‹ Théâtre de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 18 sur 258 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AMÉLIE, ISAURË.

Vos Tœnx seront comblés : bientôt , jeune Amâie ^ Voos allez partager le saint nœud qui nous lie ! Vos sermens solennels , prononcés devant nous , Fermeront la barrière entre le monde et tous. L'éprenve nécessaire est enfin acbevée , Et du nouveau prélat on attend l'arrivée.

Mais votre coeur soupire, et vous baissez les yenx!

TOHEU. 4

hyGoo^le

5o FÉNÉLON.

Foorqaoi ces Intgs r^ardi qni parcourent ces lieux ? Tai quelques droiu peut-être à yotre (ton&aoce; Ne vous contraignes pas, rompez ce dur silence; Tout m'annonce un chagrin que vous voulez celer. Et je vois que vos pleurs demandent i couler.

LlttLIt.

Isaure, il est trop vrai , je ue puis m'en défendre , Un sentiment nouveau chez mm se Ënt étendre ; Par moi-même en secret mon cœur interrogé Soupçonne à peine encor comment il a changé. Dans ce clotlre Sacré je dois passer ma vie ; C'est là mon seul asile , el ma seule patrie ; J'ignore les morteb qui m'ont donné le jour, Et mes yeux en s'ouvrant ont connu ce séjour. Toi même fus témoin de mon impauence; Au destin de nos sœurs je m'unissais d'avance ; Je partageais leurs soins j ma bouche â tout moment » D'accord avec mon cœiir prononçait le serment. Mais dât-on m'accnser d'erreur on de caprice , L'henre approche , tout change ; et ce grand sacrifice , Qui fut long-temps l'objet de mon plus doux espoir. N'est désormais pour moi qu'un funeste devoir.

ISICKK.

Vous me voyez surprise , et bien plus consternée.

n faut gémir encor sur une infortunée.

D'un riant avenir votre œil était séduit :

Ce jour brillant et pur s'est perdu dans la nuit.

AMÉLIE

Déjà depuM six mois de ma raison plus mAre ,

hyGoo^le

ACTEI, SCÈNE I. 5i

Je voulais vainement éUmSér le murmiire.

On me vantait la paix <fae l'on goûte en ce liea , Et ce lien sacré qui nom unit i Dipu.

Esirce Inen dans ces murs qu'est Le bonheur snprème ? Peut-être ce lien , me disais-je à tnoi-mème , Est un poids révéré qu'on porte avec effort.

Peut-être cette paix n'est qu'un sommeil de mort. Ainsi je nourrissais dans cette soHtude , Je ne sais quelle vague et sombre inquiétude ; Ainsi tout préparait mon ame au changement : Mais hier, dans la nuit , un triste événement A redoublé la crainte et ta mélancolie Qui d^à corrompaient les destin» d'Amélie.

Vous connaissea la voûte et les degrés obscurs Qui conduisent du temple en ces paisibles mnrs. A l'hemre où finissait la nocturne prière , Un peu loin de nos soeurs, je montais la dernière, Pensive , et tes regards sur la terre attachés , Me livrant tout entière à mes chagrins cachés. Tandis que de ces soins j'étais préoccupée , Tout à coup d'un bruit sourd mon oreille est frappée ; Je marche v^rs ce bruit ^ je m'arrête, et j'entends Le cri d'im ^tre fa^Je, et qui souffrit long-tepip^. Cette plaintive voix , ces sons lents et funèbres , Ptua déchirans encor au milieu des ténèbres , Ont accablé mes sens'glacés d'un morne eâîroi , Et du fond d'un cercueil seiûbUient monter vers m<û.

OuUiez tout , ma 6Ue , ou vous êtes perdpe.

hyGoo^le

AMÉLIE

Isanre!

ISÀDBE.

Vous voyez combien je suis ëmue.

Chère Amélie , au nom du plus tendre intérêt ^ D'un tel événement renfermez le secret.

L'abbesse de ces lieux auprès de nous s'avance :. Avec elle surtout observez le silence.

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