‹ Théâtre de m. de Florian (volume 2)Chapitre 1 sur 105 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

DE L'IMPRIMERIE DE DIDOT L'AÎnÉ, M. DGC. LXXXVL

CSP

JIn donnant au public le recueil de mes comédies, je me garderai bien d« le faire précéder de réflexions sur la cojuédie.Ce seroit d'abord risquer d'ennuyer ; ensuite je serois s ùr de me nuire:car,de deux choses rune;ou jeprou- Terois que je suis un ignorant, et personne ne gagneroità cette découverte ; ou je me montrerois fort instruit , et l'on m'en trouveroit plus coupable d'avoir fait des pièces si imparfaites, en sachant si bien comment on les fait bonnes. Je ne veux donc parler ici que du genre que j'ai adopté, dire les raisons qui m'y ont engagé, et relever les fautes que je n'ai pas évitées.

fi

roui bien distinguer ce genre , il faut dire un mol des autres : il faut répéter, ce que l'on sait déjà, que la comédie de caractère est sans contredit le plus beau, le plus utile, le plus difficile de tous les drames. Quel travail que celui d'étudier jusqu'aux plus petits traits de l'homme qu'on veut peindre, de fouiller dans les replis de son cœur, d'y surprendre ses sentiments les plus cachés , et d'imaginer ensuite des situations où, dans l'espace de deux heures , tous ces traits, tous ces sentiments, soient développés , en amusant, en intéressant toujours deux mille personnel rassemblées au liasard, et très indifférentes à l'affaire dont il s'agit! Un tcJ ouvrage, quand il est parfait, mf

IVANT-rROPOS. 7

semble le clief-d oeuvre de l'esprit Lumaia.

JSIais ce clief-d 'œuvre, en tous les temps si difficile , l'est peut-être aujourd'hui plus que jamais. Quand il iiaîtroit un second Molière, merveille que la nature ne produira plus vraisemblablement, pourroit-il se flatter d'égaler le premier? trouveroit-il des sujets tels que le Misanthrope, le Tartuffe, l'Avare? je ne le crois pas. Les caractères qui restent à traiter me semblent petits auprès de ces grands modèles. Je juge du moins qu'ils doivent être peu saillants, par la peine qu'on a de leur trouver même un pom.

On pourroit donc penser qu'il ne fpste plus à peindre que des demi»

caractères ; encore les modèles en sont-ils rares. C'est dans le monde qu'il faut les chercher; et j'ai cru remarquer que dans le monde on se ressembloit un peu. Le grand précepte, Il faut être comme les autres, qui fait la base de nos éducations , met une assez grande conformité dans les mœurs, dans les actions, dans le langage de ceux qui composent la société. Chaque âge , chaque état, a ses idées, son ton, ses manières convenues : on les prend sans s'en appercevoir; et les formules, le»

devoirs d'usage , l'obligation de parler lorsque l'on ne voudroit rien dire, l'habitude de traiter comme des amis ceux dont on ne se soucie guère, enlin la mojiolonic de la politesse, û

Ion peut s'exprimer ainsi, éteignent le naturel et font disparoître les nuances des caractères. Tout n'en est peutêtre que mieux ; et il faut bien que cela soit, puisque l'on est si heureux dans le monde. Je ne prétends point ici m'ériger en censeur, je veux dire seulement que j'ai trouvé un peu de ressemblance entre ce qu'on appelle le monde et le bal de l'opéra. C'est assurément un lieu enchanteur, on y fait infiniment d'esprit, on y voit de très jolis masques; mais un peintre seroit peut-être embarrassé d'y trouver une physionomie.

D'après ces réflexions, bonnes ou mauvaises , et auxquelles je n'attache aucune prétention, j'aurois reiioac« à la comédie de caractère ^

lO A V A N T - P R O P O s.

quand bien même j'en aurois eu le talent : car le talent ne suffit })as; c'est du sujet que dépend le sort d'une pièce. Si cela n'étoit pas vrai, nos grands hommes u'auroient fait que des chefs-d'œuvre-

Peut-être aussi, et je le croirois bien, mon impuissance m'a -t -elle rendu mes raisons meilleures. J'en conviendrai volontiers à chaque bonne comédie de caractère que l'on nous donnera : le jjlaisir qu'elle me iera éprouver sera bien plus vif que If clia<^rlu de me dédire. Mais en at-» tendant je croirai qu'il ne reste plus à traiter que la comédie de sentiment et la comédie d'intrigue.

