SCENE I. i
ARLEQUIN
Oh! c'est que vous êtes aussi ma mère , vous. Je ne vous crois pas plus l'une que l'autre. Pardi ! oui , voilà une belle manière d'être charmant , qui plaît aux mères , et ne plaît pas aux filles I Comment I madame Mathurine , vous ne voulez pas me donner quelques bons avis ?
MATHURINE
Quels avis veux-tu que jetedorme?
ARLEQUIN
Mais on vous a fait l'amour tout comme à une autre. Vous pouvez bien vous souvenir de ce qui vous plaisoit le mieux ; dites-le-moi , je le ferai pour plaire à votre fille.
MATHURINE
Là-dessus , mon enfant , il n'y a point de règle sûre , et ce qui plaît à l'une ennuie l'autre. Mais j'entends Lucette; laisse -moi seule avec elle, je vais travailler pour toi.
î6 LA BONNE MERE.
ARLEQUIN
Ah çà , n'allez pas lui dire que je vous ai parlé de rien , parcequ'elle m'en voudroit peut-être; et j'aimeroi.s mieux qu 'elle me fît souffrir toute ma vie que de la mettre en colère ua seul moment.
MATHURINE
Sois tranquille, et va-t'en.
ARLEQUIN, regardant venir Lurette.
La voili\ qui approche. Mon dieu!
comme elle est jolie! Madame Mathurine, c'est tout votre portrait au moins. (Il soupire. ) Ce drôle de Duval me fera ujourir de chagrin.
Eh non , te dis-je ; j'y mettrai ordre.
ARLEQUIN
Ah ! je vous en prie, occupez-vousen , quand ce ne seroit qu'à cause de ma mcre , qui mourra de chagrin d'abord si elle ne me voit pas heureux.
Adieu , madame Mathuri|ie. ( Il itu vu. en soupiraut. )