ACTE IV, SCÈNE II
JEAM CALIS.
Des secours! Que du moins votre zèle s'explique. Je ne suis point nourri dans la foi catholique.
LE RELIGIEUX
Je le sais.
S'il s'agit des secours généreux Que le livre sacré présente aux malheureux, ■ Si vous venez m' offrir la pitié, l'espérance, Xaccepte vos bienfaits avec reconnaissance -, Mais sachez que la mort me fermera les yeux Dans le sein de la loi qu'observaient mes aïeux. C'est par des actions et non par des prières Que Dieu laisse fléchir ses jugemens sévères ; Et , si je connais bien ce Dieu mon seul appui , Les cultes différens sont égaux devant lui.
Âh 1 la foi des humains ne saurait se contraindre. Si vous vous abusez, c'est à moi de vous plaindre; Alais, si, dans votre erreur voyant la vérité, Vous croyez avec zèle , avec simplicité , , Je n'outragerai point l'éternelle justice Jusqu'à penser jamais que le ciel vous punisse; Et je dois à mon (rère annoncer la pitié D'un Dieu que les mortels ont tant calomnié.
Cependant... pardonnez à ce langage austère Que prescrit la rigueur de mon saint ministère ; Concevez le chagrin que mon ame en ressent... Le crime ne dort pas ; je vous crois innocent :
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Mais vous me convaincrez , et je veux vous entendre. Ouvrez-moi votre cœur : je dois, j'ose y prétendre. Ce cœur à des forfaits s'est-il abandonné P Et scricz^Vous cnân justement condamné ?
JE'An CALAS.
Lorsque j'aurai parlé que votre voix prononce.
C'est à l'homme dff bien que je dois ma réponse ;
Ce n'est pas au pontife envoyé près de moi.
Des enfans de Calvin vous connaissez la foi :
Je ne respecte point l'autorité d'un prêtre
Qui croit pouvoir m'absoudre et m'interroge en maitre :
Je me confesse à Dieu, mais non pas aux mortels,
Dans le secret du cœur, non devant les autels.
Écoutez maintenant. L'injustice m'opprime ;
Ni mon bras ni mon cœur ne sont souillés d'un crime.
On veut que par mes mains mon £b assassiné...
Ce déplorable fils était mon premier né.
Le jour qu'il fît entendre à mon ame attendrie
Ce cri faible et plaintif qui commence la vie ,
Je baignai mon enfant de mes pleurs paternels.
J'en répands aujourd'hui, mais ils sont bien cruels.
Mes bras l'ont recueilli dans les bras de sa mère :
n Toi, son fils et le mien, tu me la rends plus chère,
» Tu resserres le nœud qui l'unit avec inoi,
11 Disais-je ; en expirant ie revivrai dans toi ;
» De mes soins assidus j'aiderai ta jeunesse,
11 Et tu seras un jour l'appui de ma vieillesse ».
Ah ! je complais en vain sur ses tendres secours : ■
D'une importune vie il a tranché le cours ;
Il m'a quitté. J'ouvris ses yeux à la lumière ;
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