‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 169 sur 251 · ACTE II, SCENE II. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 3i

Innocens , reafermés dans le séjour des crimes , Isolés , dispersés , seuls avec nos malheurs , Jamais la main d'un fils ne vieni sécher nos pleilrs , Et jamais iftie voix et consolante et tendre A notre cœur ému ne peut se iàire entendre.

Ijes noms sacrés de mère, et de père, et d'époux, Au fond de ces tombeaux n'existent plus pour nous. On doit peut-être encor nous livrer au supplice ; C'est le seul coup du moins qui manque à l'injustice : Mais nous pourrons subir et la honte et la mort , Tous les toormens unis, excepté le remord.

Ainsi donc votre fils fut sa propre victime ,

Et vos mains , dites-vous , sont exemptes de crime ?

O mon fils j tes parens t'auraient privé du jour ! Le tigre seul détruit les fruits de son amour. Ënfent dénaturé , c'est toi même , peui-ètre , Qui donneras la mort à ceux qui t'ont fait naître. Tu voulus de u vie éteindre le flambeau.

Si ma voix peut percer l'abîme du tombean , Viens à ce tribunal justifier ton père , Ton frère , ton ami , surtout ta tendre mère , Celle qui t'a porté dans ses flancs douloureux , Dont les soins t'élevaient pour un sort plus heureux , Et dont le lait jadis aux jours de ton en&nce Soutenait, conservait ta débile existence. ■ '-., • Toi, principe éternel d'amour et d'équité, ■ ' Dont l'image préside à ce lieu redouté ,

3i6 JEAN CALAS.

Dieu, qu^ voulus tudtre Iiomme, et terminer ta vie

Au milieu des tourmens et de l'ignominie ;

Divin patron du juste i U mort condamné ,

Dieu du pauvre , et les pieds me vtâii prosterné :

Noos attestons ici tes r^ards redoutables;

Tu vois des malheurenz, mais non pas des coupaliles.

CLÉKAC.

Vous, A ciel!

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