‹ Théâtre de Michel CervantèsChapitre 24 sur 36 · Locution familière qui veut dire qu'on ne le Terra pas · texte numérisé non relu

Locution familière qui veut dire qu'on ne le Terra pas

LK BisGiDOR. Yenoz avec moi, vous toacberez votre argent, et vous verrez ma maison et les facilités qu'elle vous offre pour montrer ce tableaa.

GHANFALLA. AUons, et rappoloz-vous les qualités nécessaires pour se hasarder à regarder le merveilleux tableau;

l'algade. C'est mon affaire. Et je puis dire que pour ma part je puis subir en sûreté l'es amen, puisque je suis issu de père alcade. J'ai quatre doigts de graisse de vieux cbré« tien sm; les quatre côtés de mon lignage, jugez si je pourrai voir le tableau.

LE GREFFIER. NOUS ospérous totls lovolr, seigneur Benito RepoUo.

LE RÉ6ID0R. Nous uo sommos pas venus au monde dans les champs, seigneur Pedro Gapacho.

LE GOUVERNEUR. G'est ce quo nous allons voir.

l'algade. Allons directeur, à l'œuvre. Je pourrai me trouver face à face et pied à pied avec le Tableau des mer* veiUes.

CHIRINOS. Dieu le veuille !

(Ghanf alla, sort avee le régidor.)

LE GOUVERNEUR, 1 u Ghirinoi. Madame la directrice, quels sont les poètes en vogue à cette heure à Madrid, spécialement ceux appelés poètes comiques. Car vous savez que moi aussi j'ai des velléités de comédie et que je me pique de connûtre la farandole et la caratula. J'ai par devers moi vingt comédies toutes nouvelles. J'attends une occasion pour aller dans la capitale et enrichir, par leur moyen, une demi-douzaine de directeurs.

GmRiNos. A votre question sur les poètes, seigneur gouverneur, je ne sais que répondre, parce que nous en avons un si grand nombre qu'ils éclipsent le soleil et tous pensent qu'ils sont fameux. Les poètes comiques sont les plus nom-

bveux et les plus répandus; inutile done de les nommer. Mais que Votre Seigneurie veuille bien me faire la grâce de me dire son nom.

LE GOUVERNEUR. Madame la directrice, on me nomme le licencié Gomecillos.

cmniNos. Grand Dieut Vous êtes le licencié Gomecillos? Celui qui composa ces fameux couplets de Lucifer étant mon lûde»*.

LE GOUVERNEUR. Co sout dc mauvaiscs langues qui m'ont attribué ces couplets. Ils sont de moi comme du Grand Turc, Ceux que je composai et que je ne veux pas nier traitaient du déluge de SévJlle. Quoiqu'il soit d'usage que les poètes se pillent les uns les autres, je n'ai jamais rien volé à personne. Que Dieu protège mes vers et vole qui voudra!

CHÂNFALLA, entrant. MCSSiCUrS, VOUS pOUVeZ VCUir, tOUt est

prêt et nous n'avons plus qu'à commencer. i

CHIRINOS, bai i son mari. TU aS l'argCnt?

GHANFALLA, de marne à Chinnos. Oul.

GHiRiNos. Je te donne avis, Ghanfalla, que le gouverneur est poëte.

CHANFALLA. PoëtC? GOrpS de l'univers I ( Bas i sa femme : ) Il UO

sera paâ difficile à tromper. Les gens de cette humeur sont crédules et nullement malicieux.

* l'algade. Allons, directeur, les pieds me démangent; allons voir ces merveilles !

(Toat le monde sort)

Le théâtre change et représente une salle chez le régidor

Jaan Casirado.

(Entrent Juana Gastrada et Teresa RepoIIo, paysanneé. Jaana est en eostame

de fiancée.)

JUANA. Tu peux t'asseoir ici, chère Teresa, nous serons en face du tableau. Tu sais les conditions dans lesquelles on

doit se trouver pour voir ce spectacle; n'aie pas peur au moins^ car ce serait un grand malheur*

TEBBSA. Tu saiS; Juana^ que je suis ta cousine, c'est dire assez. Si j'étais aussi sûre d'aller au ciel que de voir le tableau t Par la vie de ma mère, je m'arracherais les yeux de la tête s'il m'arrivait quelque disgrâce.

JUAKA. Remets-toi cousine, tout le monde arrive.

(Entrent le gonvemear^ Ttleada, \» régldor^ la greffier, la Ghirlnot et quelques invités da Tillaga.)

GHANFALLA. Quo tout le mofido prenne place. Le tableau doit être derrière cette couverture ainsi que la directrice, et ici le musicien.

L'ALCABB, SMHilfant U patU garçM de la prtmièri loèiw. G'CSt Ça le

musicien? — Mettez*le aussi derrière la couverture. Pourvu que je ne le voie pas, je consens à ne pas Tentendre.

GHAKFALLA. Yous avcz tort, selgncur alcade Repolie, d'être mécontent du musicien, qui vraiment est un très-bon chrétien et hidalgo de souche connue.

LB oouviBBNSuB. Qualités bien nécessaires pour être bon musicieni Que le seigneur Montiel commence donc son travail.

l'alcade. Le directeur a peu de bagages pour un si grand tableau.

