‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 3 sur 251 · XI.U NOTICE · texte numérisé non relu

XI.U NOTICE

des relations très-intimes, ont pu quelquefois ne pas trouver ses mœurs assez douces. Qui l'a bien connu doit rendre hommage à là noblesse et à la bontë de son caractère ; tous les sentîmens honnêtes, humains, vertueux, remplissaient son ame active. Pour l'estimer et le chérir, il suiHsait de le voir de près. Il n'était, dans la vie privée, (ju'un homme excellent et le meilleur des amis.

Nous ne dissimulerons point qu'il avait contracté, dès sa jeunesse, un goût pour la magnificence, qui dans l'état de sa fortune ,pouvait sembler excessif: mais ce qui mérite aussi d'être observé, c'est que, malgré l'empire de ce penchant, il ne s'est jamais occupe , durant dix années de fonctions publiques , des moyens de le satisfaire ; et que depuis 1799 jusqu'en 1803, quand l'opulence et les honneurs étaient pour des hommes tels que lui, lé prix assuré de l'adulation et des complaisances, loin de rendre à la tyrannie aucun des services qu'elle récompensait avec tant de prodigalité, il s'est tenu constamment et sciemment sur la hgne qui n'aboutissait qu'à des disgrâces. La toute puissance ne s'était pas attendue à trouver dans un ami du luxe, une

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SUR M-ï. DE CHÉNIER. xuu

conscience si pure, un caractère si noble, un désintéressement si austère. Ayant toujours porté, dans ses afiàires personnelles, la porbité, la délicatesse, malheureusement aussi la n^ligence' au plus haut degré possible, il est sorti des assemblées nationales, beaucoup plus pauvre qu'il n'y était entré. Il y arrivait en 179a, plein de sauté, et déjà riche des produits de ses premiers travaux littéraires : il s'est retiré en 180a, malade , exténué, endette, sans autre ressource qu'un talent dont on ne lui permettait plus de recueilUr les fruits honorables. Bientôt, malgré les réclamations du public, en dépit du zèle et de l'intérêt des acteurs, la représentation de toutes ses pièces de théâtre tilt partout interdite; et de tous les biens de ce . monde il ne lui restait plus qu'une grande renommée, lorsque, cédant aux conseils de ses amis, il accepta, en 1806, un obscur et modique emploi dans une administration particulière. D'autres travaux dont il se chargea depuis, l'aidèrent à mieux pourvoir à ses besoins :

mais vers la fin de novembre 1810, sa maladie prit un caractère plus menaçant que jamais.: il essuya des accidens graves; sa

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5Lir NOTICE SUR. M.-J. DE CHÉNIER.

force naturelle sVpuisait enfin, et ne luttait plus qu'avec désavantage contre les progrès du maJ. Sa mort lut préce'dée d'un mois d'insomnie et de souârance, durant lequel il avait pourtant conserve tout son génie et toute sa mémoire ; quelquefois même il retrouvait encore la gaitë de son e^rit. Cependant il touchait au terme de sa carrière illustre j et le lojanvier 1811, vers midi, il mourut paisibleblement, sans &ste et sans faiblesse, à l'âge de quarante-six ans, quatre mois et treize jours, échappant peut-être à d'autres infortunes, k de nouvelles chances de proscription , mais enlevé à un siècle sur lequel il aurait , de plus en plus , versé de l'éclat et des lumières; laissant, il est vrai, plus de travaux qu'Q n'en Êiudrait pour honorer une vie bien plus longue, mais ayant acquis à peine la moitié de la gloire littéraire à kquelle il lui était permis d'aspirer.

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TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

REPRÉSENTÉE

A Fontainebleau, le 4nOTembre 1786,61 sur le théâtre de la Comédie française, le 6 du même mois.

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«Ie tous envoie, mon cher amâ ,. la tragédie à'Axéame. Vous v tateuverei des passûwis et doo des coups de théâtre ; vous y trouvereE^ siabn les mœurs sévères de la scène grecque,'diiinioki8"90n extrême simplicité. Vous me dires peut-être que je n'ai pas trop bien pris mon temps y et j'en conviendrai.

