‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 98 sur 327 · ACTE II, SCÈNE V. aog · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. aog

Tf^ALA, se précipitant vers la statue de Brama , qu'elle embrasse.

Toi qui l'entends, protège ta prêtresse; Dieu , fais luire entre nous ta foudre vengeresse ; Que ce marbre insensible, ébranlé par mes cris , Entre l'impie et moi renverse ses débris.

IDAMORE, à genoux.

Ma vie est un fardeau ; prenez-la, je l'abhorre. Mon amitié flétrit, mon amour déshonore, Mon nom glace d'effroi.

1HÉAXA, sans le regarder.

Les deux m'en puniront; Mais le tranchant du fer n'atteindra pas ton front. Infortuné , va-t'en !

IDAMOKE.

Hélas ! dans quelles villes , Sous quel heureux climat, sur quels bords si fertiles, Où les plaisirs pour moi ne soient sans volupté, Le printemps sans parure, un beau jour sans clarté? Vous fuirai -je aux déserts ? mais où fuir ce qu'on aime ? Dans quel antre profond me cacher à moi-même ? Où ne verrai- je plus ces flambeaux de la nuit, Dont les feux si souvent à vos pieds m'ont conduit? Par quel chemin vous fuir ? quel rocher, quelle source , Pour me parler de vous, ne suspendra ma course? Beaux lieux, sans m'arrêter comment vous parcourir,

aïo LE PARIA.

Et puis- je en la fuyant inarrêter sans mourir? Fleuve heureux, bois si chers à ma reconnaissance, Je vous reverrai donc, mais pleins de son absence !... A travers les rameaux, là , j'observais ses pas : Là, pour l'entretenir, j'affrontai le trépas; Là, les heures pour moi s'allongeaient dans l'attente; Ici , je lui donnai ce doux titre d'amante ; Plus loin... ô Néala, quel prix de mes exploite! Je leur dus de vous voir pour la première fois. Couronné par vos mains, que j'étais fier de l'être! Ah ! vous m'aimiez alors, vous m'admiriez peut-être. Oui , malgré vos mépris , oui , malgré mon malheur, Ce jour atteste encor que j'eus quelque valeur; Quelques dons m'élevaient au-dessus du vulgaire, Et j'avais des vertus puisque j'ai pu vous plaire.

NÉALA.

Us me furent cruels, ces dangereux trésors, Dont j'exaltais le prix pour tromper mes remords. Pourquoi m'ont-ils caché sous leur brillant mensonge L'abîme inévitable où mon erreur me plonge? Malheur au cœur aimant que leur charme séduit : C'est par eux qu'à jamais mon bonheur fut détruit.

IDAMORE

Il ne l'est pas encor ; du moins il peut renaître. La pompe se prépare, eh bien... dois-je y paraître?

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