ACTE I, SCENE III
melcourt, avec dédain.
Aimé?... l'amitié, c'est le besoin qu'on a les uns des autres!... et l'amour?... n'en parlons pas !... vous ne perdrez que trop tôt les idées. . que je n'ai plus...
Charles et marie, ensemble, se regardant. Jamais !
MARIE
Depuis trois mois, j'observe, j'hésite; mais aujourd'hui j'ai deviné, monsieur de Melcourt.
MELCOURT.
Tous avez deviné ? Et quoi donc?...
MARIE
D'abord, vous êtes bien meilleur que vous ne voulez le paraître.
MELCOURT.
Il y a tant de gens qui veulent paraître meilleurs qu'ils ne sont.
MARIE
Puis, vous dites toujours du mal des femmes en général.
Ce qui prouverait que vous avez eu à vous plaindre d'une en particulier.
MELCOURT.
C'est possible.
MARIE
Ensuite, il y en a une que vous critiquez, que vous blâmez toujours quand elle est là, et que vous ne permettez à personne de blâmer quand elle n'y est pas. Alors, j'ai compris que vous l'aimiez, et que...
MELCOURT.
Oh ! n'achevez pas !.. vous vous trompez. Moi! l'aimer encore ! non, non ! je n'y pense plus depuis longtemps.
MARIE
Albertine est étourdie, mais son cœur est bon, et je l'ai surprise rougissant à ces mots amers que vous lancez, et qui prouvent que vous l'aimez encore, puisque vous lui en voulez toujours. melcourt , avec ironie.
Moi ! lui en vouloir ? parce qu'elle a fait ce que toute autre ^ût fait à sa place.
Charles , vivement.
Oh ! non ! il est des femmes incapables de cette indigne perfidie !
melcourt , avec ironie.
Quoi donc?... je l'aimais, sa main m'était promise, elle m'avait dit que toute sa tendresse m'appartenait, qu'elle n'aimerait jamais que moi... M. le comte d'Horbigny lui offrit un titre et une fortune... eh bien! elle accepta, me trompa jusqu'au dernier moment,
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pour que mon désespoir ne vînt pas troubler ses projets. Eh ! mon Dieu! que d'autres femmes en ont fait autant!... Celles qui nous restent fidèles, c'est, je le parie, qu'il leur a manqué une bonne occasion de ne pas l'être.
Oh ! Melcourt !
MARIE
Voilà qui est si injuste, que cela ôterait l'envie de vous servir. SCÈNE IV.
MELCOURT, MARIE, FANNY , CHARLES, madame D'HORBIGNY.
un domestique , annonçant.
Madame la comtesse d'Horbigny.
melcourt , à Marie.
Adieu, Mademoiselle.
marie , le retenant.
Non; restez, monsieur de Melcourt. Il vaut mieux attendre ici mon père, qui sans doute veut vous parler. D'ailleurs, j'ai l'espoir que cette journée, qui doit fixer mon bonheur, ne sera pas inutile au vôtre.
madame d'horbigny , entrant avec Fanny.
Bonjour, Marie; je vous salue, Messieurs. (A Marie.) Voici Fanny, ta protégée, que j'ai trouvée dans l'antichambre, et qui hésitait à entrer; mais quand j'ai su qui était avec toi, je l'ai décidée.
MARIE
Voilà une confiance qui prouve en votre faveur, Messieurs.
MADAME D'HORBIGNY.
C'est selon! monsieur Charles d'Arbel trouve tout bien... monsieur de Melcourt trouve tout mal ; cela dispense de l'incertitude, et l'on peut, avec ces messieurs, faire tout ce qui passe par la tête, sans s'inquiéter de leur opinion.
CHARLES
Ah ! Madame !
Avancez, Fanny, avez-vous donc quelque chose à me dire ?
fanny, avec embarras.
Oui, Mademoiselle, parce que vous m'aviez dit de revenir aujourd'hui au sujet de mon mariage.
MADAME D'HORBIGNY.
Il paraît que tu lui as fait des promesses, que tu t'es occupée de son avenir ? tu es si bonne !
MARIE
Fanny te doit plus qu'à moi : c'est ta filleule, tu l'as fait élever,