Cette sîm.|dïcité est si remarquable dans Soj^ocle et dans Euripide , que nos meilleurs poète:?, en frésetOant sur la scène française des tragédies grecques , ont presque toujours gité leur sujet par une double intrigue , afin de reropUr la mesure des cinq ~ actes , mresure ' indî^fisàble au jugàiient d'Hoface , nws qu'Aristo'te ne prescrit poinb,: et que ifi raistw ne prescrit pas ,dflTantage. Vous savez d'aâleuré, rnoo-eber jftnp,'que les Grecs u'opt jamaé connu cette règle. Il ne faut que lire avec attention > leurs ouvrages y pour se convaincre qu'on

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les représentait sans aucune interraption. Si l'on devait regarder comme des entr'actes les endroits où le chœur reste seul en scène, l'OEdipe à Colonne serait en deux actes. Le chœur ne reste seul que vers la fin de la pièce , depuis le départ d'OEdipe jusqiJati làomeht.où l'on vient annoncer sa mort. Il se trouverait alors que le second acte aurait un peu plus de cent vers, et le premier près de dix-sept cents. *

Aiistote, ce grand admirateur de la tragédie -•qttHl'«lèvé même au-dessus de l'épopée, ce criti— .que ' philosophe- qui a réfléchi si profondément ■sur la^nature des arts j Aristote recommande expressément: la simplicité de l'action tragique. 11 avertit Ids poètes que la fable d'une tragédie ne doit pas être (;^lle d'une épopée ; il blâme Âgathon d'avoir resserré tout le plan de l'Iliade dans

- une seule-tragédie; et véritablement cette tragédie -îl'Agajthon >^ qui ne réussit point chez les Grecs , ne

- pouyait être , par sa constitution , qu'un ouvrage ' déraisonnable. j ..

■Le même critique demande que la terreur et la

■ iritié soient'excitées par le fMids même du drame, et -non par le spectacle. Il' veut qu'on puisse ou

■ jdeurer ou frémir en fermant les yeuTc , et seulement en écoutant la trtgédie : ce ■ qui ne peut avoir

■lieu' que par la vérité des situations et par l'elo- ; (juence du stjle* Quand l'effet ne^vient que du

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A M. DEPANGE. 5

spectacle, ajonte-t-U, tout le mérite appartient au décorateur, et non pas au poète. M. de Voltaire a souvent développé ce principe; mais depiùs 'la mort de M. de Vojtaire, vous savez combien.on a perfectionné la tragédie. ...

Cest à quoi je n'avais pas songé , mon cher.ariiî, en composant Azémire. Elle fut d'abord, représentée à Fontainebleau; j'avais alors vingt-un ans; et, comme il faut encourager les jeunes gens, la pièce fut siâlée d'im bout à l'autre. Jamais, m'a-t-, on dit, pareille aventure n'était arrivée à Foutrainebleau. Le rôle d'Amboise fut plus sifflé que tout le reste. Les huées surtout, furent très -longues., quand on en vînt à ces vers :

Que diront les Français , que dira ton vieui père ,

Alors qu'il apprendra , etc. ■ ' ■

Quelques personnes , et même quelques prétendus gens de lettres, avaient entendu :

Que dira Dieu le përe , etc.

On convint généralement que cette idée était bien, ridicule , et j'avoue que je suis du même avis.- Daus tout cela pourtant deux choses m'étonnaieot:

L'acteur qui a rendu admirablement;. le rôlsde d'Amboise , joint au mérite si rare d'être toujouf^ énergique et noble, le mérite de protioncei^ fort netl«meat; et ceax qui croyaieat avoir, eatendw»

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que dira Dieu le père? n'étaient pas soupçonnés de manquer d'oreilles»

La pièce, représentée à Paris, réussit infîninient itiierix qu'à Fontainebleau , quoi qu'en ait dit le journaliste de Paris. L'absence d'une actrice a longtemps- interrompu les représentations ifAzéniire. La seconde , et lés deux suivantes doimées dens le mois de juillet dermer, ont été beaucoup plus favorablement reçues que la première, quoi qu'en ait dit encore le journaliste dont je vous ai déjà parié.

■ D'antres ont été plus indulgen^. Parmi les écrivains périodiques qui ont parié de cet ouvrage, il faut distinguer l'auteur de l'Année Littéraire , le seul qui ait véritablement rendu compte de la ■ pièce; et malgré les éloges dont il m'a comblé, c'est dans ce compte même qu'on trouvera les critiques les plus sévères. La plupart m'ont para fort judicieuses, n eu est pourtant quelques-unes sûr lesquelles je ne saurais adopter son avis. Un des reproches qu'il fait à la pièce, c'est que le dénouement en est prévu ; mais il y a des tragédies dont le titre même annonce le dénouement; témoin ta mort de César. 11 y â plus : le dénouement est nécessairement prévu dans toutes les tragédies. fondées sur l^istbire. Oïl sait que les enfansde BrutuS périront, <^lie Britannicus sera empoisonné. On fen peut dire autant dés sujets f(mdés sur des fables três-connnes.

