ACTE II, SCENE V. an
Cet aveu qu'en tremblant j'ai versé dans ton sein , N'y laisse plus pour moi qu'horreur et que dédain : D'un amour confiant il est l'excès sublime, Mon seul droit au pardon , mon titre à ton estime. Je disais : Il m'est doux de lui livrer mon sort , D'arracher à sa crainte un si pénible effort, Si grand, si généreux, que jamais avant elle La plus parfaite ardeur n'en laissa de modèle. Donnons-lui ce triomphe ; honneu rs, lauriers, pouvoir, Jetons tout à ses pieds, je veux tout lui devoir! Je l'ai fait sur la foi de ta sainte promesse ; J'en ai cru ta pitié , j'en ai cru ta tendresse , Chassé, maudit par toi, j'en crois encor tes pleurs; Voilà tous mes garans, parle, sont-ils trompeurs?
If* AL A.
Eh! quel est ton espoir ? que d'une âme affermie J'accepte en t'épousant l'exil et l'infamie?... Je le veux; mais demain quel sera mon appui, Si l'ange de la mort m'appelle devant lui ? Surprise dans les nœuds d'un hymen sacrilège, A ce juge irrité, dis-moi, que répondrai -je ? Le courroux des humains ne peut m'épouvanter ; Mais le sien, mais pour toi le faut-il affronter ? Mais faut-il échanger contre des cris funèbres , Contre le noir séjour des esprits de ténèbres ,
aia LE PAMA.
Contre des châtimens qui prolongent mes maux
Au-delà de ce monde, au-delà des tombeaux,
Cette paix , ces plaisirs , ces innocentes joies ,
Que Dieu garde aux tribus qui marchent dans ses voies ?
Dieu même, et les clartés de ce palais divin
Où rayonne un jour pur sans aurore et sans fin ?
IDA.MORE
Non ; mais je t'y suivrai. Quel forfait m'en exile? Le sein de l'Éternel est aussi notre asile. Va, ces mortels si fiers, qui nous ont rejetés De ce bonheur en vain nous croient déshérités. Nous sommes ses enfans. Comme sur leur visage TTa-t-il pas sur le nôtre imprimé son image ? De nos jours et des leurs, qu'il pèse également , Au même feu céleste il puisa l'aliment. Nos sens formés par lui , nos traits , tout est semblable. Ont-ils un œil plus sûr, un bras plus redoutable? Dieu dans leur voix plus mâle a-t-il mis d'autres sons ? Le soleil, pour eux seuls prodigue de moissons, N'échauffe-t-il pour nous que poisons homicides? Les fruits se sèchent-ils sur nos lèvres avides? Les flots, dont notre soif implore les secours, Pour tromper ses ardeurs détournent-ils leur cours ? Ces mortels , comme nous, sont condamnés aux larmes, Soumis aux mêmes maux , blessés des mêmes armes;