ACTE m, SCÈNE II. 4i
Devant son fi-ère au moins cessent de Toutrager. Poursuis.
OPIMIUS
Je ne veox pas insulter sa mémoire; En plaignant ses èireura je respecte sa gloire : Mais toi , qui parmi nous tiens sa place aujourd'hui , Instruit par ses revers , sois plus sage que lui. U en est temps encor, cherche li te mieux connaître; Vois quel est ton destin , vois quel il pouvait être.' La tribune est ici le chemin des honneurs ; Mais, loin de les aigrir, U faut gagner les coeurs. Tu pouvais obtenir la pourpre consulaire , Transmettre à tes enfans un rang héréditaire^ Et , porté par la gloire au miheu du sénat , Être un des protecteurs de Kome et de l'état. Osefr-tu préférer à ces grands avantages Quelques brillans succès mêlés de tant d'orages, Les applandissemens des plébéiens flattés, Et le nom trop fameux d'un chef de révoltés?
Oui , d'un reproche amer excuse l'énergie ; Rougis en contemplant ta longue léthai^e :
Éveille-toi, Caïus, et regarde avec moi Quels sont les partisans d'un Rqpiaîn tel que tcn ; Un ramas d'indigens et de vils prolétaires , Dont les grands par pidé se sont faits trihutaires, Et qui, dans le forum ligués contre les grands, Comblés de nos bienfaits , nous appellent tyrans ; Voilà ceux dont Caïus est le flatteur docile. Ah ! ce n'était point U le parti de Camille ; Et les deux Scipions , tes illustres aïeux ,
nign^Pdi-vGoOgle
4i4 CAIUS GRACCHUS.
N'étaient point froiégés par qoelqnes facUenx. Descendant des héros , choisisses pour modèles ; Laisse-là des amis légers et peu fidèles ; Range-toi du parti de nos antiques lois, Et gouverne avec nous les peuples et les rois.
GBACCHVS.
Consul, est-ce k Gracchus que ce discours s'adresse? Crois-tu qu'à ton projet le peuple s'intéresse ? J'aurais été surpris qu'un membre du sénat Eût daigné s'occuper du bien de tout l'état.
Mais c'est moi cpiî m'abuse , et ton humeur altière Voit dam les sénateurs la république entière ; Le reste des humains disparaît à tes yeux , Et tous les plébéiens sont des séditieux.
Toi , dont l'oi^eil barbare insulte au misérable , Pour être infortuné croïs-tu qu'on soit coupable ? La pauvreté du peuple exclut-elle ses droits ? S'il est des indigens , c'est la faute des lois ; C'est votre avidité qui fait leur indigraice ; C'est vous qui séduisez leur docile ignorance ; C'est vous, patriciens, vous qui les corrompez; Sur leiu: propre intérêt c'est vous qui les trompez. Ils ne sont pïs toujours chargés de vos outrages ; Sitôt qu'au champ de Mars ils donnent leurs suffrages Leur pauvreté, cojisul, n'a plus rien de honteux. Et l'orgueil du séoat se courbe devant eux.
Je les vois sur vous tous exercer leur empire , Rassement courtisés quand ils doivent élire , Rejetés loin àe vous quand ils n'élisent plus , Dignes de vos mépris quand Us vous ont élus.