Ces deux genres me semblent inépuisables, Av(:c de l'esprit et de la

«ensibilité, on trouvera toujours des situations , des intérêts nouveaux, Les vices , les travers , soîit bornés; mais les passions sont un champ immense.

J'entends par la comédie de sentiment celle que La Chaussée fera vivre à jamais , malgré les épigrammes de ses ennemis; celle qui met sous les yeux du spectateur des personnages vertueux et persécutés; une situation attachante o ù la passion com- -bat le devoir, où l'honneur triomphe de l'intérêt; celle enfin qui sait nous instruire sans nous ennuyer, nous attendrir sans nous attrister, et qui f.iit couler ces douces larmes, le premier besoin d'un cœur sensible.

La comédie d'intrigue, qui porcs

la AVANT-PROPOS.

*ux- la même base que la comédie de sentiment , l'intérêt , emploie des moyens tout différents. Un vieilldid amoureux, un rival ridicule, des valets adroits , des dangers sans cesse renaissants dont on se tire à force de ruses, et sur-tout des méprises, moyen toujours sûr au théâtre , voilà par quels ressorts elle égaie le spectateur, l'intéresse assez pour l'amuser, et le fait rire des malheurs qui peuvent lui arriver le lendemain.

La réunion de ces deux genres feroit sans doute un bon ouvrage; mais cette réunion est extrêmement difficile. Presque toujours le comique nuit à l'intérêt, et l'intérêt exclut le comique. J'ai cru pourtant qu'il nètoit pas impossible de les allier. J'ai

AVANT-PROPOS. l3

pensé que le sentiment et la plaisanterie pouvoient tellement être unis , qu'ils fussent quelquefois confondus, que le spectateur s'égayât et s'attendrît dans le même instant, en un mot que le même personnage fît rire et pleurer à la fois. Pour cela j'avois besoin d'Arlequin.

Ce caractère est le seul peut-êtra qui rassemble l'esprit et la naïveté , la finesse et la balourdise. Arlequin, toujours bon, toujours facile à tromper, croit tout ce qu'on lui dit, donne dans tous les pièges qu'on lui tend :

rien ne l'étonné, tout l'embarrasse; il n'a point de raison, il n'a que de la sensibilité; il se fâche, s'appaise, s'afflige, se console dans le même lustant : sa joie et sa douleur sout !.. a

également plaisantes. Ce n'est pourtant point un bouffon; ce n'e^t pas non plus un personnage sérieux: cest un grand enfant; il en a les grâces, la douceur, l'iiigênuité : et les enfants sont si aimables, que j'ai cru mon succès certain si je pouvois donner à cet enfant toute la raison , tout l'esprit , toute la délicatesse d'ua homme.

Delisle et Marivaux eu avoient déjà tiré un grand parti. Le premier a fait de son Arle([uin.un philosophe de la nature, qui voit les objets tcli qu'ils sont, s'exprime simplement, mais avec énergie , et fait toujours rire en raisonnant juste.

Marivaux , ce grand anatomi^ta du cœur humain , qui pour avoir

IV A N T-P R O P O s. \5

voulu tout dire n'a pas toujours dit ee qu'il falloit, Marivaux a fait des Arlequins moins naturels , moins philosophes que ceux de Delisle , mais plus délicats, plus aimables, et qui, à force d'esprit, rencontrent «[uelquefois la naïveté.

Je n'ai voulu copier ni Marivaux, ni Delisle. Cela ne m'auroit pas élé facile: l'un avoit plus d'esprit, l'autre plus de profondeur que moi. J'ai voulu peindre un Arlequin bon , doux, ingénu , simple sans être bête, pailant purement , et exprimant avec naïveté les sentiments d'un cœur irè»

tendre. Une fois ce caractère établi, non d'après les auteurs qui s'en étoient servis avant moi , mais d'après mes idées particulières, j'ai cher-

ché des intrigues qui pussent m'aider à le développer. J'étois presque sur que mon héros étoit intéressant ; son masque et son habit le rendoient comique: il ne falloit plus que trouver des situations attachantes, et je devois faire rire et pleurer. Il reste à savoir si j'y suis parvenu.

