‹ Théâtre de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 179 sur 258 · ACTE Il\ SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE Il\ SCÈNE IL

L'amitié ! quelquefois je respire en ses bras. D'un prince malheureux ami tendre et sincère ^ Go mes. ■ .

ELISABETH

Le seul Gomès? vous oubliez... un père.

Ce respectable nom peut-il tous allarmer ?

CAKLOS.

Vu père I était-ce lui que- tous deviez Aommer?

ELISABETH

Carlos!

CÂBLOS.

 mes douleurs fiit-il jamais sensible?

Philippe est un grand roi , mais nn père inflexible.

ELISABETH

ÉtouSèz ces transports : du moins souvenez-^oos Qu'il vous donna le jour, et qu'il est moB ^oux.

CABLOS.

Ce nom que vous aimez «t qui me désespère , Tout autre, avant ma mort... Philippe était mon pèrej Philippe est votre époux ; mais , ce nom fortuné , En d'autres temps, madame, il m'était destinée

ÉLISAISTH.

ÂL ! j'ai dû t'onhlio: ; enbliez-le vous-même.

CABLOS.

Vous l'avez oublié! Mais pour le rang 5n|H'ème: Ce qu'on n'aima jamais s'abandonne aisément.

hyGoo^le

3oo PHILIPPE II.

Aurîez-vou8 abjuré ce premier sentûnent Qui , se glissant dans Tame exallée et ravie , lia remplit toute entière et fait sentir la vie? Eh ! qui peut , tout à coup par le charme entraîné , Voir au sort d'un moment l'avenir enchaîné ?

Sans prévoir mun destin j'ai connu cette ivresse. Imprudent ! jusque-là ma superbe jeunesse Méprisait des amans les frivoles ennuis :

De Charles, mon aïeule la gloire au sein des nuits S'élevait devant moi par le temps agrandie; Et son nom réveillait mon ame enorgueillie.

Tranquille , j'avais vu les beautés de la cour Au pouvoir, au crédit vendre le nom d'amour, Insulter aux vertus dans leur coeur étooSëes , Et de leur honte illustre étaler les trophées. Sous le joug du scandale espérant m'asservir, , Elles briguaient en vain l'honneur de m'avîlir. Jour où s'évanouit ma longue indifférence !

Belle d'an pur éclat, loin des bords de la France , Vous parûtes, semblable à l'astre du matin.

Ma foi vous attendait, et ce bonheur certain Avait porté l'ivresse en mon ame enflammée :

Philippe vous aima ; qui ne vous eût aimée ?

Hélas ! je n'avais pas un trône i vous oârir. Je ne pus que me plaindre , adorer et souiTrir. Il fallut m'immoler : l'arrêt de votre frère AccueilHt la demande et les vœux de mon père. Ils voulaient nous uiûr ; ils brisèrent nos ncends. Aux pieds de ces autels, préparés pour nous deux , Par un autre que moi vous fûtes amenée :

C'est là , c'est aux luciu^ des flambeaux d'byménée ,

hyGoo^le

Page 1