LE BÉGiDOR. Tout doit être mer veillcs.

CHANPALLA. Attention, seigneurs 1 je commence. toi , quel que tu aies été, toi qui fabriquas ce tableau avec un si miraculeux artifice qu'il reçut le nom de Tableau des merveilles, par la vertu qu'il renferme, je te conjure, je t'oblige et je t'ordonne de faire voir tout de suite et incontinent, à ces messieurs, quelques-unes des merveilles merveilleuses pour les amuser et qu'ils puissent prendre du plaisir sans scandale. Je vois déjà que tu as fait droit à ma requête, puisque

la âgnre du vaiUant Samson parait de ce côté, embrassant les colonnes du temple pour les faire écrouler sur le sol et se venger de ses ennemis. Arrête, valeureux cavalier, par la grâce de Dieu le Père, ne commets pas une telle imprudence, car tu pourrais renverser et mettre en morceaux la noble assemblée ici présente.

l'alcade. Arrête! Il serait beau que venus pour nous dl* yertirnous nous en allassions estropiés; arrêtez, seigneur Samson ! ne nous faites pas de mail ^ LE GBEFFiER. Lc voycz-vous, Gastrado ?

l'alcade. J'ai les yeux sur son occiput.

LE GREFFIER. Cecl cst uu cas mervciUeux, car, à cette heure, je vois Samson habillé en Grand Turc! et pourtant je me flatte d'être légitime et vieux chrétien.

CHiRmos. Prenez garde ! vous allez voir le même taureau qui tua dernièrement un portefaix à Salamanque. Couchetoi par terre, homme, couche-toi par terre, et que Dieu te sauve t

GHANFALLA, de sa plus grosse voix. COUChCZ-VOUS tOUS ! COUClieZ-

VOUS tous 1 (contrefaisant le magiasement du taureau.) HoU ! hOU 1 hOU!

(Toas les assistants se coachent par terre, donnant les signes d'ane grande frayeur.)

l'alcade. Que le diable emporte le taureau par le milieu du corps. Il est brun et tacheté ^ ; si je ne me couche pas, il va m'envoyer en l'air d'une volée.

le régidor. Monsieur le directeur, ne faites pas sortir, si c'est possible, des figures qui nous épouvantent. Je ne dis pas cela pour moi, mais pour ces jeunes filles à qui il ne reste pas une goutte de sang dans les veines à cause de ce taureau féroce.

UANA cASTRADA. Comment, père? Je ne crois pas pouvoir . 1. Ces taureaux passent pour les plus méchanls«

reprendre mes sens de trois jours. Je me croyais déjà sur les cornes de ce taureau, qui les a pointues comme des aiguilles.

LE RÉcmoR. Si tu n'étais pas ma fille, tu ne le Terrais pas.

LE GOUVERNEUR. Que Ics autrcs regardent, moi je ne regarde pas. Pourtant, par respect bumain, je dirai que j'ai vu.

GHiRiNOS. Voyez cette troupe de rats qui vient de ce côté. Elle descend en ligne droite de ceux de Tarcbe de Noé. Les uns sont blancs, les autres jaspés, les autres azurés, et finalement ce sont tous des rats.

lUANA, M récriant. Jésus, dcs rats ! Rotenéz-moi, ou je vais me jeter par cette fenêtre. Des rats ! malbeureuse que je suis I Amie, serre tes jupons et prends garde que les rats ne te mordent ! Par mon aïeule, il y en a des milliers !

TERESA REPOLLA. G'ost moi qui suis la malbeureuse; car ils m'envabissent sans obstacle. Un rat noir est attacbé à mon genou. Que le ciel vienne à mon secours, puisque la terre me manque !

l'alcade. Heureusement que je porte un baut-decbausses, et qu'aucun rat ne peut monter, quelque petit qu'il soit.

GHANFALLA. Cette cau qui tombe des nuées avec tant de vitesse, est l'eau de la source qui donne naissance au fleuve Jourdain. Tout visage de femme qu'elle toucbera deviendra comme de l'argent, et, si c'est un bomme, sa barbe prendra la couleur de l'or.

JUANA. Entends-lu, Teresa? Découvre ton visage et vois ce qui t'arrivera. Oli! quelle liqueur agréable! Couvrezvous, père, pour n'être pas mouillé.

LE RÉGiDOR. Nous uous couvFons toud, ma fille!

l'alcade. L'eau m'a coalé le long des épaules jusqa'aa bas da dos,

LE GREFFIER. Moije suis plus sec qu'un jonc.

LE GOUVERNEUR. Quo diable cela veuMl dire? tons sont noyés dans cette eau, et moi je n'en ai pas reçu une goutte. Si j'allais être bâtard au milieu de tous ces légitimes 1

l'alcade, Otez^moi de là ce musicien^ ou, pardieal Je m'en vais sans plus voir une seule figure.

LE MUSICIEN. Seigneur alcade , n'ayez pas de rancune eontre mol ; je Joue comme Dieu a bien voulu que Ton m'apprît.

l'alcade. Dieu avait- il rien & t'apprendre, avorton? Rentre derrière la couverture , ou je te jette ce bane à la tête.

LE MUSICIEN. Je crois que c'est le diable qui m'a amené dans ce village.

