Quartier des marchands de bric-à-brac à Madrid
c et ma réconnaissance, lorsnzo pasillas. t •— Joli contrat de mariage. Eh bien 1 l'éponseriez-yous ?
LB SACRISTAIN. Avoc joie , quoiquo j'y perde l'expectative de trois mille maravédis de rente que Toulait placer sur ma tête ma grand*mère, ainsi qu'on me Ta écrit de mon pays.
LE SOLDAT. Si la volonté peut entrer en compte, il y a aujourd'hui trente-neuf jours qu'arrivant par le pont de Ségovie , je mis la mienne entre les mains de Ghristina avec toutes les annexes de mes trois places. Si elle veut m'épouser, elle se fera plus d'honneur d'un châtelain que d'un demi-sacristain qui n*est peut-être pas encore bien complet.
LE MAITRE. Yeax-tu te marier, Ghristina ?
GHRISTINA. Oui.
LE MAITRE. Ghoisis doRc parmi ces deux hommes celai
qui te plaît le mieux.
GHRISTINA. J*ai honte.
LA MAITRESSE. N'aîc pas houte, car le dîner et le mariage ne peuvent se subordonner au goût des autres.
LE SOLDAT. Mou onfaut, jette un regard sur moi* Je suis soldat, j'espère être gouverneur d'un château, j'ai le cœur généreux ; je suis l'homme le plus galant du monde, et par le fil de ce vêtement, tu pourras tirer à toi tout le peloton de ma gentillesse.
LE SACRISTAIN. Ghristiua, je suis musicien, quoique je ne joue que des cloches. Aucun sacristain ne peut me surpasser dans l'art d'orner une tombe ou une église un jour de fête solennelle. Ges travaux, je puis les exécuter étant marié et gagner de quoi manger comme un prince.
LA MAITRESSE. AUous, mo fiilo, choisls, et tu réconcilieras ainsi ces deux puissants rivaux.
LE SOLDAT. J'y Gonsons.
LE SACRISTAIN. Et iDOi de même.
CHRiSTiNA.' Eh bien ! je choisis le sacristain.
(Entrent des musiciens.)
LB MAITRE. Appelez ces musiciens aux gages de mon voisin le barbier. Avec leurs guitares et leurs chansons ils nous aideront à célébrer le mariage, et le seigneur soldat sera mon» convié!
LE SOLDAT. J*accepte. Où il y a la force du fait, tout droit se perd.
UN MUSICIEN. Puisque nous sommes arrivés à propos, ces paroles seront le refrain de nois couplets.
(Les mosiciens chantent les couplets snÎTants :)
< Les femmes choisissent toujours celui qui le mérite le moins parce que leur mauvais goût est plus fort que toutes les qualités. Elles préfèrent l'argent au courage, et un sacristain à un soldat. Le choix ne fut pourtant pas si bête. Celle-ci s'est réfugiée dans l'église, qui est le port des délinquants. — Où il y a la force du fait, tout droit se perd. »
< C'est bien là le soldat, demeuré seul dans ses vieux jours, sans un sou, parce qu'il a quitté sa compagnie, et qui se figure être un Gaïfer conquérant par la violence ce que je gagne par la douceur. Les reproches ne m'atteignent pas puisque tn as perdu la partie. Un homme offensé peut tonjours injurier son adversaire. Où il y a la force du fait, tout droit se perd. »
(Ils entrent dans la maison en chantant et en dansant.)
LE
INTERMÈDE
Une place de villagel (Entrent Ghanfalla, saltimbanque, et la Chirinosi, sa femme.)
GHANFALLA. N'oublie pas, Ghirinos^ mes avis» principalement celui que je Tai donné à propos de ce nouveau tour qui doit avoir autant de succès que le dernier.
CHiRiNOS. Illustre Ghanfalla, tout ce que je possède d'intelligence est à ton service; j'y joins mon désir extrême de te satisfaire. Dis-moi, pourtant, à quoi bon avoir enlevé cet enfant? Ne pouvions-nous pas, à nous deux, suffire au travail?
GHANFALLA. Il uous était aussi nécessaire que le pain à la bouche pour battre la caisse pendant les entr*actes du Tableau des merveilles,
GHmmos. Ge sera une merveille si nous ne sommes pas lapidés, seulement pour l'enfant; car je n'ai vu de ma vie une plus misérable petite créature.
(Entre l'enfant.)
l'bnfaitt. y a-t-il quelque chose à Caire dans ce village, seigneur directeur? Je meurs d'euTle de tous montrer que TOUS n'aTez pas en tort de me prendre à Totre charge.
CHAX7ALLA. Quatre corps comme le tien ne feraient que le tiers d'un homme et encore moins une charge. Si tu n'es pas plus grand musicien que grand garçon, cela ne nous empêche pas de prospérer.
l'exfant. Tout petit que je suis, on m'a proposé d'entrer dans une troupe aTCC une part.
