‹ Théâtre de Michel CervantèsChapitre 20 sur 36 · Sic · texte numérisé non relu

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DEUXIÈME AME. Houreux voyage , qui mettra le9 cieux en fête.

PREMIÈRE AME. Cette âme, avec ses prières, ses jeûnes et ses sacrifices, brisa nos fers et abrégea nos tourments. Quand il vivait librement, il disait chaque jour pour nous un rosaire, et quand il entra en religion, mort pour Tenfer, vivant pour le Christ, son dévouement pour nous ne fit ^ue s'accroître.

DEUXIÈME AME. Tu chauteras ses louanges au lieu où nous allons ; mêlons-nous pour le moment à la foule qui Tescorte et écoutons les pleurs de ses amis.

(Entre Antonio portant un linge taché de sang.)

ANTONIO. Il a terminé sa pénible carrière; la terre a reçu sa dépouille; son âme s'est envolée au ciel. père, tu fus dans la vie ma nuée obscure, mais dans le fort asile de la religion, tu fus l'aimant qui m'attira. Il y a treize ans que tu combats pour élever la charité au-dessus de la force humaine, souffrant mille tortures; mais les linges tachés de ton sang sont plus précieux aujourd'hui que les plus riches étoffes. Ton corps, qui était hier un horrible spectacle, est aujourd'hui de l'argent poli et du pur cristal... Tes maux étaient en toi par miracle jusqu'au moment où tu as payé la dette de cette pécheresse, que tu as entièrement purifiée, tant Dieu estimait ta charité.

(Entre le prieur.)

LE PRIEUR. Antonio, laissez là les pleurs et fermez les portes, car si elles restent ouvertes, le peuple va se précipiter ici et ne nous laissera pas enterrer son ami.

ANGEL, entrant. Toutcla vlllo ost daus lo couveut. Ou sc jotto sur le corps et on se partage sa dernière dépouille. Le viceroi lui-même est dans la cellule du père de la Croix.

(Des bourgeois et des gens du peuple accourent en foule. L'un porte un linge ensanglanté, Tantre un morceau du çapnce du saint.)

PREMIER BOURGEOIS. Qu'empoFtez-vous ?

DEUXIÈME BOURGEOIS. Un lingo de ses plaies. Et vous ?

PREMIER BOURGEOIS. Ce moFceau de son capuce; j'y tiens autant qu'à une mine que j'aurais trouvée.

DEUXIÈME BOURGEOIS. SoFtons vito du couvent, de peur que les frères ne nous prennent ces reliques.

PREMIER BOURGEOIS. Voilà qui ost bou. On m'arracherait plutôt la vie 1

UN TROISIÈME BOURGEOIS, èntriuit. Je u'ai pu enlcver aucune relique du salut; mais je suis néanmoins satisfait, car j'ai baisé ses pieds sacrés. Le vice-roi a voulu aider les frères à porter le bienheureux dans le cimetière du cloître.

(On voit paraître les religieux portant sur leurs épaules le corps du père Ghristoval de la Croix. Le corps est couvert de chapelets. Une musique céleste accompagne le cortège.)

LUCIFER. Je ne puis me venger, même sur son corps, car ces chapelets le défendent.

LE VICE-ROI. Belle âme, qui, en prenant ton vol vers les régions célestes, nous as rendus témoins de ta fin heureuse, tu laisses l'enveloppe que tu habitais tout éclatante du feu de la charité et de l'amour divin qui brûlait en toi. Pères , faites votre office, et cachez dans la terre ce joyau du ciell

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