LE GREFFIER. L'cau du Jourdaîu est fraîche; j'ai eu beau me couvrir, il m'en est tombé un peu sur les moustaches, et je parie que je les ai rouges comme de l'or.

l'alcade. £t encore pis cinquante fois 1

GHiRiNOs. Je vous aunonce environ deux douzaines de lions rampants et d'ours mangeurs de miel. Que tout vivant prenne garde I car, quoique fantastiques, ils ne laissent pas de donner quelque crainte et d^exécuter des travaux d'Hercule avec des épées nues.

le RÉGiDOR. Holà, seigneur directeur, vous voulez encore remplir la maison de lions et d'ours?

l'alcade. Tâchez qu'au lieu de lions et de dragons Tontonelo nous envoie des rossignols et des grives. Faites-nous voir des figures plus agréables, sinon nous levons la séance, et que Dieu vous conduise, vous ne resterez pas un moment de plus dans le village.

lUANA. Seigneur Benito Repollo, laissez vpnir ces ours et ces lions; pour nous autres, nous serons très-contentes.

f^'ALGADE. Comment, fille, tout à l'heure tu avais iieur des rats, et, à présent , tu demandes des ours et des lions ?

IUA5A. Tout ce qui est nouveau me plaît, mon père.

CRiRiNos. Cette demoiselle, qui se montre si galante et si eonuposée, est la nommée Hérodias qui, pour prit de sa danse, obtint la tête du Précurseur de la vie. Si quelqu'un YWtJ'aocompagBer, il verra des merveilles.

l'aloaoe. a la i)onne heure, celle-là, corps de l'univers t Voilà une belle figure, aimable et reluisante. Et comme la gaillarde se trémousse 4 Mon neveu RepoUo, toi qui sais jouer des castagnettes, fais -la danser, (u musiqae joae la lanbaade.) Allons, mon neveu, tiens tête à eette drôlesse de Juive. Mais si elle est Juive, comment peut-elle voir les merveilles?

GHANPALLA. Selgueur alcade, toute règle a son exception.

(Ob entead an dlehon aoaner une trompette, et nn fonrrier de régiment entre.)

LE FOURRIER. OÙ e$t le gouvcrneur?

tE GOUVERNEUR. C'ost moî : que voulez- vous ?

LE FOURRIER. Quo tout do sultc VOUS fassioE préparer des logements pour trente hommes d'armes, qui arriveront dans une demi-heure, et peut-être auparavant, car j'entends la trompette. Adieu 1

(II sort.)

l'alcade. Je parie qu'ils sont envoyés par le savant Ton-

tODiSlO.

ghanfalla. C'est une compagnie de cavalerie qui était logée à deux )ieaes d'icl^

l'alcade. Je vois bien maintenant que vous et Tontonelo vous êtes de grands coquins, sans parler du miisicien; jjevoas orâopoe d'ordonner à Tontonelo de ne pas avoir

l'audace de m'envoyer ces hommes d'armes, oa bien je lear ferai donner des coups de fouet sur les épaules.

GHANFALLA. Je VOUS assure que Tontonelo n'y est pour rien.

l'alcade. Je vous dis qu'il les a envoyés comme il a en* voyé les autres.

LE GREFFIER. Nous les avous tous TUS, seigucur Benlto Repollo.

L'ALGADEf^ Jo uc dls pas uou, seigucur Pedro Capacho. Ne joue pas davantage, musicien, ou je te casserai la têtel

(Le fonrrier revient.)

LE FOURRIER. Les logcmeuts sont-ils prêts? Les chevaux sont déjà dans le village.

l'algade. Encore Tontonelo I Auteur de mensonges, vous me payerez cela !

GHANFALLA. Vous êtes témoius que l'alcade me menace.

GumiNos. Vous êtes témoins que les ordres de Sa Majesté, il les attribue à Tontonelo!

L'ALGADE. Puissé-jo tc voîr toutonéUsél

LE GOUVERNEUR. Je crois que tous ces homme d'armes doivent être des soldats pour rire.

LE FOURRIER, avec colère. Mousicur Ic gouvemcur, êtcs-vous dans votre bon sens ?

l'algade. Ils pourraient bien être tontonélisés comme tout ce que nous avons vu ici. Que le directeur fasse reparaître la demoiselle Hérodias pour que monsieur voie ce qu'il n'a jamais vu. Qui sait? cela lui fera peut-être quitter le village.

GHANFALLA. Yoycz-la d'Ici faire des signes à son danseur pour qu'il l'accompagne.

LE NEVEU. Je ne la laisserai pas en chemin.

l'algade. C'est bien, mon neveu, fatigue-la; des tours et

beaucoup de tours. Vive Dieu ! c'est un vrai mercure que cette fille*ià. Confiance ! confiance ! A lui ! à lui t

LE FOURRIER. Tous cos geus-là sout fous. Quelle diable de fille est-ce là ? Qu'est-ce que cette danse et ce Tontonelo ?

LE GREFFIER. Lo scigneuF fourdcr ne regarde-t-il pas la demoiselle?

LE FOURRIER. Quelle demoiselle ai-je à regarder ?

LE GREFFIER. Il SUfflt. Ex llUS 65.

LE FOURRIER. Vivo DJcu ! si je mets la main à mon épée, je vous ferai tous sortir par les fenêtres , sinon par la porte.