J'osai risquer pour la première fois sur le théâtre, en ijjjp, l'Arlequin que je m'étois créé. Il y avoit alors plus de vingt ans que la comédie italienne avoit abandonné les pièces de Marivaux et de Dclisle, pour des cannevaa italiens que les acteurs remplissoient à leur {^ré. J'osai tenter de rappeller uu genre oublié. Je fis représenter par des acteurs italiens une pièce toute françoise , les deux Billets, EIIq

A V A N T-P R O P O S. ly

réussit, cpioiqu'elle ne fût pas jouée par le célèbre Carlin , acteur à jamais recommandable par ses grâces , par 5on naturel, et à qui peut-être il n'a înanqué que de la mémoire pour être le premier des acteurs comiques.

D'après ce succès qui m'encouragea, d'après une chute qui m'éclaira(i), je voulus donner à toutes mes pièces un but de morale et d'utilité.

Cette idée n'avoit rien de neuf; car toutes les bonnes comédies sont ou doivent être morales. Mais avec le personnage que j'avois choisi , je ne pouvois pas développer de grands travers , ni prétendre à corriger les

(0 Arlequin roi , dame et valet , tombé le 5 novembre 1779 , et JHté au fca le 6 du même taoii.

î5 AVANT-PROPOS.

hommes , en leui' montrant \euTf vices ou leurs ridicules : j'essayai (lu moins de les exciter à la vertu , en leur rappellant combien elle est aimable , combien elle donne de vrais plaisirs. Je voulus sui-tout leur pré»

senter le tableau de ces vertus familières , de ces vertus de tous les jours , les plus utiles peut-être, les plus nécessaires au bonheur : car , ce no sont pas, ce me semble, les grands préceptes de la morale et de la philosophie que l'on trouve à mettre en pratique le plus souvent. On est raremcjil dans le cas de sacrifier à son devoir, à la patrie, à l'honneur, son repos, sa fortune, sa vie ; mais on est tous les jours obligé d'être un bon iils, un bon époux, un bon peiCv

AVAXT-PR.OPOS. 15>

Voilà les vertus dont je voulus essayer de donner des modèles , eu amusant ceux à qui je les présentois.

J'avois déjà peint le désintéressement du véritable amour ; je tentai de peindre le bonheur de deux époux bien unis, et de prouver qu'il ne faut jamais soupçonner un cœur que l'on connoit vertueux. Je voulus ensuite présenter le tableau d'un père qui adore sa fille, et qui voit sa tendresse récompensée par la confiance la plus entière; celui d'une mère sage qui se sacrifie elle-même pour rendre sa fille au bonheur; enfin celui d'un fils vertueux et sensible qui immole sa passion à sa mère.

Tels sont les sujets des deux Billets, du Bo^- J>^É^'AGB, du bon PepiEj

do LA BONNE MeRF. , et clu BON FlLS.

Les trois premières pièces forment , pour ainsi dire, le roman de mon Arlequin mis en action dans les trois états de la vie les plus intéressants : ceux d'amant, d'époux, et de père.

Ln lui conservant toujours son caractère original , je l'ai fait parler différemment dans ces trois comédies, parceque ses affections et son âge sont différents.

Dans i.Es DEUX Billets, Arlequin est très jeune et amoureux. 11 a plus d'esprit que dans les deux autres pieces , jiar la raison qu'il est amoureux, et que l'amour, qui ote souvent l'esprit à ceux qui en ont, en donne inHuimenl à ceux qui, comme Arlequin, ne pavent j:e que c'est.

Quant à sa façon d'aimer, elle est peinte dans la pièce. Le succès qu'elle a eu ne m'a point aveuglé sur le défaut du dénouement. Le billet de loterie devroit rentrer dans les mains de son vrai maître par un moyen plus ingénieux que celui dont se sert Argentine: je le sais, et j'avoue en toute humilité que je n'ai pu en trouver un autre.

