‹ Théâtre de m. de Florian (volume 2)Chapitre 81 sur 105 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

Je veux dire qu'il s'occupe sans doute de vous chercher un mari.

N I s I D A , . vivement.

' Ah! j'espère que non.

Cela vous leroit du chagrin?

N l s l D A.y froidement.

Tout changement à mon sort ne pourroit que m'être désagréable. Je suis heureuse avec mon père, je n'aime que lui, je ne veux aimer que lui:

il ne respire que pour moi. Ce sentiment suffit à mon cœur comme à ma félicité.

Ajoutez à tant de raisons la certitude de ne jamais trouver un époux digne de vous. Quand même sa fortune et son rang seroicnt au-dessus des vôtres , quand même il seroit le plus aimable des hommes, vous feriez encore un maiiage inégal.

N r s I D Av

Vous me louez toujours, Cléante ; j en suis fâchée, car j'aime k causer^ avec vous, et cela m'en empêche.

N É R I N E , bas à Cléante.

Allez donc... Oh! le poltron! (haut.) Moi, qui ne vous loue point, mademoiselle, et f]ui ne vous en suis ])as moins attachée, je n'approuve pas cet éloignement pour le mariage. Vous êtes faite pour vous marier; mais j© veux que ce soit avec un homme dont luge et les qualités vous conviennent.

Monsieur votre père est trop vieux pour le chercher, vous êtes trop jeune pour le choisir; si vous voulez, je 1« trouverai , moi , je m'en charge.

Tu es folle , Néi ine.

NARINE

Non , je parle très sérieusement ; je vois d ici ce qu'il vous faut. Dites un ceul mot, «t je vous amené uu

SCENE VIL i8S ^enne homme bien fait, d'une jolie figure, d'un caractère doux et sensible, d'un esprit fin et aimable; en un mot, un époux i-erapli d'honneur, de grâce et d'amour. Si cela vou* convient, vous n'avez qu'à parler.

Et tu répondras de toutes ces qualités, même de l'amour qu'il aura pour moi?

Ohl c^est justement ce que je garantis le plus.

C'est pourtant le plus difficile à prouver. Quand on est la fille unique ■d'un homme opulent, oi a le droit malheureux de ne jamais se croire aimée. La fortune fait payer ses bienfaits même à l'amour -propre : voui avez beau être jeune, belle, charmante ; vous êtes riche , ce mot seul arrêtera tout amant tendre et déli-

i84 LE BON PERE.

cat. 11 doit être bien difficile de ne pas vous aimer, mais il est impossible d'oser dire que l'on vpus aime.

Ce n'est pas à mon âge que l'on fait de si tristes réflexions ; et si jamais. . .

C L É A N T E , vivement.

Si jamais...

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