LE GREFFIER. Ex ilîis eS.

l'alcade. Vous êtes de ceux-là, puisque vous ne voyez rien.

le fourrier. Canaille ! si vous me dites une autre fois que je suis de ceux-là, je ne vous laisserai pas un os entier.

l'alcade. Jamais les juifs convertis ni les bâtards ne furent braves ; et, par cette raison, nous ne cesserons pas de vous dire : Vous êtes de ceux-là l vous êtes de ceux-là 1

LE fourrier. Attendez, manants!

(II tire son épée et bat tons les assistants. L'alcade rosse le mnsicien. La Ghirinos décroche sa mante et dit :)

GHiRiNos. C'est le diable qui a sonné de la trompette et amené les bommes d'armes.

ghanfalla. Notre succès a été extraordinaire. La vertu du tableau triomphe, et nous pouvons le montrer au public. Et nous-mêmes, nous pouvons chanter victoire en disant : < Vivent Cbirinos etCbanfalia! »

LA

INTERMÈDE

Un salon chez Pancracio.

pANGRAGio. Retenez vos larmes^ seiiora> et suspendes vos soupirs ; quatre jours d'absence ne sont pas des siècles. Je reviendrai au plus tard le cinq si Dieu conserve mes jours. Peut-être serait-il mieux^ pour ne pas troubler votre repos, de rompre ma parole et de renoncer à mon voyage. Ma sœur pourra se marier sans moi.

LEONAROA. Et moi je ne veux pas, mon Pancracio^ que par égards pour moi vous passiez pour discourtois. Allez en paix et remplissez votre devoir, puisque cela est nécessaire; je comprimerai mon chagrin et je passerai ma solitude le moins mal que je pourrai. Seulement je vous recommande de revenir et de ne point éloigner le terme que vous avez fixé. Soutiçns-moi Christina, mon cœur se serre.

(Léonarda s'évanouit.)

CHRISTINA. Ohl que voilà bien le moment des noces et des fêtes ! En vérité, seigneur, si j'étais à votre place, je n'irais point là-bas.

PANGRAGio. Va, ma fille, chercher un verre d'eau pour lui jeter au visage. Mais attends. Je lui dirai à Toreille des paroles que je sais et qui ont la vertu de faire revenir des évanouissements.

(Il lui parle à l'oreille. Léonarda reTient à elle.)

LÉONARDA. Il suffit. Il faut absolument que cela soit. Il ne faut que de la patience, mon chéri. Plus vous vous hâterez, plus vous me rendrez contente. Votre compère Léoniso doit déjà vous attendre d'ans la voiture. Allez avec Dieu ! qu'il vous ramène aussi vite et aussi bien que je le souhaite 1

PANGRAGIO. Mon augo^ s'il te plaît que je reste, je ne bouge pas plus d'ici qu'une statue 1

GHRiSTiMÂ. Non, non, mon plaisir est le vôtre. Il vaut mieux maintenant partir que rester, votre honneur est le mien.

PANGRAGIO. miroir du mariage ! Si toutes les femmes aimaient autant leurs maris que madame Léonarda aime le sien, comme elles seraient heureuses 1

LÉONARDA. Entre, ma petite Chrîstina, et prends ma mante^ je veux accompagner ton maître jusqu'à la voiture.

PANGRAGIO. Non, par mon amour I Embrassez-moi et restez, par ma vie ! Petite Ghristina, aie soin d'amuser ta maîtresse. A mon retour , je te commanderai une paire de chaussures comme tu la désires.

GHRISTINA. Allez, scigueur, ne soyez pas en peine de madame. J'espère la persuader de façon à ce que nous nous distrayions un peu et qu'elle ne s'aperçoive pas que vous lui faites faute.

LÉONARDA. Mol, me distraire ? Tu es loin de compte, mon enfant. En son absence je n'aurai aucun plaisir, mais bien des peines et des douleurs.

PANGRAGIO. Je ne peux pas souffrir cela. Demeure en paix.

lamîère de mes yeux, lesquels ne verront rien qui leur plaise jusqu'à ce qu'ils soient de retour pour te contempler.

(Pancracio sort.) LÉONÂRDA, chantant tout & eoap de ton. PortO la tempête daUS la

maison d'Ana Diaz t Va, et ne reviens jamais! Évapore-toit

Pour Dieu I Cette fois vos bravades et vos précautions ne vous serviront de rien.

GHRiSTiNA. J'ai craint mille fois qu'avec votre comédie son départ et notre joie ne fussent empêchés.

LÉONABDA. Ccux quc uous attendons viendront-ils cette nuit?

GHBiSTiNA. Pourquoi pas? Je les ai avisés; ils ont si bien compris que ce soir ils enverront par la blanchisseuse, notre correspondante, et comme si c'était du linge, un panier rempli de mille cadeaux et de choses à manger, lequel ressemble à ces grands sacs que le roi donne à ses pauvres le jeudi saint; mais notre panier est plutôt de Pâques, car il contient des pâtés, des viandes froides, du blanc manger^ deux chapons qu*on n'a pas achevé de plumer, et toute sorte de fruits de la saison; et par-dessus le marché une outre de peau de bouc d'environ une arroba de vin, de celui qu'on appelle d^une oreille et qui a un bouquet transcendant.

