SCENE I
C'est pour vous.
Depuis plus d'un mois , je travaille en cachette à découper, avec mou couteau , l'écorce de cette houlette.
Le bob est bien dur, ma main est bien foible; et comme je travaillois pour vous , je n'ai jamais voulu qu»
personne m'aidât. Voilà pourquoi , mon arai , l'ouvrage a été si long.
Et puis, c'est que j'ai gravé tout aii haut de la houlette la première lettre de votre nom: c'est la seule que je sache écrire. Hier au soir, tout a été fini ; je n'ai pas dormi de plaisir. Dès que le chant do l'alouette m'a avertie qu'il faisoit jour , je me suis lef ée, jai cueilli des fleurs pour en orner la houlette ; j'allois la poser à la porte de votre cabane , et me cacherparmi les églantiers qui sont tout près. Mais j'ai beau me lever matin,
2o8 MYRTIL ET CHLOE.
Myrtll est plus matinal; j'ai beau vouloir lui cacher quelque chose , il sait toujours mes secrets aussitôt que moi,
Et moi , depuis plus de quinze jours , j'ai découvert ce nid de tourterelles dans le petit bois de la colline. Mais les tourterelles l'avoient placé tout au haut d'un jeune chêne dont la tige étoit trop loible pour me porter. Je ne pouvois pas y monter, je ne pouvois m aider d'aucun arbre voisin , et je risquois , en pliant lo jeune chènc, ou de le casser, ou d'effrayer les tourterelles , ou de fairo tomber les petits.
Comment avez-vous donc fait »; mon ami ?
J'ai attaché le bout de ma fronde à la tige du jeune çhcnc , aussi haut
rjUG mes deux mains ont pu .ittelndre ; ensuite , j'ai noué l'autre bout à la racine d'un arbre voisin , el chaque jour j'allois resserrer le nœud en raccourcissant le lien ; chaque jour insensiblement le nid s'est approché de raoi , sans que l'arbre ait cassé , sans que les tourterelles s'en soient apperçues. Pendant ce temps , les petits ont grandi, et mou espérance avec eux. Enfin , ce matin , le nid est arrivé à la hauteur de mon visage, et j'ai vu les deux tourtereaux qui ou vroient le bec, en croyant que j'étois leur inerc.' J'ai vite enlevé le nid ; j'alloii le poser à la porte de votre cabane , sur ce petit lilas que nous plantâmes ensemble il y a un an. Mais je ne peux jamais réussir à vous surprendre, Chloé; et comme je vous cherche toujours , je vous rencontre partout.
210 MYRTIL ET CIÎLOÉ.
Eh bien, mon ami, faisons tout comme si nos projets avoient réussi.
Prenez cette houlette , et donnezmoi vos tourterelles.
( Myrtil donne les oiseaux, et reçoit la houlette.) M Y R ï I L, regardant la houlette.
Ah ! (ju'ellc est belle , Chloé I tous les bergers vont me l'envier; et moi ie leur dirai: Vous l'envieriez bien davantage , si vous saviez qui me la.
donnée.
G H L O É , caressant les tourterelles. Vos tourterelles sont charmantes, mon ami ; elles sont blanches comme ces lis que vous me donnâtes l'autre jour , et elles sont douces comme vous,
MYRTIL
Ma bonne auiio, promettez -moj que vous les garderez toujours.
CHLOÉ
Oli! de tout mon coeur! Mais il faur