CHANFALLA. Si ta part te ressemble, elle sera iuTisible. Or çà, Ghirinos, nous Toici dans le Tillage et ceux qui Tiennent à nous doivent être et sont sans doute le gouverneur* et les alcades. Allons à leur rencontre. Donne le fil à ta langue sar la pierre de la flatterie et cependant ne pique pas.
(Entrent le goaTernear, l'alcade Benito Repallo, le régîdor JaanGastrado et le greffier Pedro Capacho.)
CHANFALLA, ninant. Jc balsc Ics maius de Vos Seigneuries. Qui de vous est le gouverneur de cet endroit?
LE GOirvBBXELR. C'cst moi. Que voulez-vous, bonhomme?
CHANFALLA. Avec deux onces de bon sens j'aurais dû voir que cette péripathétique et majestueuse prestance ne pouvait appartenir qu'au très-digne gouverneur de cet honorable pays, qui ne peut manquer d'être un jour gouverneur des Algarrovillas.
CHiRiNos. Par la vie de la senora et des senoritos, si monsieur le gouverneur a des enfants !
LE GREFFIER. Mousicur le gouverneur n'est pas marié.
CHIRINOS. Quand il le serait, il n'y perdrait rien. LE GOUVERNEUR. Ëhbieu! Que voulez-vous, homme honorable ?
CHIRINOS. Vivez do longs jours honorés, vous qui nous honorez ainsi. En somme le chêne donne du gland, le poi-
rier des poires, la treille des raisins et rhomme honorable de l'honneur, sans qu'il en puisse être autrement.
l'alcade. Sentence cicéronique sans en ôter ni y mettre un point.
LE GREFFIER. Mousiour Talcado veut dire cicéronienne.
l'alcade. Je veux toujours dire ce qu'il y a de mieux, et souvent je ne trouve pas. Enfin, bonhomme, que voulezvous?
CHANFALLA. Moi, mos scigueurs, je suis Montiel, celui qui colporte le Tableau des merveilles. Messieurs de la Confrérie des hôpitaux m'ont envoyé chercher de la capitale parce qu'il n'y a pas un théâtre dans la ville et que les hôpitaux mouraient de faim *. Ma présence remédiera à tout.
LE GOUVERNEUR. El qu'cst-ce que c'est que le Tableau des merveilles?
CHANFALLA. Los merveilleusos choses qu'il enseigne et qu'il montre l'ont fait nommer le Tableau des merveilles. Il fut fabriqué et composé par le savant Tontonelo sous de tels parallèles, rumbs, astres et étoiles, avec tels points, caractères et observations, que nul ne peut voir les choses qu'il renferme qu'il ne soit de race chrétienne et procréé en] légitime mariage. I
l'alcade. Et le savant qui composa le tableau s'appelait Tontonelo?
cmRiNos. Né dans la cité de Tontonela, homme qui a laissé une renommée et dont la barbe lui tombait jusqu'à la ceinture.
l'alcade. Les hommes à grande barbe sont généralement savants.
1. Comme nous Tâvons dit, les hôpitaux percevaient un droit trèsélevé sur les spectacles.
LE GOUVERNEUR. SeigncuF régiâoF Jaan Gastrado^ je décide^ sauf votre approbation, que ce soir nous célébrions les fiançailles de la senora Teresa Gastrada, votre fille, dont je suis le parrain, et, pour égayer la fête, je veux que le seigneur Montiel montre son tableau dans votre logis.
LE RÉ6ID0R. Je suis aux ordres de monsieur le gouverneur, quoiqu'il puisse arriver.
cHiRiNos. Ge qui peut arriver, c'est que si l'on ne nous paye pas d'avance on verra le tableau comme à travers la montagne d'Ubeda *. Avez- vous conscience, seigneurs justices? Il serait beau que tout le village entrât ce soir au logis du seigneur Juan Gastrado et vît ce^que contient le tableau, et demain, quand nous voudrons le lui montrer, il ne se pré* sentera pas une âme pour entrer. Non messieurs, non messieurs; ante omnia, il faut nous payer.
l'alcade. Madame la directrice, monsieur le régidor vous payera plus qu'honorablement, et si ce n'est lui ce sera le Gonseil. Vous connaissez bien le village assurément. Ici, madame, nous n'attendons pas que Ton paye pour nous.
le greffier. Madame la directrice veut dire par ante omnia qu'elle désire être payée tout de suite.
l'alcade. Faites, monsieur le greffier, qu'elle me parle droit et j'entendrai de plain-pied. Vous qui avez beaucoup lu et écrit, vous pouvez comprendre cet arabe et moi non.
LE RÉcmoR. Monsieur le directeur voudra -t- il bien se contenter d'une demi-douzaine de ducats que je lui donnerai comptant? Et personne du village n'entrer ace. soir chez moi.
GHANFALLA. Je suis Satisfait. Je me fie aux soins de Votre Grâce.