LÉONABDA. Mou Rcponce, ce cher sacristain de mon âme, est et fut toujours un homme charmant.

CHRISTINA. Et que manquc-t-il à mon maître Nicolas? Barbier de mon cœur, rasoir de mes chagrins qui, lorsque je le vois, me les coupe et me les enlève comme s'ils n'avaient jamais existé!

LÉONABDA. As-tu Serré le panier?

GHmsTiNA. 11 est dans la cuisine, couvert d'un torchon, pour le cacher.

(Un étadiant appelle da dehors, et sans attendre qu'on lai réponde il entre.

LÉONARDA. Ghristina, rois qui appelle!

. l'étudiant. Mesdames, je suis un pauvre étudiant.

CHRisTiNA. On voit de reste que vous êtes pauvre et étudiant ; étudiant votre habit le dit, pauvre votre effronterie. C'est une chose incroyable, pas un pauvre n'attend qu*on lui donne l'aumône à la porte, et ils entrent dans les maisons et jusque dans le dernier recoin sans prendre garde s^ils réveillent ou non quelqu'un qui dort.

l'étudiant. J'attendais une réponse plus aimable de voire bonne grâce, d'autant plus que je ne demandais ni ne cherchais une aumône, mais seulement une écurie ou un grenier pour me défendre cette nuit des inclémences du ciel qui me paraît très -menaçant.

LÉONARDA. Et d'où ôtcs-vous, mott cher?

l'étudiant. De Salamanque , madame ; j'allais à R^me avec un oncle qui mourut en chemin au cœur de la France. Me trouvant seul, je me déterminai à revenir dans mon pays. Les laquais ou les compagnons de Roque Guinarde en Catalogne me dévalisèrent, parce qu'il était absent. S'il avait été là il n'aurait pas permis qu'on me fit cette offense, car il est très-courtois, sage, et outre cela hospitalier. La nuit m'a pris à la porte de votre respectable maison; je la juge ainsi et j'y cherche le soulagement de mon infortune.

LÉONARDA. EU vérité, Christina , cet étudiant m'inspire de la pitié.

CHRISTINA. Et à moi il me déchire le cœur. Gardons-le à la maison cette nuit ; des miettes du gâteau on peut nourrir un oiseau. Je veux dire que dans les restes du panier il y aura de quoi apaiser sa faim, et même il m'aidera à plumer la volaille.

LÉONARDA. Mais commcut veux- tu, Christina , que nous gardions à la maison un témoia de nos légère^s ?

GHAisTiNA. Il a la mine d'avoir plasiears cordes à son arc. Venez ici, ami; savez-vous piamer?

l'étudiant. Gomment, si je sais plumer?

GHRisTiNA. Oui, doux oa trois paires de chapons t

l'étudiant. Ce que je puis répondre, c'est que par lagrftce de Diea j'ai le grade de bachelier de Salamanque.

léonarda. Alors vous savez plumer non*seulement des chapons, mais des oies et des outardes; et sur tout cela savez- Yous garder le secret ? Si par hasard on vous interrogeait sur ce que vous avez vu ou entenda )

l*£tudiant. On peut tuer devant moi autant que les bouchers dans Tabattoir, je n'ouvrirai pas les lèvres pour dire une seule parole.

christina. Eh bien ! cousez-vous la bouche et entrez avec nous. Vous verrez des mystères, vous mangerez des merveilles, et vous pourrez prendre dans le grenier à paille tout l'espace qu'il vous faudra pour votre lit.

l'étudiant. Sept pieds me suffiront. Je ne suis ni avide ni gourmand.

(Entrent le sacristain Reponce et le barbier.)

LE SACRISTAIN. Salut aux automédons, aux guides du char de notre goût, aux lumières de nos ténèbres, aux deux réciproques volontés qui servent de bases et de colonnes à l'amoureuse fabrique de nos désirs.

LÉONARDA. Je ne lui connais que ce défaut. Mon cher Reponce , par ta vie 1 parle à la moderne, de manière à ce que je t'entende, et ne monte pas là où je ne saurais t'atteindre.

LE BARBIER. Cc quo j'ai de bon, moi, c'est que je parle de plain-pied comme une semelle de soulier, pain pour vin, vin pour pain, comme on dit.

LE SACRISTAIN. Oui, mais quelle diiïérence entre un sacristain lettré et un praticien empirique!

GHBiSTiNA. Pour cc qae j'ai à faire de mon barbier il sait autant de latin et même plos qae n'en sut Antonio de Nébrija. Ne disputons pas sur les sciences ni sur les manières de parier. Chacun parie sinon comme il doit^ au moins comme il peut. Entrons^ et la main à Touvrage^ car H y a beaucoup à faire.

l'étudiant. Et beaucoup à plnmer.

LE SACRISTAIN. Quel ost co bravo homme ?

LÉONARDA. Uu pauvre Ptudiant de Salamanque qui demande un abri pour cette nuit.

