‹ Théâtre de m. de FlorianChapitre 22 sur 104 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Et je le sais , monsieur , je le sais ; ce n'est pas la peine de me le répéter. D u V A L- Non , vous ne le savez pas ; je n'ai jamais osé vous le dire : mais daignez rapprendreaujourd'liui puisque voua n'avez pas voulu le deviner. En arrivant dans ce village , je vis une veuve de trente ans à peu près , plus jolie , plus fraîche que toutes les filles de quinze : un visage rond , un nez retroussé , des yeux vifs et spirituels , trente-deux dents bien blanches et bien rangées , l'air de la franchise et de la gaieté ; avec tous ces charmes, un caractère d'or , bon , vrai , sensible , passionné pour faire du bien.

IVous jugez que cet ètre-làme tourna la tête: mais comment oser le lui dire , moi , jeune étourdi , sans figujre, sans esprit , sans aucun de ces agréments qui cqmpensent le délaut

6o LA BONNE MERE, de fortune ? Je résolus donc de ne jamais parler à cette veuve de l'amour qu'elle m'avoit inspiré. Peu de joun après je rencontre une jeune fille qui lui ressembloit à s'y méprendre; cette seule raison me la fait préférer à toutes les beautés du village; je la distingue , je lui marque des attentions ; elle m'accueille , elle accepte mon hommage; etmoi, n'osantportcrmes vœux jusqu'à l'original , jemetrouve trop heureux de les adresser au portrait. Voilà l'histoire de mon amour pour mademoiselle votre fille.

MATHURINE

Monsieur Duval , il est impossible de se fâcher d'une pareille déclaration , sur-tout quand on n'a pu s'empêcher de laisser voir qu'on la debiroit ; mais enfin c'en le portrait que vous voulez , c'est le portrait qu'il vous faut , et vous ne seriez pas homme à le sacrifier a l'original.

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