ACTE m, SCÈNE I. aî
Le crcnrez-Toas , ponUfe ? il sou/Trait à m'entendre. A le flëchir enfin ne pouvant plus prétendre , Dana mes plus chers- parens trouvant des ennemis, J'allais revoir ma fille , on me l'avait permis. Dans ces lienx , où jadis avec tant de constance Les flots d'adulateurs assiégeaient ma présence , ]e marche lentement , seule , et les yeux baissés , Parmi des courtisans à me fuir empressés, rarrive. Quelle image et fatale et touchante ! Les bras tendus vers moi ma fille se présente \
Ma fille ! elle a volé sur mes genoux tremblans.
Mais avec tant de joie et des cris si touchans !
Elle me caressait et me faisait entendre
Les sons délicieux de sa voix iàible et tendre :
tt Ma mère , disait-elle , enfin je te revoî ;
» Ah ! voilà trop long-temps que je suis loin de toi !
» Tai bien pleuré. » Ces mots , ce ton plein d'innocence,
Cette douce candeur, ces charmes de l'enfuice ,
Rien n'a pu dans mon cœur ramener le repos ;
Je n'ai , pour lui parler, trouvé cpie des sanglots.
Que l'hymen est puissant ! <jue ses nœuds sont augustes !
Mon époux me proscrit \ ses rigueurs sont injustes :
Mais quand Elisabeth parait devant mes yeux ,
Cet époux si cruel ne m'est plus odieux.
Je regardais ma fille , et je nommais son père ;
Souvent je la pressais sur le sein de sa mère ;
Souvent je l'embrassais en l'arrosant de pleurs.
Plus sombre , et sans la voir, songeant à mes malheurs ,.
Avec un long soupir, interdite , égarée ,
J'ai quitté cette chambre , et suis soudain rentrée ;
Et prenant tout à coup ma fille entre mes bras ,
nign^Pdi-vGoOgle
a4o HENRI VIII.
Vers le lit nuptial je m'avance à granda pas :
Je l'observe , et mes yeux de larmes s'cbsctircîssent ;
Mes genoux af&iblis sous moi s'appesantissent ;
Tout ce qui m'environne augmente ma terreur.
A l'instant , malgré moi , je pousse on cri d'hcHTeur :
Hélas ! de ma raison j'avais perdu l'usage.
Je sors ; Elisabeth courant sur mon passage ,
En vain pour m'arrèter saisit mes vètemens ;
Je fuis , )e me dérobe à ses embrassemens ;
Je fuis , pâle , tremblante , et presque inanimée ,
Traînant le noir chagrin dont je suis consumée :
Craignant de rencontrer ces funestes objets ,
Loin d'eux quelques momens je viens chercher la paix :
Je ne puis la trouver dans cette ame abattue ;
Toujours Elisabeth est présente à ma vue.
Insupportable poids de tant d'adversité !
Vains sermens , nœuds cruels , triste fécondité !
Que n'as-tu , Dieu puiss^int , tranché ma destinée ,
Le jour, le jour afireux où je fus couronnée !