SCENE I
flélas ! répond l'agneau, c'étoir un de mes vœux! Mouxii- jeune n'est pas un destin si contraiiej
Je serois bien plus malheureux ,
Si je suryivois à ma mère.
Ah , ma mère ! cette fable me plaît beaucoup ; je suis le frère de cet agneau-Ià.
MARCELLE
Celui qui Ta fait ainsi parler t'a- Toit sûrement entendu. Mais laisse ton livre, mon ami, et viens m'embrasser ; l'émotion où je suis m'empêcheroit d'être attentive.
F I R M I N l'embrasse.
J'aime encore mieux cela que la
fable.
MARCELLE
Regarde , mon ami , combien ta tendresse me rend heureuse ! Nous sommes pauvres , nous n'avons rien au monde que cette chaumière , et notre petit jardin. J'ai perdu mon
88 LE BON FILS, mari , je n'ai plus de parents , je suis souvent tourmentée par des créanciers de ton père , qui avoit un peu le défaut d'emprunter , et qui , de bons bourgeois que nous étions autrefois , nous a réduits à devenir des paysans pauvres. Tout ce qu'il a laissé de dettes me regarde , parceque je me suis engagée pour lui. J'ai soixante-neuf ans , et je commence à souffrir des infirmités de la vieillesse : eh bien , quand tu es près de moi , quand je te vois , quand je t'entends, sur-tout lorsque tu m'embrasses , je suis jeune , riche , bien portante ; je retrouve tout ce que j'ai perdu ; une seule de tes caresses me fait oublier dix ans de chagrin; et quand tu m'appelles ta mère, j'éprouve un plaisir cent fois au-dessus de toutes les peines dont j'ai souffert. Je te dis cela, mon cher fils , parceque je m'apper- (^ois bien que tu crois ra'avoir des