LE SACRISTAIN. Je lui donnerai une couple de réaux pour son souper et pour son coucher, et que Dieu l'accompagne.

l'étudiant. Seigneur sacristain, je reçois en vous remerciant la faveur et l'aumône, mais je suis muet et en outre plumeur comme Ta voulu cette demoiselle, dont je suis le convive, et je fais vœu de ne pas quitter cette maison de toute la nuit quand tout le monde l'ordonnerait. Fiez-vous à un homme de ma qualité qui se contente de coucher au grenier. Quant à vos chapons, que le Grand Turc les plume^ que ces messieurs les mangent et qu'ils en crèvent!

LE BARBIER. Cclui-ci paraît plus rufian que pauvre. Il a Tair de vouloir dévaliser la maison.

CHRISTINA. Le diable m'emporte s'il ne me plaît ainsi ! Allons, réglons ce qu'il y a à faire, le pauvre étudiant plumera et se taira comme à la messe.

l'étudiant. Et même comme à vêpres.

LE sacristain. L'étudiant m*a fait peur. Je gagerais qu'il sait plus de latin que moi.

LÉONARDA. De là vieut sa gaillardise. Ne regrette pas pourtant ta charité. Elle est bonne à tout.

(Ils sortent tous.)

LA CAVE DE SALAMANQUE. â6â

Le théâtre change et représente une rue.

(Fancracio et son compère Léoniso.)

LE GOMPÈBE. J'ai bien vu tout de saite que la roue allait se briser. Il n'est pas de cocher qui ne soit entêté. S'il s'était détourné un peu, s'il avait évité ce fossé , nous serions déjà à deux lieues d'ici.

PANCRAcio. Moi j'aime bien mieux passer la nuit auprès de ma femme qu'à l'auberge, parce que ce soir je l'ai laissée presque mourante du chagrin de mon départ.

LE COMPÈRE. Brave femme ! le ciel vous a favorisé, compère, remerciez-le.

PANCRACIO. Je le remercie comme je le peux et non comme je le dois. Il n'y a ni Lucrèce ni Porcia qui égalent ma femme. L'honnêteté et la modestie ont établi en elle leur séjour.

LE COMPÈRE. Si la mienne n'était pas jalouse, je n'aurais rien à désirer. Ma maison est ici près. Prenez par ici, compère, et vous serez bientôt chez vous. Nous nous verrons demain. Il ne manquera pas de voitures pour le voyage. Adieu I

(Ils sortent. — Changement de scène.)

Le salon de la maison de Fancracio.

(Entrent le sacristain et le barbier avec leurs guitares; Léonarda, Christina et l'étudiant. Le sacristain a sa soutane relevée autour du corps, il danse en grattant sa guitare, et à chaque pas il dit les paroles qui sniTent :)

LE SACRISTAIN. Jolle uuit, joll moment, joli souper, joli amour l

GHRisTiNA. Seigneur sacristain, ce n'est pas le temps de

266 THÉÂTRE DE m/cHEL CERVANTES.

danser. Donnez vos ordres pour le souper et pour le reste^ et laissez les danses pour un meilleur moment.

LE sAGRisTAiNy dansant. Jolie uuit, joH moment, joli souper!

LÉONABDA. Laisse-lo, Ghristina, j'aime à voir son agilité !

(Fancraeio appelle à la porte.)

PANCRAGio. Dormeuses, n'entendez-vous pas ? Comment I de si bonne heure, tenez-TOus la porte fermée? Les précautions de ma Léonarda ont dû passer par là.

LÉ0NAm)A. Ah t malheureuse ! A la voix et aux coups qu'il frappe j'ai reconnu mon mari. Il a dû lui arriver quelque chose puisqu'il revient. Messieurs > allez vous cacher dans le charbonnier, je veux dire dans le cabinet où est le charbon. Cours, Christina, emmène-les. Je retiendrai Pancracio à la porte , de manière à ce qu'il y ait temps pour tout.

l'étudiant. Vilaine nuit I Cruel moment, mauvais souper et amour encore pire !

CHRISTINA. Beau calme, vraiment! Venez tous.

PANCRAGIO. Que diable est cela ? Comment ne m'ouvrezvous pas, marmottes ?

l'étudiant. Je ne veux pas courir la chance de ces messieurs. Qu'ils se cachent où ils voudront, je retourne à mon grenier à paille; si on m'y trouve , il vaut mieux jouer le rôle de pauvre que celui de galant.

CHRISTINA. Marchez, la maison s'écroule sous les coups.

LE SACRISTAIN. J'ai Tamc entre les dents.

LE BARBIER. Et moi daus les talons.

(Ils sortent tons et Léonarda se met à la fenêtre.)

LÉONARDA. Qui ost là? Qui appelle ?

PANCRAGIO, da dehors. Je suis tou mari, ma Léonarda, ouvremoi ; il y a une heure que je romps cette porte à force de coups.

LÉONABDA. A la Yoix il me semble en eiïet que J'entends mon maH; mais la voix d'an coq ressemble si bien à la voix d'an autre coq que je ne sais pas rassurée.

PANCRAGio. circonspection inouïe d'une femme prudente! Je suls> ô ma vie! ton mari Pancracio. Ouvre-moi en toute sûreté.

LéoNÂRDA. Approchez, je le verrai maintenant. Qu'ai-je fait quand il est parti ce soir?

PANCRACIO. Tu as soupiré, tu as pleuré et enQn tu t'es évanouie.

