ACTE IV, SCÈNE VI. a
JVf abreuvant à longs traits d'un poison redoutable , Jai connu des grandeurs l'ivresse inévitable ; Elle encbantait mes sens plongés dans le sommdl. Le songe est achevé; maïs quel affireux réveil! Un tr6ne ! un échafand l
C'est trop de ^rannîe ; Loin de moi la couronne !
n y va de la vie.
Vivez , conservez-vous pour tant de malheureux Qui n'ont plus d'autre espoir qu'en vos soins généreux. Vivez pour cet enfant ; soulagez sa misère :
Songez qu'ÉUsabeth a besoin d'une mère.
Je la mets en vos bras ; devenez son appui ; Adoptez-la ; mon cœur vous la lègue aujourd'hui. Quand je ne serai plus , quand sa voix gémissante Prononcera le nom d'une mère innocente , Alors i ses i-egards daignez vous présenter, Daignez du nom de fille un moment la flatter : Trompez-la , s'il se peut , à force de tendresse , Et mêlez à vos soins quelque douce caresse.
Ab ! je vous parle en mère : un jour vous le serez *, Vos fils en votre cceur lui seront préférés ; Mms ne l'oubliez pas , mais qu'elle vous soit cbèrc ; Mais ne traitez jamais ma fille en étrangère. Elle ne prétend plus au dangereux bonneur P'un rang,, vous le voyez, qui n'est point le bonheur. Du moins , au nom du ciel qni voit couler nos larmes ,
Au nom de ces momens pleins d'hwreïir et de charmes. Du moins que mon ^oux perde jnoD souvenir :
Qu'il réserve à sa fille un pluf doux avenir ; Que son ame plus juste , et par vous attendrie , Ne lui reproche point le sein qui l'a nourrie. Trop jeune en ce moment , elle ne conçoit pas Son malheur et ma honte , et mon prochain trépas : A son oreille un jour, dans un âge moins tendre , L'affreuse vérité viendra se faire entendre ; Vous la consolerez, Dite54ui nos adieux ; Dites que , subissant un arrêt odieux , Sa mère qui l'aima , ta mère déplorable Mourut sur l'échafitud , mais sans être coupable. Mon amour vous unit , voua confond toutes deux : Puisse le ciel , propice au dernier de mes vœux , Toutes deux vous couvrir de sa main tutélaire ! Puissent vos jours nombreux ignorer sa colère I Puissent-ils s'écouler avec tranquillité Dans un bonheur égal à mon adversité !