SCENE XVII. 2i
ARLEQUIN
En a-t-il moins risqué de la perdre de réputation? Si Ion sait, comme il est impossible que l'on ne le sache pas, que vous avez passé six mois dans ma maison, avec la liberté de voir, de parler à ma fille à toute heure, qui voudra croire au respect que vous avez eu pour elle? Ma pauvre Nisida sera punie de la faute que vous avez seul commise. Et voilà la pux de l'amitié que j'avois pour vous ; vous déshonorez ma vieillesse, vous rendez ma fille malheureuse , vous empoisonnez mes derniers jours, tandis que je ne ra'occupois que de rendre les vôtres heureux I
L'amour seul est mon excuse; et cet amour...
ARLEQUIN
Ingrat que vous êtes! pourquoi ne pa$ me le dire;' pourquoi prélérer U'
ai6 LE BON PERE.
peine de me tromper au plaisir dtf «l'ouvrir votre cœur?
\ous ne m'auriez pas permis de l'aimer.
\ ARLEQUIN
Quel étoit donc votre espoir?
De vous plaire en vivant avec vous, de m'attirer votre estime et vos bontés , d'attendre, en vous aimant , que votre cœur me jugeât digne d'être aimé; et quand, à force de respect et de tendresse, j'aurois été certain d'un peu d'amitié, alors je n'aurois pas craint de vous découvrir mes sentiments ; alors , ma pauvreté, mes malheurs, tout ce qui m'empôchoit de jîarler, seroient devenus des motifs d'espérance : je vous aurois raconté mes chagrins, votre amc sensible se seroit émue; vous auriez éoouté l'aveu de mon amour , noa