ACTE II, SCÈNE It. 3oi
C'est en voyant mes yeux de larmes obscurcis , Que Philippe a juré le malheur de son fils.
ELISABETH
Pouvez-vous de ces temps rappeler la mémoire ? Âh ! j'aimais à penser que les soins de la gloire Occupaient lout entier votre coeur généreux, Ce cœur digne en eflèt d'un destin plus heureux. Quand vous êtes chéri du peuple et de l'armée , Quand ce palais est plein de votre renommée , Quand tous les Castillans célèbrent voé exploits , D'un amouF sans espoir vous écoutez la voix ! A pleurer un héros voulez-vous les contraindre ? On vous admire ; hélas ! Faut-^ encor vous plaindre ?
Qu'importent ces lauriers , ce renom d'un vainqueur t* Tout ce fragile éclat n'a pu remplir mon cœur. Un rival sans espoir , mais redouté peut-être, Importunait les yeux d'an époux et d'un maitre : On m'éloîgna de vous. Facile k me tromper.
Moi même, au sein des camps, j'ai cru votis échapper j Mais l'amour en tous lieux esi l'air que je respire ; Dans les camps , loin de vous , j'ai subi votre empire, Vos traits , ces traits charmans dans mon ame imprimés , Partout venaient s'oflnr à mes sens enflammés ; Votre image des nuits peuplait le noir silence ; Votre image aux combats animait ma vaillance ; Dans les rangs éclaircis je sidvais sans effroi Cet ange protecteur qui marchait devant moi j lie nom d'Elisabeth inspirait mon armée ;
hyGoo^le
3oa PHILIPPE II.
Vons étiez tout pour moi : l'eut , la renoUunée. Lorsqu'au milieu des morts et du sang et des cris , Blessé , \e combattais entouré de débris , Présente , à mes dangers vous paraissiez sensible ; Vos r^rds attendris me rendaient invincible ; Sur le Maure indompté vous dirigiez mes coups ^ Je TOUS offrais mon sang ; je le versais pour vous.
ËLISIBETB.
Le ciel dont ta bonti veille sur votre vie N'a point voulu sou£Bîr qu'elle vous fût ravie : n vous donna la gloire; il vous reod à mes vœux; Tous revenez Vainqueur ; revenez donc heureux^'^ D'un triomphe d beau connaissez mieux les charmes. Qui n'a pas ses chagrins ? Qui ne répand des larmes ? Mais un prince à l'état doit souvent s'immoler. Adieu. Puissent nos soins un jour vous consoler ! Mon cœur vous est connu ; vous en devez attendre L'intérêt le plus pur , l'amitié la plus tendre ; Mais ne préparons plus , durant nos entrcùens , Vos malheurs , ceux d'un père , et peut-être les mifcns. (EUe«ort. ) CjLRLOS.
Les vôtres ! Non , jamais ; je saurai me contraindre ; Mon , ce n'est point à vous qu'il appartient de craindre. Mon destin , sur moi seul , pèsera tout entier.