MARIE-JOSEPH DE CHÉNIER
Marie-Joseph de Chénier nacjuît le 98 août 1764 '^ Constantinople où son père était consul général. Transporté en France dès Yê^e le plus tendre, il reçut à Paris une éducation si précoce et si rapide , (ju'aussitôt qu'elle fijt tenninée, il sentit le besoin d'étudier tout ce qu'on venait de lui apprendre. Mais la nattée l'avait doué d'une raison forte, d'une vive et brillante imaginaûon, d'une mémoire immense; et il avait puîsé au sein de sa famille, beaucoup plus que dans lés écoles., le goût de toutes les connaissances utiles. Ses parens entretenaient avec un grand nombre d'artistes et dé
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littérateurs distingues, des relations qui, depuis 1770 jusqu'en 1780, contribuèrent à développer ses talens, secondèrent Içs progrès qu'il faisait d^à , et f (Réparèrent Surtout ceux qu'il devait iâire. Sa mère, née en Grèce et d^ne d'une teUe patrie, est connue par quelques lettres insérées dans le Voyage littéraire de Guys; et son père, après avoir rempli honorablement plusieurs fonctions diplomatiques, a publié deux ouvrages, l'nn sur l'histoire des Maures, l'autre sur les révolutions de l'empire ottoman.
En 1781 , M.-J. de Chénier embrassa la profession militaire qui, depuis le milieu du dixhuitièiiie siècle, était devenue compatible avec celle des lettres. Officier dan^ un régiment de drag<His, alors eu garnison ^ Niort, il a paiSsé dans cette ville deiuL années durant lesqiielleâ il a recommencé toutes ses études : n'ayant plus de professeurs, il fit eu peu de tempâ des progrès solides f mais il était trop avide <i*lnâtitiction et de gloire pour se tenir long-temps, si loin du c«itre des lumières et du théâtre, desi succès. Il £Jlut doue quitter le service, revenir k Paris, e\. 99^ n^^M^e eu état ^e.débuM^ je
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^ns tôt pos8â>te dans Tu» des priocipaux g«ires de littérature.
Depnis son Hdoleseeaçe U n'avdt ce^aé d'eliaucher db^ scènes ihwJraks, d'anagûier des canevas dramatiques et de s'eierew à les remplir. Paireau à l'âge de vï^^euï ans, il rougissait d*étr« eacQre Sqûoeoiu; et le 4 no^ venil»-e 17-^ , il fit reppésietKtea' à Fontaine bleau une tn^édie <pii, jcmi^ à Ptari» j« 6 du même mois , i&it imprimi^ peu de ienoaçs t^r^ : elle se neanmait Âsoèwtimi. Il tt'a pas lîlaiga^ la&ire eatret en 1601 dam le Aecufsïl.de ^$ pièces de dtéàtre ; il ne paH^t plus â'Aaw^te qu'avec cette gait^ satirique qui, dans les dernières ana^s de sa vie , e'tait devenue Fun de ses talens. Nous oserooe être moins sévères : quoiqae cet essai ne fût pas h^Kreux ,, déjà quelques tiïits eloquens de l'nn de^ pfinci'< paus c^s, ^^ues naouv^seosy (}uel(pie»
l>eauK ' veis -énonçaient - un pi^te trf^iq^jiçj Les preraiCTs efiforta d'«n talent qui s'est pQW fectJOBOjjpQmvnt militer qu'on les observe, î en lisant cette pièee à la tête du Tlieâtrâ àe OWnier, les jemws; autflurs draOKttiqtwS' appreodroot au msâm à ne pas se décourager*. ,
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▼m NOTICE
Tmis années. d« sôlence et d'Eudes suivirent une si faible tentative; et l'on ne se souvenait l^us du tout d'Âz^ire, quand Ghables IX parut, le 4 novembre 1789: l'estant »iccès de cette tragé<^ fut considéré comme le début de Ghéoier. linons serait difficik de dù« C(Mubien de fois elle a été rejH^sentée, reprise, imprimée, traduite ; mais tandis qn'elle obtenait partout tant de renommée, efie subissaitl'inexoraHe censnre de son propre auteur qui, jusqu'en 1801, n'a cessé de la retoucher. Il aimait passionnément la gloire, mais la gloire durable, et il sut de bonne heure de quels Icoi^ travaux elle est le prix.
