SCÈNE V
ALBERT, LE MARQUIS, LÉONCE, LA MARQUISE, DAMBLEVILLE , ISABELLE , mademoiselle MONISTROL.
Léonce , à part.
Isabelle !
(Il s'est arrêté en voyant tant de monde.)
LA MARQUISE
Je suis charmée de recevoir monsieur de Courtenay. Léonce, d'abord très-ému, se remet et salue chacun avec dignité.
J'ai l'honneur, madame la marquise... mais... c'était monsieur le marquis... et pour affaire... Je ne voudrais pas déranger ces dames. Isabelle , à part.
Comme il est pâle !
LE MARQUIS
Tout le monde ici vous connaît, Monsieur , et sera enchanté de vous voir.
Albert , riant.
Si vous aviez entendu tout ce qu'on disait de vous, Léonce I
DAMBLEVILLE.
Oh î cela lui serait parfaitement égal ; il semble , au peu de cas qu'il fait de l'opinion des hommes, qu'il ait pour ses actions un juge bien au-dessus d'eux.
LÉONCE
Ce que j'ai à dire à monsieur le marquis ne souffre aucun retard... car ce soir je quitte Paris.
Quitter Paris ! Le mariage d'Isabelle a besoin de votre présence ,
128 ISABELLE
de celle de madame votre mère... on pourrait penser, Monsieur.... Léonce , troublé.
Quoi donc?
LA MARQUISE
Que vous désapprouvez tous deux cette alliance... et le monde.... mais non, madame de Courtenay nous fera l'honneur, ainsi que vous, Monsieur, d'accepter notre invitation. ( Ici Léonce s'incline et ne répond pas.) Mais veuillez donc vous asseoir.
(Mademoiselle Monistrol a sonné; le chasseur est entré et avance des sièges ; on se place ainsi qu'il suit : M. de Tréneuil , Léonce , Dambleville, la marquise , Isabelle, assis ; Albert debout et se penchant sur le fauteuil d'Isabelle, mademoiselle Monistrol debout de l'autre côté de la table.)
Léonce, hésitant à s'asseoir.
Je le répète , monsieur le marquis , un intérêt grave et pressant m'appelle ici.
m. de tréneuil , se levant.
Est-ce de vos intérêts à vous, Monsieur, qu'il s'agit en ce moment ? Alors je passe chez moi...
LÉONCE
Ce que j'ai à dire ne me touche en rien, et c'est vous seul...
le maiîquis , se rasseyant et lui faisant signe de s'asseoir.
Parlez donc, Monsieur, je n'ai point d'affaires que je veuille ou que je doive cacher , et vous pouvez vous expliquer devant toutes les personnes qui sont présentes.
LÉONCE
Mais encore une fois, je crains l'ennui...
Isabelle , un peu moqueuse. S'il ne s'agit pas du choix d'une parure ou des soins d'un bal , monsieur Léonce pense peut-être que nous ne sommes pas dignes de l'entendre ?
Léonce , d'un ton gracieux.
Au contraire ! il n'est pas digne d'être entendu , car il va parler d'affaires d'argent.
LA MARQUISE
D'affaires! Eh bien ! est-ce que tout le monde ne s'en mêle pas? ce malin ma femme de chambre tenait des actions d'une compagnie pour faire des mariages...
MADEMOISELLE MONISTROL
Voilà une belle idée !
LÉONCE
Ce qui m'amène se rattache justement à une de ces spéculations que je ne veux pas qualilier; car en ce moment l'amour de l'argent