Dans LE BON MÉNAGE, Arlequin est marié depuis long-temps. Il adora sa femme; mais cet amour, le meilleur de tous , fondé sur l'estime et la confiance , doit être aussi tendre et moins galant que celui des deux Billets. Aussi ai-je tâché de rendre le dialogue plus simple et plus naturel, Ailequin joue ^veç ses en-

aa A V A N T-r i\ o p o s.

iants, et cause avec sa femme; l'esprit n'a rien à faire là. Deux époux bien unis, bien sûrs l'un de l'autre, ne font pas des madrigaux ; ils sont mutuellement, et sans avoir besoin de s'en avertir, l'objet constant d»

toutes leurs actions, de toutes leurs pensées : mais ils ne parlent point d'amour, cela va sans dire; ils s'aiment, puisqu'ils existent.

Quelques personnes ont trouv<5 imauvais qu'Arlequin pardonnai à sa femme, avant qu'elle ait prouvé son innocence. Si c'c5t un défaut , on doit m'en savoir d'autant j)lus mauvais gré, que c'est pour ce défaut qu6 j'ai fait la pièce.

Le noN Père est écrit d'un styla j»)m8 élevé (juo celui d<»fi deux autie«

«omédies ; et je dois m'en justifier.

Arlequin est devenu riche; il vit à Paris dans la bonne compagnie ; un homme de condition veut épouser st fille : il est impossible qu'il n'ait pai pris un peu du ton de ceux qui l'entourent. Il n'a plus son habit , il n a que son masque : j'ai tâché de ne lui conserver de son ancien langage qu'on proportion de ce qui lui restoit d'Arlequin.

Le grand défaut de ce petit ouvrage , c'est qu'Arlequin ne fosse point d'action principale qui caractérise précisément un bon père. Il pourroit s'appeller tout aussi bien l'hon- NÈTE Homme; et le dénouement justifieroit mieux ce dernier titre. J'en conviens ; et j'ai tâché ds riporâf

cette faute en multipliant les détails de tendresse paternelle, en représentant un pore toujours occupé de sa Jîlle, ne parlant que de sa fille, ne pouvant être heureux que du bonheur de sa fille. Je n'ose pas ajouter qu^un grand sacrifice , un beau Irait d'amitié paternelle, est peut-être moins difficile , et caractérise moins un bon père, que cette habitude continuelle de sollicitude et de tendresse.

Le rôle d'Arlequin dans la bonne Mère est bien moins considérable que ceux dont je viens de parler. J'ai craint qu'il n'attirât trop l'attention qui doit se porter sur la bonne mère.

J'ai été un peu gêné dans les détail»

de tendresse que j'ai donnés à cette bonne mcre , parceque j'avois dèjn.

fait le bon Père, et que la ressemblance de ces deux caractères en devoit mettre nécessairement dans l'expression de leurs sentiments. Aussi ai-je bien senti que Matliurine n'a pas, dans ses scènes avec Lucette, autantd'amour, de douceur, d'épanchements tendres , que le bon père avec Nisida. Ce défiuit est peut-être raclietë par la belle action de Matburine ; de sorte qu'elle ne fait qu'agir, et le bon père ne fait que parlei, (Chacun des deux ouvrages a soxi défaut, que l'on vena bien sans qiie je le dise ; mais j'aime mieux le dire la premier.

Dans LE BON Fils , il n'y a point d'Arlequin, parceqnela situation du bon fiU , obligé de cboisir entre sa 1. 3

mère et sa maîtresse , forcé de sacrifier l'une à l'autre , semble exclure Je son rôle toute espèce de comique.

"Non seulement il ne faut pas que le bon fils rie , mais il ne faut paa qu'il fasse rire un moment. L'intérêt est , ce me semble , trop vif, trop giand , pour admettre le moindre comique. Dès loi'S, il est nécessaire de bannir toute idée d'Arlequin , qui , dans quelque situation qu'on le place , doit toujours au moins faire sou-> rire.

J'avoue que le grand défaut du bow Fils est ce manque de comique: j'ai tâché d'y suppléer par le rôle de Thibaut. J'avoue encore que je me suis consolé d'avoir lait, sans Arlequin, uuc comédie en trois actes , où j 'ai ta*

Avant-propos. 27

ché de donner un modèle de la première vertu que l'on met en usage dans le monde. J'y ai trouvé encore le plaisir de rassurer quelques personnes qui , me voyant toujours faire des pièces avec un Arlequin , craignoient ( par amitié pour moi ) que je ne pusse jamais faire autre chose, et af- £ectoient , pour me ramener au bon. goût , d'appeller mes pièces des arlequinades. Un intérêt si tendre méritoit bien que je prisse la peine de faire une comédie sans Arlequin.