Après cette tragédie m^orable dcMit le principal ressort est la terreur, et dont l'^ergie ^t le plus sensil^ caractère. Châtier donna , en I79i> deux tragédies qu'on peut com{^r au nombre des plus pathétiques qui soient au théâtre, Henri VIII et la mort de Gu.a& Cette dernière même est un spectacle si déchirant que l'auteur a fini par reconnaiu^ qu'il avait passé le but ; c'est un monument précieux de son talent plutôt qu'une heureuse production de son art. Plusieurs vers de ce drame sont restés
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danslanu^moiredeshcnnmes de gcmt, ceux surtout qui o&ent im pc»lralt si fidèle du grand rœ qui révoqua l'ëdit de Nantes. Mais le pathëtique est si profond et si vrai dans Himri VIII, qu'il suffirait à rfflnplacer les autres genres d'int^t qui pourraient manquer à cette trag^e.
Quand on la veut critiquer, il faut commencer par essuyer ses larmes , veiller sans cesse à les retenir, et reîââter non moins courar geusement anx impressions qui résultent des mouvemeos et (k la beautë du style. Elle a été aussi à diverses reprises retouchée par le poète qui semblait avrâ* une sorte de prédilection pour elle. Il en a donné, en ido5, une dernière édition, la s^e qui contienne toutes les corrections qu'il a faites à ce poëme.
CjUus Gracchus, mis au théàù-e en 179a, tcontinuait d'être rqprësenté en 1794 Ënvatii l'auteur avait dignement erprimé les grandespensées et les sentimwis énergiques des Romains', en vain il avait souvem reproduit les traits et les mouvemensdeleur éloquence républicaine: on ne lui pardonna point d'avoir osé emprunter leur vc»x pour demander des lofe et non du sang , au moment même où le sang ruissdait
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en Fnance sur les ruines d« toutes k« iD8titu<tions sociales. La tyraniûe répondit : Vn aang et ncm dfô lois, proscrivit la pièce, et réstjut la proscription du poète.
B avait mérite' cette hraorable haine par plusieurs amres actions gtÎDéretises , et prinr* qpalftinent par sa tra^çodie .de F:ÉNÉiiON, reprë< sente'e as mois de février 1793. La morale auguste et véricablenm^ religieuse qui règne dans cet onvrage était uoescHtedeprotesuticm s<^DneUe contre ies crimes publics d<»t le «onrs avait coraroenc^. «J'ai cra, disait-il, <[u'ea •nos fouts mêles ^ sombres <H:ages, Icvsque les mauvais citoyens prêchent ioqnimémetit le brigand^e et I'assa^k»t , il étak ^us que temps de &ïre oitendre au théâtre cette \cÀt do FhumaBÏté qui retentit toujours dans le cœur des hommes rassembla » La pièce obtint ua bniUant snccès , et demeura sans infiuoice :
l'auteur, qui avait aspiré à se residre utile, ne réunit qu'à devenir {dus «^bre : il ne recueil^ lit que de la glcâret II y a sans doute plus de grandeur dans GizAAiiBs IX, plw de pathétitiqne dan» Henri VIII: mais l'édUt plua dowi qui brille dar» FÉNJÙaON est peut-être aussi
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plus pur : c'est l'ouvrage d'un bcHoime de bien habile dans l'art dranaaiiou^-, sup^çw dans l'art des vers. Apri» beanocM^ àt corrections successives, cette trî^ddîe A^té, pour la dernière fois y re'impriwée avec une pt)é£ice nouv^e en 1803.
