ACTE II, SCENE XI. U
de ces révélations familières où l'on échange les plus fugitives pensées, où le cœur montre ses secrets les plus cachés. Isabelle , vivement.
Ah!... dans la maison de votre mère, je n'ai rien vu que des vertus, du bonheur !
Léonce , tristement.
Non... son séjour fut trop triste et trop sévère... pour vos douces et gracieuses habitudes ; vous y avez souffert... et c'est là mon regret le plus affreux !
ISABELLE
Vous vous trompez !
LÉONCE
Et moi? une incertitude cruelle, des craintes... trop justes, hélas!... me rendaient inégal, inquiet, sauvage... j'effrayais votre âme délicate par une apparente austérité. Pardonnez-moi ! oui, j'attristais vos jours que j'aurais dû rendre heureux, et maintenant je paierais du reste de ma vie un de ces jours où je pouvais espérer encore, où le bonheur n'était pas devenu impossible... (Avec passion.) Je la voyais!... je l'entendais! (Revenant à lui et changeant de ton.) Mais... non, non... je ne regrette rien, Isabelle !... (Il lui tend la main.) Ma bonne sœur... vous êtes heureuse... et moi... moi, je ne me plains pas! je ne puis pas me plaindre. la marquise , à part.
Gomme il l'aime !
Isabelle, à elle-même.
0 mon Dieu !
SCÈÎNE XI.
Mademosielle MONISTROL , ALBERT, ISABELLE, LÉONCE, LA MARQUISE , M. DE TRÉNEUIL.
M. DE TRÉNEUIL.
Mais venez donc, Mesdames, le concert commence, le notaire arrive et Albert s'impatiente.
Albert, qui a remarqué que toutes les figures sont émues, surtout Isabelle , lui dit en s" approchant d'elle.
Quel trouble ! quelle émotion !
M. DE TRÉNEUIL.
(Test l'usage, mon ami, un mariage ne va jamais sans cela.
ALBERT
Oui, et cette tristesse de la mariée qui la fait ressembler à une victime rend le mari passablement ridicule.
14Ô ISABELLE
MADEMOISELLE M0NISTR0L.
Une victime, grand Dieu !... la voilà bien à plaindre! être condamnée au mariage, c'est-à-dire au bonheur forcé à perpétuité. la marquise , d'un ton ironique.
Comment donc ? trembler parce qu'on s'impose des obligations de toute la vie î
ALBERT
Oh ! de grâce, point de réflexions ! il ne faut pas regarder le bonheur de trop près; mais on ne saurait l'atteindre trop vite... Venez donc...
(Albert va prendre la main d'Isabelle.)
ISABELLE
Je veux... je dois... ce mariage, il faut le rom... (Elle regarde la marquise, le marquis surprend ce regard; Albert qui tient la main d'Isabelle, fait un mouvement violeîit et lui jette un regard qui l'effraie ; elle se reprend et dit) le retarder, au moins. albert , furieux , regardant Léonce.
Le retarder!
LÉONCE
0 ciel !
la marquise , troublée et passant près d'Isabelle. Comment !
m. de tréneuil , avec colère à la marquise» Qu'avez-vous donc , Madame ?
LA MARQUISE
Rien !
Isabelle , tremblante.
Il faut... je voudrais... parler à...
(Elle regarde Léonce.) Albert, d'un ton menaçant.
Isabelle , comme se reprenant.
A madame de Courtenay... ce que j'ai appris...
M. de tréneuïl, inquiet et jaloux.
Qu'avez-vous appris ?
albert , d'un côté, bas à Isabelle avec fureur. Ce mariage à l'instant... sa vie à lui pourrait m'en répondre.
(Il indique Léonce.) la marquise, de V autre côté, bas à Isabelle, avec angoisse. Veux-tu donc me perdre ?... mon mari nous regarde. Isabelle fait un pas, s'arrête... hésite, a l'air de prendre une résolution et dit :
0 mon Dieu !