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Dans les pièces où le caractère d'un personnage produit le dénouement, si ce caractère est bien tracé, le de'nouement est prévu. Titus dans Bérénice, et Turenoe dans Azémire, commettraient une lâcheté, s'ils agissaient autrement qu'ils n'agissent. U ine semble même que ce n'est point le dénouement cpû doit exciter la curiosité dans la tragédie, mais plutôt les moyens qui amèneront le dénouement. Dans Athalie on prévoit, dès le premier acte, que Joas sera couronné, et qu' Athalie sera tuée. On est certain de ce dépouement, parce que tout autre serait insupportable. Il existe néanmoins dans Athalie un grand intérêt de curiosité, par la raison qu'une foiile, ^ de circonstances s'opposent à révéneipent qu'on fi^ désire, et que ce dénouement nécessaire parait eni ' même temps presque impossible. V^^.

Un autre reproche qu'on fait à,la tragédie 4'Azémire, c'est l'inaction de Soliman. Ce reproche ne me parait que trop juste. Je- croîs q^e c'est en effiet le principal défaut de la pièce, et que ce défaut en rend quelquefois la marche languissante. V«us devez vous raf^eler , mon ami , que l'inutilité de ce rôle TOUS avait frappé , et qu'elle fut remarquée presque généralement aux différentes lectures que vous 3.xm entendues. Four me défendre alors, }e ne ci,tai3 paf l'insupportable rôle d'<ŒnarHs danS' Ariane où tous les rôles sont ridicules, à l'exceptioa du principal; mais je dtus Antiochus dans Bérénice, A$sar

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dans Sémiramis , Philoctète dans C^xlipe. Sans ; doute il atirait mieux valu se corriger. Mais d'après I la, constitution de la pièce, )e croyais impossible! de changer le rôle de Soliman. J'avoue que je n'enl suis plus si persuadé. Ce changement toutefois, quîB rendrait la marche de la pièce plus vive et plus for-j tement tragique , exigerait un travail assez considé-1 rable, et je n'aurai le droit d'entreprendre ce travail I qu'après avoir, si je puis, par d'autres ouvrages, mérité l'attention du public. Je me bornerai, eu ce moment, à lui présenter Azémire avec tous ses défauts, afin qu'il puisse en juger par lui-mèmej et non sur des rapports contradictoires.

Quant aux ressemblances, on ne trouvait pas mauvais, en 1754, que M. de Pompignan fit représenter une Didou sur le même théâtre où l'on représeptait Bérénice et Ariane. On ne lui reprochait point d'avoir tiré de Virgile et de Métastase presque tout ce qull y a de remarquable dans sa pièce , et quelques gens m'ont reproché d'avoir beaucoup emprunté du Tasse. D'abord je n'ai point imité le Tasse dans les caractères. Azémire n'est ni une coquette, ni une magicienne; et ceux qui ont fait semblant de reconnaître Ubalde dans le personnage de d'Amboise,n'ont pas songé que, si ce personnage aquelque mérite, c'est peut-être celui d'être quelquefeis éloquent, et qu'un bouclier magique ne saurait donner l'idée d'an discours noble et théâtral. Je ne dois

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non plus aucun détail à l'auteur de la Jérusalem délivrée. Je puis m'ètre trompé ^ mais si quelque discours d'Aimide ou de Renaud m'avait paru susceptible d'être transporté avec succès au théâtre, j'aurais saisi cette occasion de puiser de vraies beautés dans le plus grand poète de l'Italie moderne, comme luimême en a souvent pmsé dans Vîi^e, Virgile et les tragiques grecs dans Homère.

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PERSONNAGES

AZÉHIRE.

SOLIH&N.

TDREHME.

D*AHBOISE.

NABSÈS.

ISMËNE.

Gakdes de la reine.

Soldats de souhah-

La seine est dans Héraclée , ville de Cilicie , au temps de la première croisade.

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AZEMIRE,

TRAGÉDIE

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