n fit encore, en 1793, représenter à Pqpéra un divertissement en un acte, intîtuW ^ Camp DE GRAMD-PiEiÉ,Jwi$4H>Epuàquep4r M-Gqssec. U suffît <pie celte |«-oductioa soit 4'un genre dan» lequel l'auiflur «'est pen ««^loe, pour ^'on aime à. la retrouva dans la c«^ûtion de ses œuvres draiwaû^m^- ËI Je peut coor tribuer à Eure ji^re'tùer 1» flexîhUittf ^9 «on talent; et Voa ser» d'aUleiors assep i^fwt^le pour ne considérer v^oqrd'bui^diins ûsiév^ nemeas et les ckwasi^wi^ tpi'^ i^pelli»^ que rbe'rcMLsoie d^s armée» fraoçai^w-
A r^ard ide TiMQK4<ttT» ;as^^ m ^qâs actes avec des cJioaHr^ , Cub^^r tx^ y;çpi?fm w assez de nwftvew^ns dcama^que^ m «néme un style as^ez -iUÙaW. Coinpos^^en 1794, pea de mois avant Je 9 tharnùdor, eUe n'^t destinée ^u'à in^it^r l'horreur desibifaits de «es temps aiBeux :
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wi NOTICE
La tyrannie altière et de meurtres avide ,
D'un masque réTÉré couvrant son front livide,
Usurpant uns pudeur le noai de liberté ,
Roule au seta de Corinthe un char enianglanté...
Il est temps d'abjurer ces coupables maximes ;
11 faut des loiï , des mœurs , et non pas d«s victimes.
Mais la tyrannie décemvirale^ qui ne pouvait manquer de se reconnaître à ce portrait, fit rechercher", saisir, brûler tous les manuscrits de ce poëme : une seule copie, e'chapp^à cette recherche et conservée par madame Vestris, servit, en 1796 , ^ publier la pièce t^e que nous la re'imifHimons aujourd'hui.
Gyrus n'a eu qu'une seule représentation. C'était à la fin de 1 8o4, peu de jours après une cA-Anonie laineuse. On crut apercevoir quelques rapports entre le couronnement de Cyrus, et la bénédiction pontificale qui venait de consacrer une usurpation fiineste. Il se pouvait lâen qu'en effet Che'nier eût conçu Tidée d'adresser des leçons sévères au plus impérieux des despotes, de lui retracer les devoh^ de cette puissance suprême qu'il osait envahir, et de réclamer solennellement, pour la liberté publique, les garanties dont il l'avait déjà fi-us-
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t^. Ce qui est sûr, c'est que le tyran se tint poor oflEense, qu'il employa^ contre le sucoès de c€4te pièce» les ressorts et les agens de son pouvoir, et que cette fins il fut secondé par ses propres ennemis autant que pw- ses flatteurs. On cro^t lui refuser à lui-mêi&e les applaudissemens qu'cm n'accordait point à Cyrus; et, sans laminer si lès reproches qu'on Élisait an poète étaient mal ou bien fondés, il suffisait qu'ils parussent tenir li«u de ceux qu'on n'osait point adresser au ptmt^ Les leç^tlfurs vont étrejtiges des intentions, du ;^n et du style de cette tragédie : nous l'inqn-imons pour k pr«nière fois, ainsi que toutes telles dont il nous reste à parler.
L'nne, intitulée Philippe H (ouDom Carlos), est reçue, depuis quinze ans, au Théâtre- Français : nous n'avons pas besoin d'ex- {diquer les causes qui en ont eu^>êd)é la .
r^résentation. It n'a plus été p«'mis, sous le r^ime impérial, de mettre sur la scène aucun des ouvrages de Qiénier, et cette prohibition est <^ nond>re de celles qui se sont maiutennes, cranme d'elles-mêmes, depuis i8i4. L'autem-, dans les dernières années de sa vie.
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ne traToiUait plus qiie pour la postâitd : soa TiBÈRB n*a pas mteme éé présmte aux cwaédais : mr le sévi titre, Tbii-n'age était d^ ddnoûcé comme le porU'aît d'un autre t^ran.