LÉONABDA. C'cst vrai. Mais avec tout cela, quelle marque ai-je sur Tune de mes épaules.

pANGRAuio. Sur la gauche, tu as un signe de la largeur d'un demi-réal avec trois petits cheveux d'or.

LÉONABDA. C'est vrai. Mais, comment s'appelle notre servante f

PANCRACIO. Allons, folle! ne me tourmente pas. Elle s'appelle Ghristina : que veux-tu de plus ?

LÉONABDA. Christlua ! Ghristina! Vous êtes mon mari. Ouvre- lui, petite.

GHRISTINA. J'y cours, senora, qu'il soit le bienvenu. Qu'est cela^ cher maître de mon âme? Quel est ce retour si prompt ?

LÉONABDA, i Paneneio qat entre. Ah ! Cher bieu-aimé ! Parlcz bien vite. La crainte de quelque accident me fait trembler.

PANCRACIO. Ce n'a rien été autre chose que le bris d'une roue de la voiture dans un fossé , et mon compère et moi nous nous sommes déterminés à revenir et à ne point passer la nuit dans les champs. Demain nous chercherons les moyens de repartir, puisque nous avons le temps. Mais quel est ce bruit?

(Oii entend de très-loin la voix de l'étudiant qui dit :)

l'étudiant. Ouvrez-moi, messieurs, j'étouffe!

. PANCRÂCio. Est-ce dans la maison ou dans la rue ?

GHRisTiNA. Que jo meuro si ce n'est pas ce pauvre étudiant à qui j'ai donné asile pour cette nuit dans le grenier à paille!

PANCRACIO. Un étudiant dans ma maison! et en mon absence I Mauvaise affaire ; en vérité , madame , si je ne connaissais votre grande bonté j'aurais lieu d'être jaloux. Mais, va, Christina, ouvre-lui. Toute la paille doit lui être tombée sur le dos.

CHRISTINA. J'y cours.

(Elle sort.)

LÉONARDA. Seigneur, c'est un pauvre étudiant de Salamanque qui nous a suppliées de l'accueillir pour l'amour de Dieu, fût-ce même dans le grenier. Vous connaissez mou faible; je ne sais rien refuser de ce qu'on me demande. Nous l'avons enfermé. Mais le voici. Voyez dans quel état!

(L'étadiaat entre avec Christina; ses cheTenx, sa barbe et ses YÔtementa sont pleins de brins de patlle.)

l'Étudiant. Si je n'avais pas eu si peur et si j'avais été moins scrupuleux, j'aurais esquivé le danger d'étouffer dans ce grenier, et j'aurais mieux soupe et couché dans un lit plus agréable et moins périlleux.

PAKCRAcio. Et qui donc, ami, vous aurait donné meilleur souper et meilleur lit?

l'étudiant. Qui ? mon habileté; mais la crainte de la justice me lie les mains.

PANCRACIO. Voire habileté doit être dangereuse , puisque vous craignez la justice.

l'étudiant. Si je pouvais mettre à profit, sans crainte de la sainte Inquisition, la science que j'ai apprise dans la cave de Salamanque, ville où je suis né , je sais que je souperais et que je resouperais aux frais de mes héritiers. En ce mo-

ment peat-ètre ne sois-pas loin d'user de mon savoir-faire^ si toutefois ces dames veulent me garder le secret comme je rai gardé moi-même.

PANGBAGio. Ne vous inquiétez pas d'elles, ami. Agissez à votre guise, je ferai en sorte qu'elles se taisent. Je désire vivement voir une de ces choses qui s'apprennent, dit-on, dans la fameuse cave de Salamanque.

l'étudiant. Serez-vous satisfait si je vous fais venir ici deux démons à figures humaines ponant avec eux un panier plein de comestibles ?

LÉONARDA. Dos démous dans ma maison, et en ma présence? Jésus t délivrez-moi de ce dont je ne puis me délivrer l

GHRI8TINA, & part. Lo diable lui-mèmo tient l'étudiant au corps. Plaise à Dieu que cette affaire aille à bon vent I Mon cœur tremble dans ma poitrine.

PANCRAcio. C'est très-bien, si cela doit se passer sans danger et sans qu'on ait peur; je serai ravi de voir messieurs les démons et le panier de provisions. Je vous recommande seulement encore une fois que les figures ne nous fassent pas peur.

l'étudiant. Les démons prendront les visages du sacristain de la paroisse et d'un barbier de ses amis.

CHRiSTiNA. Il dit cela pour le sacristain Reponce et pour maître Roque, le barbier de la maison. Je les plains d'être convertis en diables. Et dites-moi, camarade, seront-cedes diables baptisés?

l'étudiant. La chose est nouvelle ! Où y a-t-il des diables baptisés? ou pourquoi baptiserait-on les diables? Il pourrait arriver pourtant qu'ils le fussent, car il n'y a pas de règle sans exception. Tirez-vous un peu à l'écart et vous verrez des merveilles.

LâoHABDÂ, & fut Ab! malhearensel tout s'embrouille ! Nos fautes Tont être déconrertes. Je me meurs.

