.

Dans l'étude autrefois vous cherchiez un secours.

AKJÉBAR.

Oui , j'ai long-temps pâli sur ces tables antiques , Des quatre âges du monde infaillibles chroniques , Et tant d'écrits savants , entassés dans nos murs , Ont chargé mon esprit de leurs dogmes obscurs. Après trente ans d'efforts , j'ai percé dans les ombres Des caractères saints , des figures , des nombres ; Les éclats de la foudre et le cri des oiseaux Ont d'oracles certains payé mes longs travaux ; Qui, d'un vol plus hardi consultera les astres Sur des succès futurs ou de prochains désastres , Et d'un songe équivoque envoyé par les dieux Lira d'un œil plus sûr l'avis mystérieux ? Science que j'aimais , séduisante chimère , Ta coupe inépuisable à ma bouche est amère ; Tes charmes sont trompeurs , et tu m'as enivré Sans étancher la soif dont je suis dévoré ! Quoi ! tout est vain ?

EMPSAEL.

Jamais vos misères passées N'ont d'un chagrin plus sombre obscurci vos pensées. Quel est ce mal cuisant pour vous seul réservé , Dont vous cachez la plaie à mon zèle éprouvé ?

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