On pourra le ccmsidà'sr du moûv comnoe une soiie du Gemaaniois de M. Âmault : c'est prestpie le même sujet traita sous deux aspecss divers, par deux auteurs t|ae rapj^tKheot à la fois leurs taleos, Leurs malliears, k noMe iraiir cbise de leure caract^es, et l'honorable amitié qui les unissait. Mais, ind^odamment de toute circonstance, le Tibère de Ch^ni«r, â nous en croyons de très-btms juges, pourra bien sonUer la meilleure de «es pièces inédites.
7îou$ espércKQS aussi que le fftibUc distinguera, dans ce recueil, une comédie en ven intitulée Nathan-i»-Sage, sujet traite' fort au long par Lomng, et que Ghe'ni«^ a réduit en trois acbes, en y répandant beaucoup de grâce et de gatté. Il a puise', dans quelques scènes des àeax derniers actes du Jule&Césor de ^akespeare , l'idée de k tragédie que nous publions sous le titre de Brutus bt Qaj^ivs.
C'est un onvia^e de sa jeunesse qu'il a remU
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p]usieiB« foiâ sra- le métier, et qall se promet tait de perfectionner un -jour. Nous n*avons pu recouvrer qse des fragmens de deux comédies, dont l'uBe est imitée de Sh^dan (î)> et Tautre, une nouvelle escpisse d'un sujet sur Jeqn^ Voltaire sVtait essaye' (a). Mais on trouvera, daos lelliéàtre posthume de Che'nîer, des inâations de P(Sdipe-Hoi , de l'Œdipe à Colone, et d*rme partie de l'Electre de Sophocle. H se préposait' de reproduire ainsi tout ce qui nous reste de ce tragiqup grec, qu'il proférait à tous les autres poètes dramatiques de J'autiquit^, L'un de* ses plus ardens désirs était de voir im jour les talens de nos plus grands acteurs et de nos phis habiles musiciens, concourir à représenter les poëmes de Sophocle sm- îe plus vaste de nos théâtres. Selon lui, ces spectacles pouvaient seuls nous donner quelque idée de ceux de la Grèce , nous en dévoiler tous les charmes, nous en làire sentir tout le prix. C'était dans les tragédies grecques qu'il
(,•) ttcoie du scanflalfe.
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avait poisé de bonne heure le systràae qui a présidé à toutes ses compositions dramaû<|ues, et qui en a déterminé l'extrême simplicité. Il a toujours pensé que l'intérêt devait naître^ non de la complîcati<m romanesque des incidens^ mais de la nature même du sujet ; non de Fîncertitude du dénouemem , mais du caractère pathétique ou terrible des situations; que Fart consistait à représenter les personnages ^ |:'e8tà-dire^ à les animer, à exprimer leurs pensées , leurs passions , leurs vertus^ leurs vices ; qu'en tm mot, il s'agissait bien moins d'exciter la curiosité du spectateur et de le tenir en suspens , que de l'émouvoir, de le charmer, de l'attendrir. H ne nous appartient pas d'examiner si ce système est le plus vrai ; il est di^ moins le plus sévère : mais tl se peut que Ghénier l'ait quelquefois poussé trop loin. L'expérience la plus hardie et la plus heureuse qu'il en ait faite, c'est dans ce cinquième acte de Fénélon, qui intéresse si vivement les spectateurs, quoiqu'il n'ait rien à leur apprendre. En admirant les traits de génie qui éclatent dans les monstrueuses productions de Shakespeare , Cbénier ne concevait pas qu'on pùtt mettre skieuse-
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ment en parallèle avec le théâtre clas^que des Grecs et des Français, un prétendu genre romantique , %noble symptôme de la décrépitude de l'art théâtral, <]uand il n'en est plus l'en&nce. Il lui seml^t impossible que l'esprit humain réux^radât en effet de Racine à Schiller, à moins qu'on ne s'avisât aus» de re- Qoncer à la phHosophie de Locke pour celle daKant, et de se replonger, après deux sièdes deprogrès et de lumières, dans les plus Caisses ténèbres du moyen âge. Il espérait que les Français, au moins, seraient long-temps préserva de ces travers, par le sentiment de la gloire éminente de leur Ihlérature nationale, et par l'instruction saine et pure que leurs grands écrivains ont répandue.