GHRisTiNA. Courage^ madame^ bon cœur rompt la mauvaise cbanee.

l'étudiant. vous, malheureux ! qui ave« trouvé dans le cbarbonnier un rempart contre votre disgrâce, sortez et apportez avec gentillesse sur votre dos le panier de comestibles. Ne me forcez pas à vous conjurer par des moyens plus durs. Sortez ) Qu'attendez- vous? Songez que si par basard vous refusiez de paraître, ma nouvelle combinaison n'aurait pas de succès. Bien. Je sais comment il faut agir avec ces démons bumains. Je vais entrer là dedans et leur débiter en tête-à-tête une si forte conjuration que je les ferai sortir en courant, quoique la nature de ces démons obéisse plutôt aux conseils qu'aux conjurations.

(L'étudiant sort.)

PANGRACIO. Je dis que si cela arrive comme il l'a dit, ce sera la chose la plus neuve et la plus rare que j'aie vue dans le monde.

LÉONARDA. Cela arrivera. Qui peut en douter? Voudrait- il nous tromper?

GHmsTiNA. Il y a du bruit là dedans. Je parierais qu'il les attrape. Mais je le vois venir ici avec les deux démons qui portent le panier.

LÉONAHOA. Jésus ! commo ces hommes de peine ressemblent au sacristain Reponce et au barbier de la petite place 1

CHRisTiNA. Attention, madame ! là où il y a des démons il ne faut pas dire Jésus !

LE SACRISTAIN. Qu'cUc diso co qu'oUo voudra. Nous sommes comme les chiens du forgeron, qui dorment au bruit des coups de marteau Rien ne nous effraye, rien ne nous trouble.

LA GAVE DE SALAMANQtJE. 271

LÉONARDA. Pàites qtie je paisse manger de ce qu'il y a dans ce panier s'ils nous en laissent!

l'étudiant. Je porterai votre santé et je commencerai par le vin. (u boit.) Il est bon. N'est-il pas d'Ësquitias., seignetii* diable?

LE SACRISTAIN^ D'ËSQuivias, HOU; je jdre.^.

l'étudiant. Tenez-vous, par votre vie t et ne faites point un pas. Je n'aime pas les diables qui jurent; Démdns! flous ne sommes pas venus ici pour tomber en péché mortel^ mais pour passer une heure de bon temps^ souper et nous en retourner en paix.

GHBisTiNA. Et ceux-là vont souper avec nous ?

l'étudiant. Les diables ne mangent pas.

LE BAKBiER. Si, parblou! Il y en a qui mangent. Pas tous, mais nous sommes de ceux qui mangent.

christina. Ah! senora, laissez donc en repos ces pauvres diables ! Puisqu*ils ont apporté le souper, ce serait peu courtois de les laisser partir mourant de faim. Ils m'ont Tair de diables très-honorables et très-hommes de bien.

LÉONARDA. Puisqu'ils ne nous effrayent pas et qu'ils amusent mon mari, laissez-les en repos.

pANGRACio. Laissez-les. Je veux voiir ce que je n'ai jamais vu.

LE BARBIER^ Quo Notro-geigHeur vous récompense de la iMmneœBvrel

GHRisTiNA. Ah \ qu'ils sont bien élevés ! Comme ils sont polis. Je ne craindrai plus si tous les diables sont comme eux ; bien plus, ils seront dorénavant mes amis.

LE SACRISTAIN. ËcoutQz, VOUS les aimcrez tout à faits

(Le sacristain joue de la guitare et chante. Le barbier l'accompagne en chantant seulement le dernier vers.)

« Écoutez, vous qui savez peu de chose, que je vous dise franchement tout ce que renferme dé bien...

LE BARBiEB^ acbcTant le refrain. < La cavo de Salamanque.

LE SACRISTAIN. < Ëcoatez ce qu'a écrit sur ce caveau le bachelier Tudanca sur la peau d'une jeune cavale^ sur la partie qui confine à la croupe, louant par-dessus les nues

LE BARBIER, acherant. c La cavo do Saiamanque.

LE SACRISTAIN. < Là étudient les riches et ceux qui n'ont pas un sou, et l'esprit le plus manchot en sort sain et complet. Là siègent les professeurs sur des bancs goudronnés. Voilà l'échantillon des meubles que renferme ici...

LE BARBIER, c La cavo de Saiamanque.

LE SACRISTAIN. < Là deviennent discrets les Mores du bâton ^, et l'étudiant le plus grossier se métamorphose en savant. A ceux qui étudient dans ce caveau rien ne leur manque. Vive pendant des siècles éternels.....

LE BARBIER, c La cavo dc SalamanquQ.

LE SACRISTAIN. < Et si ccIui qui nous conjure est par hasard de Lorenca,puisse-t-il y posséder mille vignes de raisin noir et de raisin blanc! Et au diable qui le dénoncerait^ qu'on lui donne des coups de bâton et qu'il n'entre jamais dans....

LE BARBIER. « La cavo dc Salamanque. >

CHRisTiNA. Les diables sont poètes.

LE BARBIER. EU rcvancho les poètes sont des diables.

PANCRAGio. Dites, seigneur, puisque les diables savent tout, où a-t-on inventé tous ces ballets, la Zarabanda, le Zambapalo, et le fameux pas du Nouvel Escarraman?

LE BARBIER. OÙ ? dans l'enfer I Là ils ont pris leur origine.

PANGRAcio. Je le crois.

LÉONARDA. Eu Vérité, j'ai aussi mon grain de folie et le

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