SCÈNE X
ISABELLE , LÉONCE , LA MARQUISE , mademoiselle MONISTROL.
! Léonce , profondément triste, salue Isabelle sans rien lui dire.
A la marquise.
Pardon, Madame, si j'ai devancé ma mère : j'ai voulu, j'ai désiré
vous revoir toutes deux un instant. Mademoiselle de Monville a été
pendant plusieurs années la compagne de notre solitude, et j'avais
besoin de lui dire un dernier adieu.
LA MARQUISE
Ah ! oui, vous partez ?
LÉONCE
Ce soir même, aussitôt que le contrat de mariage sera signé, je pars avec ma mère.
ISABELLE
Comment ?
LÉONCE
Elle a pensé que sa maison, animée si longtemps par la gaieté d'une jeune, personne qu'elle aimait comme sa fille, lui semblerait trop triste maintenant que seule...
MADEMOISELLE MONISTROL
Et dans ce temps-là ce n'était pas déjà trop gai ; le Marais ! mais c'est un quartier où les vieillards aiment beaucoup à se retirer ; on dit qu'on y vit très-vieux.
LÉONCE
On peut y mourir jeune.
ISABELLE
Oh ! que dites-vous ?
LA MARQUISE
Vous ferez bien, monsieur de Gourtenay, de voyager quelque temps ; ensuite vous viendrez retrouver des amitiés qui vous attendront ici ; puis vous aimez l'étude, vous avez des talents.. .
(Mademoiselle Monistrol va lentement prendre la droite de l'acteur.) Léonce , souriant amèrement.
Qu'importe tout cela? Isabelle, il y a dans votre chambre un petit portrait de ma mère peint par vous, je désire le garder ; voulez-vous qu'il soit à moi?
iU ISABELLE.
ISABELLE
Si je le veux ! quand vous le souhaitez!
Il vous reviendra.
ISABELLE
Oh!
Léonce, reprenant un ton gai.
Je veux aussi vous prier, de la part de ma mère, d'accepter cette dernière marque de souvenir.
(Il tire de sa poche un petit écrin qu'il lui présente; Isabelle fait à peine un mouvement; mademoiselle Momstrol prend l'écrin et l'ouvre.)
MADEMOISELLE MONISTROL , avec joie,
Des diamants ! de superbes diamants !
Isabelle , les prenant et voulant les rendre à Léonce. Oh ! non ! non !
(Léonce refuse de les reprendre ; mademoiselle Monistrol les ôte de la main d'Isabelle.)
léonce , d'un ton enjoué mais contraint. C'est ma mère que cela regarde ; et moi pourtant, je vous prie aussi de les accepter ; je désire, je l'avoue, qu'il y ait dans votre parure, au milieu des fêtes, quelque chose qui rappelle à votre pensée le séjour paisible où l'on (un peu ému) vous a tant aimée ! Oui, que ceux qui vous regrettent ne s'effacent pas entièrement de votre cœur, même dans les jours de plaisirs et de joie, où tout conspirera pour les faire oublier.
ISABELLE
Ah ! jamais ! et je n'ai pas besoin que rien me les rappelle.
MADEMOISELLE MONISTROL
C'est que vraiment ces diamants sont d'un très-grand prix.
Comment ?
LÉONCE
Point de craintes ; ces diamants sont ceux de ma mère, ils ont toujours du vous appartenir. (Isabelle fait un mouvement.) Et maintenant ne les refusez pas ; qu'ils soient un gage de pardon. Isabelle , vivement.
De pardon !
LÉONCE
Pour moi... qui ai besoin que vous me pardonniez.
Isabelle , étonnée.
Pour vous ? vous pardonner?... et quoi donc ?
Léonce , tâchant de paraître gai.
Quand on a passé comme nous tant de jours ensemble... il y a eu