Le public, à qui bous n'ofirons aiqpurd'hui que le tiiéâtre de Chénier, possède d^ deux recueils dœ autres poésies de cet illiuitre autww : l'un, imprimé en 1797 (1), composé sealemeat de poésies lyriques , et divisé en tnns livres, sxvoir, les odes, les hymnes, et les chants imités d'Ossian ; l'autre, beaucoup j^
(0 A.Parû,che>P. Di4«t, in-iS-
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riche, puMieea 1818(1}, etcontcnam le pr»' BÛer livre de la Batavùde , le chaat promer d'un pockne sur les Prîncipel de» aru, ua Essù »ir la satire., des discours en vers, des ^îtrès, des é^é^es, des coiues, des di^^gues^ des épi^raounes, une traduction ea ^tvs de TArt po^qoe d'Horace , «t qoeli^ues àutros poésies diverses. Oa s^est abstetui d'ins^or y daes ce second recueil, certaittei pièces saâr^ qufts qm avalent été imprimées à part d^uis 1796 jiusqu'ea 180&, 4A qui ont besoin do dftr' VfKUf plus ancimneB, pour ne réveiller âncuna discorde et xie perpétuer que le bon goût Ëa ri^jfM^nt ici ces satires de ■Cb<Jlu«r, twas ne pte'tendcms point atsurënaeut le» dédaran impartiales. Dans U choeur ou même dans le tumulte des querelles éditiques et Utb^aires , coiumei^ aurait-il tou}(»ir9 ^iti^ leff ^oaailf d'un pai^il genre? Tn^sotcvent victiitie, il n'a pu se garantir ass9iid*^*re injuste; etfc'eat Ik le plus graud tort que loi aient iait ses «hd»» mes. Entraîne par l'essor de soo ta^enfe biea ^iàa que par des afiiectîoasmtilveiJlaKitcéfdcdt
(1) A Paris , chee Maradati ; in-H. ■ ' ■ > '' ; i
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k fioalheiir d^apprdcier sans équité quelques biHQmes de lettres auxquels il a rendu d^uîs toute swi estime. L'une de ses plus obères habitudes , durant les dernières années de sa vie, était de saisir et de chercher toutes les occaâons de réparer ^es propres tores, toutes les feâs qu'il pouvait le Êire avec une par&ite liberté. 11 se moob^t disposé k tomes les réconciliations qu'c» ne Im rendait ^as impossibles. Du reste, nous songerions en vain k djssimnkg Fénei^, la gâité, le talent qui régnent dans toutes .ses satires. Les traits en sont naturellaïawj: ai vifs et si pars , ib tîenneatà des idées générales si justes et si pnécises, que hi&i souvent il» n'aunûem bèstnn cPétre apj^-' qu^ à aucun nom propre , et gagneraient, an contpure , k s'en diâ)arraaidr.
