BEAUSÉJOUR , ALBERT
aibert , à lui-même , au fond.
Cette situation ne peut durer...
(Il soupire et va s'asseoir à droite du public.)
BEAUSÉJOUR
Eh bien! Albert?...
albert, sans V entendre.
Que faire?...
beauséjour , allant à lui et prenant vivement sa main. Albert!...
ALBERT
Vous étiez là?...
BEAUSÉJOUR
Vous souffrez?... un chagrin oppresse votre cœur? Dites-lemoi.... cela soulage !... Puis nous serons deux pour cacher un secret que vous trahissez à chaque instant.
Merci, mon ami.
BEAUSÉJOUR
Qui. est-ce qui n'a pas un malheur à côté de ses joies? N'ai-je pas, moi, mon nom de Bourichon toujours là... comme un spectre ?
ALBERT
Votre insouciance est un grand bien que j'envie!...
480 MARGUERITE
BEAUSÉJOUR
Oh ! je sais que vous prenez au sérieux toutes les choses de la vie ! Vous avez de grandes qualités, des vertus même... et aussi des
passions! Toutes choses avec lesquelles on a mille occasions
d'être malheureux ! mais d'abord, de quel genre est votre malheur?... D'ambition?.. Bah ! en voyant ceux qui réussissent, on ne doit désespérer de rien.
albert , avec dédain.
De l'ambition?... moi!...
BEAUSÉJOUR
L'amour de la gloire?... de la gloire littéraire peut-être ? Eh
bien ! l'envie a beau garder tous les chemins , boucher toutes les issues, elle n'empêche pas le vrai talent d'arriver. alberï , de même.
Moi !... la gloire littéraire !...
beauséjour, se plaçant devant lui comme quelqu'un qui devine»
Allons! je vais dire franchement la vérité! Albert, votre
femme pleure !... vous prononcez son nom avec chagrin ?... c'est là, c'est dans ce mariage , que vous venez de faire par amour, qu'est
tout le mal ! Vous voyez que je sais assez de votre secret pour
que vous n'ayez rien à perdre et tout à gagner à me dire le reste. Parlez donc !
albert , se levant.
L'amitié soulage le cœur qui souffre.
BEAUSÉJOUR
La confiance encore plus.
ALBERT
Je ne vous la refuse pas.
BEAUSÉJOUR
Eh bien ! voyons, parlez !
ALBERT
Ah! mon ami, qu'allez-vous apprendre? Vous savez déjà que
je suis l'unique fils du comte Hermann de Saint-Méry ; que je per-» dis ma mère en naissant , et que mon père , vivant dans la plus grande dissipation, s'occupa peu de mon enfance. Il y a quinze ans à peu près, mes études avançaient, lorsque j'appris vaguement que les prodigalités de mon père avaient alarmé notre famille, qui voyait des créanciers menacer en même temps d'envahir ses propriétés et celles que m'avait laissées ma mère. Un conseil de famille s'assembla : mon père y présenta non seulement des comptes de tutelle très en règle, mais encore il prouva une immense fortune qui surprit au dernier point ceux qui l'avaient accusé. A cette époque , il me fit partir pour une petite ville d'Allemagne , afin d'y achever mes études dans une savante université. Là , j'eus peu de