‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 107 sur 350 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

ALBERT

Monsieur!... c'en est trop... je vous devine enfin.

LÉONCE

Vous... me devinez?...

ALBERT

Oui... vous êtes venu pour renverser mes projets, détruire mes espérances, m'enlever Isabelle !

Léonce , troublé.

Qu'osez-vous dire ?

ALBERT

Oh ! je vois tout à présent ! vous l'aimez !...

LÉONCE

Moi?

ALBERT

Vous!... si vous voulez le nier, il ne faudrait pas au moins pâlir en T entendant nommer.

Et quand cela serait ?

ALBERT

Si cela était?... Mais vous venez de m'offenser, de m'accuser devant elle!... Savez-vous qu'en pareil cas... ?

Léonce , avec un- emportement mêlé de joie.

Il faut se battre, n'est-il pas vrai ? Et qui vous dit que moi je ne le désire pas plus que vous ?

ALBERT

Venez donc !

LÉONCE

Ah ! je ne vous ferai pas attendre !

albert , avec ironie, en allant vers le fond. Voilà cette amitié de frère !

léonce , à lui-même en s' arrêtant.

De frère? Oh! oui, son frère pour la protéger .... défendre son bonheur... disait-elle... et celui qu'elle aime..... lui, il serait là devant moi... mon épée chercherait son cœur !... Ah! jamais... jamais! mon Dieu, c'était de la folie, du délire ! la raison revient ! Albert ! il y a des paroles dont l'accent ne peut tromper ; vous si brave pour défendre votre honneur !.... si généreux pour sauver un inconnu!... vous qui avez tant de qualités brillantes... albert , riant.

Que voulez-vous ? il est des gens qui sont pour les vertus comme d'autres pour l'argent; ils ont du superflu et manquent du nécessaire.

léonce, avec impatience..

Plaisanterez-vous donc toujours? Ah! croyez-moi pourtant!.....

136 ISABELLE

le triomphe passager de F intrigue , ces apparences de fortune , cet

éclat qui parfois éblouit, tout cela n'est point réel ! la ruine, la

honte et le malheur en sont la suite ; il n'y a de vrai que le bien, de certain que le talent, de durable que la vertu.

ALBERT

C'est un beau rêve , Léonce.

LÉONCE

C'est la vérité !... Vous l'apprendrez ! Laissez-moi vous l'apprendre... confiez-moi vos intérêts... dites-moi tout ce qui vous lie

à cette mauvaise affaire vous aussi , vous aurez été trompé? je

veux tout savoir ! et, quels que soient les secrets sentiments de mon âme , n'en doutez pas ! c'est la main d'un ami que je vous tends ; mais il me faut la certitude de son bonheur! que l'avenir d'Isabelle soit honorable autant qu'heureux.

Albert , lui prenant la main.

Ah ! je le jure ! Mais si vous saviez q?£élevé par un riche parent, dont la faiblesse céda longtemps à tous mes caprices, je me vis tout à coup éloigné de chez lui, abandonné et déshérité sans doute, pour une légère folie de jeune homme, après avoir été habitué à un luxe qui m'est devenu nécessaire ? Eh bien ! j'ai tâché de retrouver cette opulence par des spéculations ! Et vos révélations au marquis vont me jeter dans une position cruelle ! Qu'aliez-vous lui dire ? Décidezvous, Léonce : vous pouvez sauver un ami ou perdre un rival !

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