SCENE IX
Tu n'as qu'à me le nommer, je m'en vais l'aimer aussi.
Ali ■ il m'est impossible de le nommer sans rougir.
Tu ne peux pas rougir avec moi :
ne suis-je pas ton père? ton honneur n'est-il pas le mien? Ouvre-moi ton cœur, ma fille ; peut-être à nous deux nous viendrons à bout de te rendre heureuse.
Eh bien! mon père, apprenez ce que j'ai voulu cent fois me cacher à moi-même; guérissez-moi d'une passion que je combats sans cesse, et qui renaît toujours plus violente. J'aime... J'aime...
Qui donc?
Cléante.
ARLEQUIN
Mon secrétaire!
Il n'est pas fait pour l'être, j'en sui« siire ; mais je n'en sens pas moins tout le malheur de mon choix. Je ne vous demande que de me secourir, et j'ose vous répondre que je surmonterai cet invincible penchant. Kloignezmoi de Cléante ; j'espère tout de mon courage, du temps, et sur-tout d»
l'absence.
As - tu confié ce secret à quelqu'un?
Comment pouvez-vous le penser, puisque vous ne le saviez pas?
ARLEQUIN
Il est vrai, j'ai tort. Ecoute-moi :
je n'ai pas oublié que je ne vaux pas mieux que Cléante; et si j'étois encore en Italie, où tout le monde sait
SCEXE IX. 199
«[ui je suis, je n'hésiterois pas à te le donner : mais ici , où , par amour pour toi, j'ai fait la sottise d'avoir dô Id vanité, cela devient plus difficila.
Cependant...
Non , mon père , non ; c'est à moi de mettre des bornes à votre excessive bonté. Plus vous faites pour moi, plus je dois faire pour vous. Je surmonterai ma passion, je l'immolerai au bonheur de votre vieillesse. Eloignez-moi de Cléante, je vous le demande, je vous en supplie; donnezmoi du temps et j'épouserai 1%
marquis d'Yrville.
ARLEQUi:^.
Tu n'épouseras point le marquis d*Yr%ille, mais il faut essayer de te guérir. Tu es bien malade, mon enfant, je serai ton médecin; et si les remèdes te font trop de mal , nous les cesserons tout de suite : c'est