‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 97 sur 251 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Soui tant de meurtrier* le grand homme abattu Expire en invoquant Chailes qui les envoie.

L'auteur de la vie latine de Coligni , imprimée par les El- zévirs , raconte la mort de cet homme illustre avec beaucoup d'intérêt et de naïveté. Je me sers ici de la traduction française publiée à peu près dans le même temps et par les mËmes imprimeurs.

<• Télignt s'étoit sur la minuict retiré avec sa femme en u son logis, joignant celuy de l'admirai. Il j avait toutefois » cinq Suisses de garde en la cour, que le roi de Navarre y ■• avoit envoyés des siens. Or, un peu devant le jour, ayant H été dict à la Bonne qu'il y avait quelqu'un à la porte quî » demandoit k parler à l'admirai de la part du roi j il part » soudain avec les clefi ; et ne l'eut pas plat6t ouverte que M Cosseins ne le poigaaxdast , entrant avec KS ftrqu«biuien

so6 NOTES.

•> dans la maison , et tuant toua ceux qu'il rencontroit ou H fuyans ou estonaés , et remplissant tout de bruict et de tu- >■ multe ; et après avoir enfoncé l'autre porte qui fermoJt >• la montée, et tué un Suisse d'un coup de baie, toutefois ■• quelques coffres , qui furent jette* sur les degrez , Iny em- » pescboieut le passage. L'admirai et ceux qui estoient avec » lui resveillésau bruict des arquebusades , et ne doutans » plusde l'effort des ennemis, soudain jetiez par terf« , com- H mencerent à prier Dieu qu'il luy pleust s'appaiser, et les .!• regarder eu ses compassions. L'admirai s'étaat levé, et j> ayant pris sa robe de chambre, commande à son ministre u Merlin de faire la prière ; et suivant ses paroles avec de » véhémeos soupirs , et invoquant Jésu»>Ohrist , se résolut 11 de recommander à Dieu et remettre entre ses mains l'es- » prit qu'il avoit reçu de luy en usufruit. Et , comme le tes- H moin oculaire de ces choses fut entré en sa cbanibre , et <• que le chirurgien luy eut demandé que signifiait cette ru- » meur, se tournant vers l'admirai, il Iny dict t C'est Dieu H qui nous appelle k iuy ; U maison est forcée , et n'y a B point de moyens de résister. Il y a long-temps , respondit » l'admirai, que je mé suis préparé à la mort : pensez vous " autres à vous sauver , s'il est possible ; car en vain vous " effiorceriez-vous de pourveoir à ma vie. Je recommande <i> mon ame à la miséricorde dé Dieu. ï!t fut remarqué de H ceux qui rendent ce tesmoignage, que son visage ne parut H non plus troublé que si rien ue fut arrivé de nouveau. » Ainsi chacun , hormis un , nommé Nicolas de la Mouche , 1 son interprète delà langue allemande et serviteur domes- ■ tique très-fîdéle , ay*ns monté au hault du logis, et » trouvé une fenêtre aux tuiles, il y en eut quelques-uns " qui , à la faveur de la nuit , se sauvèrent. Cependant Cos- " seins, après avoir fait destourner les coffres et autres em- » barras , fit premièrement entrer quelques Suisses , vestus

» de verd , blanc et noir , couleurs au Snc d'Anjon ; qui " n'offensèrent pas un des quatre autres de leurs compa- H triotes, qu'ils rencontrèrent sur les degrés : mais Cosseins , H ayant la cuirasse, la rondache, et l'espee nue en la main , " Bussitost qu'il les eut apperçus , fit tirer le plus proche de M ses arquebusiers sur eux ; dont l'un tomba mort du coup : » pub un allemand nomme Besme , natif du duché de Wir- » temberg, et fils, comme l'on dict, d'un qui avoit eu la n charge de l'artillerie, fut le premier qui entra dans la " chambre; et ayant demande k l'admirai qu'il vit assis, Il s'il n'estoit pas l'adntiral , il lui répondit : Je le suis ; mais " toi , jeune homme , respecte mes cheveus gris et ma vieil- » lesse. Lors Eesme , sanAautre repartie de paroles , lui " donna un coup d'cspee sur la tète, et fut le premier qui » s'ensanglanta du sang de l'admirai; que Cosseins, Atteins» » et aultres que suivirent, achevèrent. Etayant fait jetter le » corps par les fenêtres dans la cour (oii le duc de Guise le •• frappa du pied) , il demeura exposé à toute sorte d'igno- B minie, partie de ses membres coupés ,- traisué par les >• boues, et enfin trois jours après pendu par les pieds à » MontfaucoQ , oii il demeura quelques jours , pour trophée » et marque de la cruauté et rage que le peuple de Parts » exerça, non-seulement sur lui estant envie, mais aussi sur u son corps moil. Ce que la postérité ne mettra pas en on- H bly, et que plusieurs de grand jugement présagent devoir ■ estre fatal au principal auteur de sa mort. »

{ f^ie de Gaspard de Coligni, à Leyde , ches Bonaveuturc et Abraham Elzévier, in-i2 , i643.)

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