F<Ht p4n de po«ues , deftuîs iSoo, ont-éte pfcos glorteteemem accaeillê que l'Ëpitse de Chénier !i Yoltaire. H est vrai que Bonaparte prit soin ^'aveptîr avec fnuas le pvblic de Fatlésion dodt eMe était digne: sans perdre: on instant^ ÎL fra|^ l'auteur d'un, décret'de die»^ titution, et le fit, diu-ant quinze jours, accabler d'invectives dans les feuilles et feu^letoni
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périodiques. Mats cet e'clat inusité de l^ coièrv impériale n^était nuUemrat nécessaire au succès d'un poème si; distingoé par ta richesse des prisées conmiie par le cbamie ât Pexpression, et qui n'est pas moins admiré, moins reconnu pour l'uiw des jJus belles productions poétiques du dixHBeuvième siècle, depuis cpi*on ne se souvient plus de ces bruyans hommages que la tyrannie s'est empressée de lui rendre. Il vient de re^raraitre dans le recueil de i8id, oît l'on a conis, nous ne savons par quelle fatalité, un discours en vers qiâ aurait pu y disguérie premier rang àcette épîlre, et qui roule sur la question de savoir si l'erreur est utile axa. h(»nmes. M. Beucfaot a réparé cette omission en insérant ce discours dans le tome xxiii de l'ime des ucmvelles éditions de Voltaire (i), ainsi que Voltaire luî^néme avait donné place, dans sonlKctionnaire philosophique,au discours de Rulhière sur les Disputes. Nous croyons qu'en effet Voltaire eût dit de ces versdeChénier comme de ceux de Kulhière : « Vculà des vers comme ou en faisait dans le bon temps. »
(0 AParif, ch« l« reure I^iToneau , iSiâiÎD-i3.
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La Hollande affranchie du joug espagnol était le sujet d'un poëme épique en dix livres, qui, entrepris en 1806, n'aurait pu être achevé qu'en i8i5, et qui demeurait interrompu toutes les fois que le poète, dont la santé s'affaiblissait de joiu- en jour, perdait l'espoir d'atteindre à ce terme. Il se promettait de finir au moins un poënie didactique qui ne devait avoir que quatre chants, mais dont il n'a pu terminer que le premier. Il osait y traiter de la théorie générale des beaux arts, des principes qui leiu* sont communs à tous , des formes et des me'thodes qui doivent demeurer propres à chacim d'eux.
Il avait -déjà publié un discours en vers siu- les poèmes descriptifs ; et il se proposait d'examiner si la raison et le bon goût admettent un genre romantîqi;ie. C'est, comme on voit, un recueil très-riche et très-varié que celui des poésies diverses de Chénier : nous n'avons pu cependant- indiquer tous les morceaux qui le composent, ni tous ceux qui resteraient à y joindre. Les amis des lettres et de la liberté y ont distingué l'élégie intitulée la Promenade, composée en i8d5j peinture fidèle , et touchante des sentimens politiques de l'au-
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leur, de son patriotisme inaltérable, et de Thorreur que lui inspirait la tyrannie sous laquelle gémissait alors la France.
Ses écrits en prose peuvent se diviser en trois parties dont la première est comprise,' sauf les morceaux que l'on n'a pu recouvrer, dans un volume publié en 1818, sous le titre de Fragmens de littérature ( 1 ). Nous y retrouvons un Discours, imprimé en 1801, sur les progrès des connaissances en Europe, et de l'enseignement public en France. Quoique ce discours ait été prononcé à une distribution de prix, ce n'est ni une harangue de collège , ni un tissu de vaines formules, decompUmens académiques et d'exhortations bannales ; c'est un éloquent morceau d'histoire littéraire , et véritablement un modèle de l'art d'instruire, qui n'est au fond que celui d'agrandir l'esprit des élèves, de l'enrichir d'idées précises, mûres et profondes. Mais l'histoire des lettres avait tant d'attraits pour Chénier que depuis il en voulut faire l'objet d'un travail beaucoup plus étendu. Les discours qu'il a lus à l'Athénée
(i) A Paris , chez Afaradan ; in-S.
