ROS A LB A, ARLEQUIN, ARGENTINE, LES ENFANTS
Ou'iL ne manque plus rien à mon.
bonheur. Laisse- moi reprendre haleine ; je ne i»e possède pas de joie.
ARGENTINE
Je brûle d'apprendre...
Ma tendresse pour toipouvoit seule nie donnerle courage que je viens d'avoir. En te quittant , j'ai couru chez mon père; Arlequin en sortoit : il lui avoit tout dit, car mon père irrité donnoit à Lclio des noms qu'il est loin de rnériter. Je me suis précipitée à ses pieds : C'est moi, me suis-je écriée, c'est moi qui l'ai épousé ; je suis sa femme... La femme de qui?a-t-il dit
en me repoussant La femme de Lé-
lio. A cette parole mes forces m'ont abandonnée , mais non pas mon perp; il m'a relevée avec fureur et tendresse; ses mains treniLlolent et n'osoientpas presser les miennes ; il sembloit avoir peur de me pardonner. J'ai profité de l'instant , j'ai tout avoué ; je lui ai dit que je portois dans mon sein le gage de notre iniion , que cet enfant étoit le sien , etqu'illuidemandoit, parma voix, la permission de naître pour l'aimer. Mon amie , cette idée a fait évanouir sa colère; il est resté un moment incertain sur ce qu'il alloitdire. Mes yeux étoient fixés sur les siens , mon cœur batîoit de toute sa force ; je le regardois sans parler , il me regardoit de même : enfin ce silence a fini par im torrent de larmes qu'il retenoit depuis long-temps. Dès que je l'ai vu pleurer, j'ai senti qu'il alloit]>ardoniier : je me suis élancée k son cou , cli
SCENE XVIII. 143 les premiers mots que sa bouche a prononcés , en se pressant sur mon visage , ont été : Ma fille , je te pardonne.
ARGENTINE, embrassant Rosalba avec transport.
Ah ! rien ne manque à mon boa-»
heur.
ROSALBA
\ enez , mes amis , venez avec moi :
je cours cherclierLélio; je vais le conduire aux pieds de mou père. Soyez les témoins d'une félicité que je doit à ma chère Argentine.
A RLEQUIN.
Mais je n'entends pas bien tout cela. M. Lélio est donc le mari de mademoiselle Rosalba?
ARGENTINE
"Voilà ce grand secret que j'avois promis de te cacher. De peur qu'il ne fiit découvert , je recevois sous mon adreste les lettres do M. Lélio pour
144 LE BON MENAr.r,.
sa femme. Celle criinjonrd'hui
Chut , chut , je comprends toute ma méprise : je ne me la pardonnerois pas si j'avois eu besoin d'explication pour me raccommoder avec toi.
(Il ombrasse Ar[;endnc , et puis il prend par la mnlti ses deux enfants. ) Mes enlantS , VOUS
vous maiierez un de ces jours; si vous avcx le bonheur, comme moi, de trouver une honnête femme, souvenez-vous qu'il faut toujours la croire plus que vos propres yeux. Sans cela, point de bon ménage.
LE BON PERE, o u