J'aurois eu d'autant plus mauvaise grâce à leur refuser cette complaisance, que LE BON Fils est, de tous mes ouvrages , celui qui m'a le moina coûté,

Afin de compléter ce petit cour»

de morale , j al voulu faire une pièce pour des eulauts. J'ai pris mon sujet dans M. Gessner; et le nom de cet aimable auteur m'a rendu ce sujet plus doux que si je l'avois inventé.

J'ai eu grand soin de faire imprimer à la tête de ina pastorale la charmante idylle qui me 1 a fournie. J'ai été fier de mêler dans mes ouvrages un ouvrage du cliantre d'Abel. Il m'a semblé que cette idylle porteroit bonlien i à mon recueil, et qu'une simple fleur (lu jardin de M. Gessner suffiroit pour parfumer tout mon bou^ quet.

J'ai cjicore eu im autre espoir en fiisant celle petite pastorale. Je me tv'is fl.ur/ que dans ces familles bien

wnies que j'ai toujours en vue lorsque je travaille , les enfants de la maison joueroient Mvrtil et Chloé à la fête de leur mère , à la convalescence de leur père. Cette idée m'a réjoui , parceque j 'aime les enfants , et j aime les fêtes de familles. Je suis sur d'avance que le jeu de ces aimables acteurs, la circonstance, l'émotion d'un cœur paternel, effaceront tous les défauts de mon petit ouvrage ; et la certitude qu'il fera couler des larmes a suffi pour me rendre chère cette bagatelle, qui riB vaut pas la peine d'être examinée,

Jeannot et Colin fut mon premier ouvrage, quoique les deux Bil- Xets aient été joués avant cette pièce»

Si je la falsois aujouicriini , ce ne seroient point Colin et Colette qui paroîti oient les premiers pour annoncer Jeannot; ce seroit au contraire Jeanlîot qui annonceroit Colin et Colette, parceque ces derniers sont les ])lus intéressant?, et que leur arrivée, qui ne fait point d'effet puisqu'on ne les connoît pas, en feroit beaucoup si l'on avoit parlé d'eux. J'amenerois sur la pcene tous les personnages , tous les tableaux dontce sujet est susceptible; je làclierois de peindre les faux amis , les flatteurs , les parvenus; enfin je fiuivrois mieux le conte dont je me suis trop écarté. Mais, dans le temps où j'ai fait cette pièce, je n'y voyois <jue Colin et Colette ; je regardois

AVANT-PROPOS. 3l

comme inutiles toutes les scènes où je ne parlerois pas d'amour ou d'aluitiê. Au lieu d'une bonne comédie, qu'un homme plus savant que moi auroit faite , je ne voulois écrire qu'un petit drame touchant. Heureusement je pleurois en travaillant; quelques spectateurs ont pleuré à la représentation , et ma pièce a été sauvée. L'attachement qu'on a toujours pour son premier ouvrage m'a empêché d'y retoucher. Je n'en applaudirois pas moins à celui qui traiteroit ce sujet d'une manière plus digne du conte.

La ressemblance parfaite de deux Arlequins m'avoit toujours semblé un joli sujet de comédie. L'ancienne pièce des deux Arlequins , de Le No-

ble , m'encourageoit à la faire; mais les Ménechmes ra'effrayoient. Je pris le parti de réduire ma comédie à un acte , pour éviter toutes les situations qui se trouvent dans les Ménechmes.

J'observai scrupuleusement de couper toutes les scènes qui pouvoient ressembler à celles de Regnard , et cela n'a pas empêché de dire que j Pavois copié les Ménechmes.

Ce n'est point là le défaut de cette petite comédie , qui pèche plutôt par le manque d'intrigue. Comme ce reproche est grave, je ne veux point en trop parler. D'ailleurs, de toutes mes pièces , celle des Jumeaux de Bergame a le plus réussi; et je n'ai garde d'appeller du jugement du pu»

blic.

Page 1