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de Paris contenaient la première partie d'un Tableau historique de la Littérature française : il y traçait riiistoire de la langue et des divers genres de poésie et de prose depuis le onzième siècle jusqu'à Fave'nement de François l". Le le seizième siècle, le dix-septième et le dixhuitième devaient fournir la matière des trois autres parties. Une excellente introduction expose le plan de tout l'ouvrage, et en indique même les principaux résultats. Les leçons qui concernent les fabliaux et, les anciens romans français sont les seules qui aiçnt été imprimées en entier. Celles qui ont pour objet les chroniques, les histoires, les poèmes, les mystères et autres productions dramatiques antérieures à l'année i5i5, ne tarderont pas sans doute à rentrer dans les mains des héritiers de l'auteur, qui s'empresseront de les mettre sous les yeux du public. Elles sont toutes d'un grand intérêt » malgré quelques inexactitudes ou même quelques erreurs que Chénier n'avait pas eu le le temps d'éviter. Il se proposait de vérifier plus à loisir certains détails obscurs et d'une faible importance , auxquels il n'avait guère pu donner que l'attention qu'ils méritent. Il s'était du,
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moins assuré, par beaucoup de lecttu^s et de recherches , de la vérité des résuluts essentiels. Ou ose dire qu'il les a mieux saisis^ et surtout mieux présentés que n'ont £ùt jusqu'à présent ceux qui ont attaché un prix extrême à des particularités aussi indifférentes que problématiques. L'érudition est sans contredit indispensable dans ces matières : mais elles réclament encore plus, pour être utilement traitées, les lumières de la philosophie, les grâces de l'esprit et du style. Ce qu'il faut regretter, c'est que Chénier n'ait achevé que la partie la moins attrayante de son ouvrage, et que la littérature française, proprement dite, attende encore un historien, quand la littératiu^ iulienne en a trouvé un , et le meilleur qu'elle ait jamais eu , dans un écrivain français (i). Aux discours ou leçons que nous venons de rappeler , on a joint des articles de littérature, insérés par Chénier dans quelques
(t) Histoire littéraire d'Italie, par M. Giaguené. Paris, chez M. Michaud, i8ii-l8i3, 6 vol. in-8. Les tomes vu , VIII et IX qui complètent cette histoire, jusqu'à l'an 1600, sont sur le point d'jtrc mis eu vente.
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journaux » spécialement dans leMercure, dont il ^t, en i8ôg et ï8io, l'un des rédacteurs, et une traduction du dialogue sur les orateurs, attribué à Tacite ou à Quintilfen. U a traduit d'autres morceaux de Tacite, et ce travail est resté manuscrit ; mais on a imprimé en Belgique, et ailleurs, sa version française de la poéticjue d'Aristote. Tels sont ceux de ses écrits en prose que nous comprenons sous une première classe. La seconde consiste dans le volume imprimé sous le titre de Tableau historique d^ de l'état et des progrès de la Lîttératm-e française depuis 1789; ouvrage d^à classique qui, depuis ïa fin de 1816, a eu trois éditions, outre celle que l'Institut en avait fait Éiire en i8i5. Gé volume est malheureusement resté incomplet : il manque du chapitre qui devait concerner le genre oratoire , et de celui qui aurait été consacré à l'examen des livres d'histoire littéraire j il manque aussi des dernières pages du chapitre qui traite de l'histoire civile : mais ceux qui ont pour objets la grammaire , la logique , les sciences morales et pùKiiques, la théorie de l'art d'écrire, etles romans, sont achevés, aussi bien cpie ceux
