‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 10 sur 350 · ACTE I , SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE IV

tu Tas placée... (Se tournant vers Melcourt.) Mais elle cache tant ce qu'elle fait de bien, qu'elle ne s'en souvient seulement plus ellemême.

madame d'horbigny , riant.

Oui, je l'oublie si complètement, que je ne savais plus ce qu'était devenue la pauvre Fanny, lorsque j'appris que tu m'avais remplacée. Il est vrai que je n'ai pas une minute... Les bais, les fêtes, le monde, engagent plus qu'on ne croit. On veut aller quelque part, eh bien ! il se trouve qu'il faut aller partout!... c'est une multitude de devoirs et de plaisirs qui ne peut nous laisser le temps de rien faire, et à peine celui de savoir s'il est bien vrai que nous nous amusons.

MARIE

Ah ! Albertine !

MELCOURT.

N'interrompez pas madame; les découvertes que sa franchise nous fait faire...

Ne vous apprendront rien que son âge et sa situation n'excusent.

MADAME D'HORBIGNY.

Merci, Marie ! je dois à ma folie de faire mieux ressortir ta raison, quoique je sois ton aînée de six ans, et tu t'acquittes... Mais revenons à Fanny. Tu lui a promis qu'aujourd'hui tu arrangerais son mariage avec Justin, car il paraît qu'il y a un Justin, un garçon horloger.

FANNY

Hélas ! Madame, il n'y en a plus.

MADAME D'HORBIGNY.

Gomment?... Est-ce que l'inconstance...

MELCOURT

Serait descendue des salons à la boutique?... On voit bien qu'il n'y a plus de privilèges !

Charles , à Fanny.

Parlez, mon enfant, tout le monde ici s'intéresse à vous; mademoiselle de Sivry vous avait promis de contribuer à votre mariage, de fournir la toilette de noce, et je voulais être de moitié dans ses projets; qui donc a pu les déranger?

fanny , avec embarras.

Je n'épouserai pas Justin .

MARIE

Mais c'était un si honnête garçon, disiez-vous, un si bon sujet ! il vous aimait tant !

FANNY

Tout cela est vrai.

20 MARIE

Eh bien ?

FANNY

Eh bien ! je ne l'aime plus, moi !

MELCOURT et CHARLES.

Ah! ah!

madame d'horbigny, riant.

Vraiment ?

MARIE

Mais ce n'est pas possible.

FANNY

Il paraît que si, Mademoiselle.

(Melcourt rit.)

MARIE

Qu'a-t-ii fait pour vous déplaire, et vous forcer ainsi de renoncer à un bon mariage ?

fanny , d'un ton dédaigneux.

Un bon mariage ?... pour la première demoiselle d'un magasin?... Savez^vous qu'on a vu souvent des jeunes fdles sans fortune épouser des hommes qui avaient cinquante mille livres de rentes... Oui, cela s'est vu.

MELCOURT.

Très-souvent! dans les romans.

madame d'horbigny , riant.

Est-ce qu'il y aurait quelque riche parti qui se présenterait?

fanny, hésitant.

Mais... oui... Madame.

Ah ! Fanny !

MADAME D'HORBIGNY.

Qui est-ce donc ?

FANNY

Un homme bien comme il faut... car il a de l'argent, qu'il n'en sait que faire.

MADAME D'HORBIGNY.

Un jeune homme ?

FANNY

Oh ! non !... il faut se défier des jeunes gens ! mais il a plus de quarante ans ; il ne peut pas vouloir me tromper.

MARIE

Et Justin ?

FANNY

Justin ?... le pauvre garçon ! je n'y pense plus ; il faut se faire une raison.

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