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qui concernent les principaux genres poétiques. Avant la publication de cet ouvrage , l'opinion publique , U faut l'avouer , n'avait point encore décerné à Chénier la place éminente qu'il méritait parmi les prosateurs de ces derniers temps : on ne connaissait toute l'étendue ni de son • talent , ni de ses lumières, ni de son impartialité; on ne savait pas quel empire sa raison et sa conscience exerçaient sur ses préventions et sur ses ressentimens; on ignorait qu'habile autrefois dans l'art de la satyre, il avait fini par l'être bien plus dans l'art de louer; véritable et rare progrès du talent littéraire autant que de la bonté morale. Ce Tableau, oii sont si bien appréciées les productions les plus récentes de notre littérature, a pour appendice unj-apport auquel avaient donné lieu les discussions sur les prix décennaux, ouvertes au sein de l'Institut. C'est le dernier écrit de Chénier : il l'a tracé d'une main mourajite avec toute la vig^ieur.cît toute la grâce de son talent ; cette fois, les applaudissemens fiirent unanimes, et l'on parut sentir enfin quel littérateur, cpjel écrivain l'on était sur le point de perdre ; il fut presque aussi loué que
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s'il eût déjà cessé de vivre. Il est certain <ju'eQ réclamant pour l'un de ses anciens ennemis le prix de littérature didactique, il a réellement enseigné à le mériter, et que personne encore n'avait mieux apprécie' ce qu'il y a d'excellent et d'imparÊiit, de trop court et de trop long dans les dix-neuf tomes du Lycée de La Harpe. Divers autres écrits en prose , que nous n'avons pas encore indiqués composeraient une troisième et dernière classe. Nous voulons parler, non des- préfaces et des notes qu'il a jointes à ses poèmes, principalement à ses tragédies, et dont la plupart se retrouveront dans le recueil que nous offrons au public, mais surtout des discoure qu'il a prononcés dans plusieurs assemblées politiques, et qui, presque tous encore, appartiennent à la littérature, par leur matière mêiiie autant que par leurs foi^ mes. En eSèt, ils concernent 'la prc^riété des productions littéraires, l,es récompenses dues aux savans, aux artistes, aux écrivains; la conservation des monumens , des livres et des objets d'arts; l'instcuctiod publique en général, et certaines institutions particulières, spécialement le Conservatoire de Musique, dont
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xxvm Notice
Qienier a propose', obtenu et détermina l'organisation.
Voilà quels ont ete' ses ouvrjges en prose et en yers, depuis 1786 jusqu'à la fin de 1810, c'est-à-dire, durant vingt-quatre années, entre lesquels il en faut compter dix de fonctions politiques et dix de maladie.
II a e'te', sans interruption, membre de toutes les législatures qui se sont succédé depuis 1792 jusqu'au mois de mars 1803. Quoiqu'il ait beaucoup écrit en vers et en prose dans le cours de ces dix anne'es, il est indubitable que, s'il avait pu les consacrer aux lettres sans par^ tage et sans distraction, le recueil de ses œuvres serait aujourd'hui beaucoup plus riche.
Cependant, comme nous venons de le dire, c'était encore de littérature et d'iiistniction publique qu'il s'occupait le plus ortMnairement dans l'exercice de ses fonctions législatives, et il s'est, à certaines époques, presque borné à ce seul genre d'activité et d'influence. Quand il sortait de cette sphère, c'était pour contribuer au retour de l'équité , pour s'opposer aux résolutions tyrauniques , aux mesures arlMtraires ; pour rétablir l'ordre et le règne des
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SUR M.-J. DE CHÉNIER. xxix
lois. Sa voix doquente a rappelé au sein de la Convention M. Lanjuinais et les autres proscrits de 1793, et au sein de la France, M. de Talleyrand.
Il est bien aisé, après de violens orages, de censurer les homme^ publics qui , jetés au milieu des troubles, ne les ont pas maîtrisés. Mais l'exagération des reproches qu'on leur adresse prouve, seulement, qu'en leiu- placé on en aurait soi-même mérité de bien plus, graves; car c'était précisément cette partiaUté, cette rigueur extrême^ cet impatient besoin de condamner, qui, dans ces t^nps d^lorables, disposait, entraînait presque invinciblenient, aux erreurs, aux Êiutes, aux injustices. Il suffirait que les censeurs de Chénier voulusstent bien prendre une connaissance un peu exacte des Êiîis et des époques dont ils parlent : ils sauraient que phisîeuis misions lui ont été proposées en 1795; que, poiH- IfeS avoir toutes reftisées , il fiit excltt dài comité d'instructitm puMque' ( 1 );
(1) Voyez le ^ocès— verbal de la CoiiTeorion nationale, séance au cjuinKiéme jour du premier mois de l'ait 3 , pages ia3 et 134.
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